C’est le propre de l’actualité. Avant de rejoindre, ou pas, l’Histoire, les faits se bousculent, se confrontent ou se neutralisent. La semaine marseillaise a été marquée par une nouvelle tempête à l’Olympique de Marseille et une grosse tornade dans le milieu politique. Parmi les acteurs principaux de cette dramaturgie, qui passionne ou irrite les Marseillais, d’éphémères stars du ballon rond ou des figures plus ou moins crédibles de la sphère politique.
L’OM a l’habitude de ces moments telluriques. Ils sont consubstantiels à cette ville antique qui aime toujours autant les jeux du cirque. Mais incontestablement le club des bleus et blancs détient le record des oiseaux de passage avec cependant dans la mémoire collective marseillaise des noms qui ont marqué – Zatelli, Magnusson Skoblar, Papin, Drogba, Mozer, Waddle, Boli, Ribéry, Nasri… – et autant d’autres – plusieurs centaines – qui ont disparu.
Ainsi va l’OM qui fédère, fracture, réunit, divise, derrière étendards et tifos
On retient aussi parfois ceux qui se sont aventurés à vouloir conduire une équipe phocéenne vers la gloire et l’inscrire dans la mythologie que nourrissent de génération en génération des armées de supporters toujours aussi exigeants, insupportables, incontournables. Les Tapie, Dreyfus, et aujourd’hui McCourt, ont payé – parfois en passant par la case justice ou prison – pour voir le volcan du boulevard Michelet s’enflammer ou boire quelques déboires jusqu’à la lie.
Ainsi va l’OM qui fédère, fracture, réunit, divise, derrière étendards et tifos, le peuple de Marseille qui revendique à s’en égosiller d’être “à jamais les premiers”. Après un nouvel épisode volcanique, retour à la vérité du terrain où règne la glorieuse incertitude du sport, derrière un nouveau coach chargé de piloter cette formule 1, après une nouvelle sortie de route (2 à 0 à Brest).
Le Sénégalais Habib Beye connaît les exigences, les dangers, la passion qui grondent dans les virages du Vélodrome dont il a foulé la pelouse en tant que joueur et où il va user ses nerfs en tant que “boss”. Il sait pouvoir compter sur cet irréductible village de Gaulois d’origine grecque, celto-ligure et tant d’autres racines ethniques, et peut espérer sans trop y croire que quelques sages prononceront à son égard la célèbre formule: « ca reste du sport ! »
On aimerait entendre ces mêmes mots dans un autre théâtre. Celui des élections municipales qui semaines après jours anone une mauvaise pièce avec des acteurs aux talents inégaux. Au pays de Marcel Pagnol on attend de saines colères, d’authentiques émotions, de lyriques envolées et puis en additionnant les rêves des uns, les certitudes des autres, la conviction de tous, quelque chose qui ressemble à un futur et pourquoi pas à l’avenir. Marseille devra ronger son frein.
Les projets économiques sérieux, les actions énergiques environnementales, le vivre ensemble installé, la prise en compte de la réalité quotidienne, l’obligation impérieuse d’être à hauteur de ceux qui ont bâti avant eux, ne s’entend pas, pour l’heure, chez les principaux protagonistes d’une confrontation décevante.
Débat TV des municipales : la dimension locale escamotée
Elle balbutie toujours entre sa nécessaire dimension locale et les problématiques qui devraient obliger tous les belligérants et les redondances nationales où quelques-uns enjambent volontiers le rendez-vous municipal de mars 2026, pour sauter à pieds joints sur la case présidentielle de mai 2027.
Le débat organisé par BFM et La Provence ce jeudi soir, dont le format court (1h30) n’a pas facilité l’expression, fut à l’image des quelques joutes locales à géométrie limitée aux seuls militants ou sympathisants. D’inaugurations de permanences en conférences de presse, en passant par quelques mini-meetings destinés à l’auto-célébration et enfin à du porte à porte ciblé, les prétendants au fauteuil de maire ont souscrit jusqu’ici à l’assurance tranquille d’un quant à soi sans écueil.
Néanmoins cette soirée télévisée, animée par Apolline de Malherbe avec parfois un effarement perceptible dans les yeux noirs de cette intervieweuse redoutée, a révélé, si ce n’est un corpus idéologique, au moins quelques astuces stratégiques.
On aura ainsi compris que le candidat des Insoumis, Sébastien Delogu, se savait attendu sur la violence mortelle qui, à Lyon, a vu un militant d’extrême droite lynché à mort par quelques sauvageons. Ces derniers sont issus d’un groupe que n’en finit pas de défendre malgré les faits un Jean-Luc Mélenchon survolté comme un Manuel Bompard, député de Marseille, développant sans sourciller quelque tautologie: « on ne peut les assimiler à la Jeune garde puisqu’elle a été dissoute ! » (1).
Plus prosaïque, et pour une fois prudent, Delogu en a appelé au droit, avec ce lapsus qui vaut bien des actes manqués: « la justice devra rendre des comptes » sur ce qui s’est passé dans la capitale des Gaules. Benoît Payan, lui, dans ces moments où le tragi-comique a affleuré au fil des interventions, s’est contenté de jouer dans cette parodie de confrontation, avec les codes télévisuels qu’il maîtrise, sachant que ses gros plans effarés valaient tous les discours.
Attaqué malgré tout en rafales par Martine Vassal, le maire sortant divers gauche ne comptait pas comme les turfistes à Borély ou au Pont de Vivaux que la présidente du Conseil départemental et de la Métropole qui à la manière d’Eric Ciotti ou de Sarah Knafo revendique « de rassembler les droites », abandonne son trot habituel pour s’emballer en un galop intempestif.
Martine Vassal : « mes valeurs c’est le mérite, le travail, la famille, la patrie »
Abreuvée de punchlines par les fiches de ses conseillers en communication, elle n’a pas vu arriver l’obstacle lorsqu’avec conviction, elle a revendiqué quelques valeurs au parfum âcre : « mes valeurs c’est le mérite, le travail, la famille, la patrie ». Le RN Franck Allisio qui n’a pas usé de tout son temps de parole pour expliquer notamment comment il allait trier sur les plages marseillaises les bons et les mauvais baigneurs (Il veut instaurer un pass pour lutter contre « les racailles ») pouvait, avec une tartufferie assumée, traiter son adversaire de droite de “pétainiste”.
A écouter les chaînes d’info continue au lendemain de cette joute frustrante, on aura compris que Mme Vassal avait rejoint la famille du capitaine Haddock et qu’après les « valeurs » qu’elle a dit partager avec le RN, il lui faudra désormais tenter de se débarrasser du sparadrap collaborationniste.
Faut-il attendre pour autant autre chose que cet affligeant spectacle d’une élection dont les mécanismes (Loi PLM revisitée avec notamment un double scrutin et une prime de 25% accordée à la liste arrivée en tête au premier tour) sont encore méconnus des électeurs ? D’autant qu’elle s’inscrit dans un contexte général d’émiettement démocratique, de redistribution des cartes idéologiques, de confusion orchestrée par des Talleyrand aux petits pieds.
On ne sait qu’une chose en fait : l’élection de Marseille sera scrutée de près depuis Paris. Si un bouleversement sans précédent intervient c’est la France qui tremblera ou s’enflammera. Si les positions que les sondages annoncent sont figées, Marseille sera renvoyée à ses joies et ses peines. Chaque camp rêve ou fait des cauchemars d’être « à jamais les premiers ». Et attend la fin du match.
(1) Un recours devant le Conseil d’Etat est en cours pour la Jeune Garde



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