Comment éviter de perdre la face dans une élection ? En affichant sa bobine à tout va et en masquant, autant que faire se peut, son appartenance politique. Ainsi vont aller les élections municipales de mars prochain à Marseille, si l’on regarde les panneaux électoraux et les murs qui ont pris la parole depuis quelques jours. Le match ne se jouera pas entre l’extrême droite et son pendant l’extrême gauche, ni entre la gauche et la droite de gouvernement, mais entre Benoît, Franck, Sébastien et Martine. D’autant qu’une petite musique s’est installée dans la France médiatique, la fonction de maire dépasse, voire transcende, les clivages idéologiques. Donc, oyez citoyens, le prochain rendez-vous aux urnes n’est plus celui des partis, mais de ceux et celles qui prétendent pouvoir incarner une ville et tracer un futur. Forcément enchanté si l’on en croit Payan, Allisio, Delogu et Vassal. Et tant pis si certains s’entêtent à affirmer qu’il faut savoir d’où l’on vient pour savoir où l’on va. Il faut donc s’attendre à l’accentuation de la personnalisation et, simultanément, à l’effacement du patrimoine politique que nos candidats ne revendiquent plus. Ce n’est pas sans risque.
Le dernier sondage sur les élections municipales à Marseille de mars prochain, publié par le quotidien La Marseillaise, a ainsi apporté plus d’interrogations que de réponses. Il a fait l’effet, dans les états-majors, d’une forte bourrasque de mistral, un vent qui apporte l’été une fraîcheur bienvenue et l’hiver un froid glacial. 30% si l’on en croit l’institut Ipsos/BVA pour Benoit Payan et Franck Allisio. Martine Vassal (droite et centre) n’obtiendrait que 23% et Sébastien Delogu (La France Insoumise) 14%. La messe est-elle pour autant dite ? Non, mais beaucoup se sont mis à prier pour que ces chiffres ne soient que le reflet éphémère de l’opinion à l’instant « t ».
La lessive miraculeuse de Franck Allisio
Le parti de Marine Le Pen est en bonne posture dans une élection qui, historiquement, ne lui a jamais été favorable, à l’exception de quelques cités du Nord ou du grand Sud-Est. Il se sent pousser des ailes d’autant qu’un refrain revient jour après jour dans les gazettes. Une partie de l’électorat se rangerait derrière une opinion quasi consumériste : « Le RN on n’a pas encore essayé ! ». On saluera au passage l’habileté de la famille Le Pen qui perturbe la vie politique depuis plus de 50 ans avec des idées vieilles de deux cents ans. Elle a peu ou prou réussi ce numéro de haute voltige.

Oublié ainsi le passé antisémite et antidreyfusard théorisé entre autres par un de ses chantres, le Martégal Charles Maurras. Rayé d’un trait de plume l’épisode collaborationniste d’un Simon Sabiani que citait pourtant -lorsqu’il faisait campagne à Marseille, Jean-Marie Le Pen. Absous les tenants de l’Algérie française et de l’OAS qui osent aujourd’hui se réclamer du gaullisme. Envolées les expériences malheureuses de -Vitrolles avec les Mégret ou Toulonnaise avec les Chevalier qui ont conduit par leurs gestions ces villes au bord de l’abîme. Exit encore l’assassinat du jeune Ibrahim Ali par des gros bas frontistes… Tout ça c’était il y a si longtemps et Franck Alisio, transfuge de l’UMP, de vendre sa candidature comme une lessive miraculeuse qui efface toutes les taches passées et promet un linge à venir plus blanc que blanc. Puisqu’il le dit et que l’on n’a pas essayé. Et puis sa patronne venue lui apporter son soutien a clairement dit que Marseille était une marche à franchir pour « sa » présidentielle.
Mais soyons juste les autres candidats ont eux aussi opté pour cette stratégie de la mémoire sélective, d’autant qu’ils ont du mal à s’appuyer sur des formations politiques moribondes ou un corpus idéologique peau de chagrin.
Derrière les ambitions de Sébastien Delogu, le programme de 2027 de Mélenchon
On voit ainsi un Sébastien Delogu multiplier les sorties improbables balançant et filant la métaphore, comme d’autres enfilent des perles. Il assomme son auditoire de 380 mesures à venir, son programme local, et promet une « révolution citoyenne » qui l’amènera s’il était élu à occuper le tunnel du Prado Carénage pour réclamer les millions qu’une gestion privée s’est accaparés. Et parce qu’il s’estime méprisé par le maire sortant qui n’entend pas les revendications qu’il porte au plan national, il ose une métaphore : « il ne nous a jamais donné l’heure. Nous ne lui donnerons pas l’heure ! »

Benoît Payan s’en félicite en revendiquant d’être « le seul adversaire de LFI à Marseille ». D’autant qu’il n’adhère pas au programme de rupture de Jean-Luc Mélenchon qui promet toujours à ses troupes la « révolution bolivarienne », une créolisation de la société française, une nouvelle conception de la laïcité, une approche économique audacieuse… Si Sébastien Delogu nourrit des ambitions marseillaises, c’est le programme de 2027 qui prévaut, Mélenchon se préparant une ultime fois pour la reine des batailles, la présidentielle. Delogu a choisi de boxer avec ses seules armes, dans sa catégorie et menace en coulisses Payan d’une quadrangulaire qui favoriserait Allisio. Il y aura du sang et des larmes. Et tant pis si Clémence Guetté, insoumise sourcilleuse et membre de la garde rapprochée du « lider maximo », a présenté ce jeudi au nom de LFI un projet portant « l’amitié » comme valeur à défendre et à installer dans la loi. Le candidat marseillais des Insoumis ne l’a pas encore lu sur Tik Tok.
Martine Vassal croit que cette gauche irréconciliable est une fable. Elle soutient mordicus que Payan nourrit le dessein, le premier tour passé, de s’allier avec LFI. Elle jure que pour sa part, après quelques coupables atermoiements, elle ne tendra jamais la main au diable, fusse avec une longue cuillère. D’autant qu’Allisio juché sur ses 30% la somme de s’effacer. Elle partage pour autant des valeurs – la sécurité et la lutte contre l’immigration souvent corrélées – mais les revendique pour son camp comme étant d’appellation d’origine contrôlée. Elle ne s’attardera pas sur le quart de siècle où elle fut un bon petit soldat mutique du gaudinisme. Elle sait que son mentor détenait tous les leviers, la Région, le Département, la Métropole, mais qu’il a laissé la ville exsangue selon Payan qui veut poursuivre sa mission de redressement. Elle n’ignore pas non plus que l’UDF et le FN ont fait chambre commune pour rafler, il y a plus de trente ans, la Région, au nez et à la barbe des socialistes.

En ces temps, aujourd’hui anciens, les renseignements généraux avaient du mal à tenir leurs fiches à jour, pour savoir quels postes des transfuges de l’extrême-droite avaient obtenus, pour services rendus. L’étanchéité entre droite et extrême-droite n’étant garantie que dans des discours de façade. Elle récusera encore le péché de clientélisme qui fait que certains villages du 13, sont, proportionnellement, dix fois plus dotés, par le département ou la métropole, que certains quartiers en souffrance de Marseille, comme l’a fait observer la cour régionale des comptes. Elle prie ses troupes d’être dans la prospective pour une « volonté pour Marseille ». Car l’urgent est de faire oublier au nom d’un « passé judéo-chrétien » revendiqué par un de ses maires de secteurs, Sylvain Souvestre, que Benoît Payan a osé recevoir le Pape François et profiter de son onction au pied de la Bonne Mère. Dieu reconnaîtra les siens.
La gauche tant honnie c’est en fait Benoît Payan, même s’il s’est mis en retrait du parti socialiste et de ses turpitudes supposées ou avérées. Il prie son entourage comme ceux qui rallient son panache blanc de mettre un mouchoir pudique sur l’ère Guérini, pendant laquelle jeune militant discipliné, il a fait ses armes. Il a eu l’habileté, il y a six ans, de s’épargner la responsabilité d’un bilan saumâtre en s’abritant le temps du scrutin derrière l’écologiste Michelle Rubirola. Un tour de passe-passe a fait le reste au grand dam de ses adversaires. Il mérite encore d’être éclairé sous toutes ses coutures. Il ne renie pas sa sensibilité politique mais parce que Marseille est plurielle, il la relativise tout en s’entourant de ceux avec qui il a grandi politiquement chez les jeunes socialistes. Qu’on n’attende cependant pas de lui aujourd’hui qu’il revendique l’héritage des Fédérés marchant le 30 juillet 1782 sur Paris pour prendre les Tuileries ! Qu’on ne lui reproche pas de ne pas pleurer sur le martyr de la Commune assassinée par un Marseillais, Adolphe Thiers ! Qu’on en finisse avec l’évocation de la vie des quais, de la Résistance, des foules fraternelles déferlant sur la Canebière pour conjurer la menace fasciste. Payan c’est seulement maintenant et peut-être demain.
Benoît Payan et les dysfonctionnements
Benoît Payan a la mémoire pudique et s’il revendique sa jeunesse et porte son regard dans le rétroviseur c’est d’abord pour contester au Rassemblement National l’ambition de vouloir diriger la ville : « Tout dans l’ADN de la ville dit le contraire de ce que ces gens racontent. Tout dans l’histoire de la ville dit le contraire de ce qu’est le Rassemblement national. Le Rassemblement national, c’est le parti anti-Marseille. Franck Allisio, c’est le parti anti-Marseille.» Il dit n’avoir qu’une ambition « remettre Marseille à l’endroit ». 30% l’approuvent mais beaucoup aimeraient vraiment savoir comment il a trouvé la ville « à l’envers » puisqu’il a découvert des « dysfonctionnements » uniques dans l’Hexagone.
Il a eu six ans pour s’y préparer et nous dire par exemple quel fut le rôle et les pouvoirs de Force Ouvrière sous Gaudin adhérent d’honneur du syndicat des municipaux ? Pourquoi a-ton assister depuis qu’il a pris le pouvoir à une valse incessante des cadres supérieurs chez les mêmes municipaux ? Quelles sont les faiblesses structurelles de la ville et de quelle culture doit-elle se débarrasser ? Comment se défaire d’une mauvaise réputation qui perdure malgré sa communication active ? Pourquoi la société civile, un temps jugée indispensable pour gouverner, a été reléguée à sa plus simple expression avec la mise à l’écart ou le musèlement d’élues issus de la société civile comme Mathilde Chaboche ou Olivia Fortin ? Dans quelles mesures une ville et a fortiori un homme seul peuvent se saisir des problématiques environnementales, sociétales, culturelles sans promouvoir une réflexion collective qu’appelle l’exercice de la démocratie… les questions sont aujourd’hui plus nombreuses que les réponses.
A l’instar de ses concurrents, il a décidé d’incarner l’avenir. Une hyper personnalisation d’une campagne gigogne tant il y a de tiroirs et de placards à ouvrir. D’aucuns trouveront que la demande n’est pas très politique. Pourtant on attend plus que l’affichage de candidats qui prétendent faire bonne figure.












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