Romain Laffont, directeur de l’école d’ingénieurs Polytech Marseille et vice-président d’Aix-Marseille Université, a profité de la soirée des partenaires de l’école, organisée le 6 juillet, pour lever un coin du voile sur un projet ambitieux : la création d’une future École supérieure de la défense (ESD).

Née des réflexions menées au sein de l’Opération d’intérêt régional (OIR) Défense et Sécurité, cette initiative évoquée à la tribune lors du lancement l’OIR en décembre dernier est le fruit d’échanges entre les mondes militaire, économique et académique. Elle se construit en coopération avec les Armées, de réseaux économiques tel que l’UIMM et d’autres acteurs académiques (Université de Toulon, Seatech, Campus des métiers et des qualifications d’excellence, Edeia, l’Ecole de l’air et de l’espace ou encore les Arts et Métiers d’Aix-en-Provence).
L’ouverture de cette nouvelle structure est envisagée à l’horizon 2027 ou 2028. Le projet est encore en phase de construction et doit s’appuyer sur plusieurs appels à projets, mais ses ambitions sont déjà clairement définies.
« Aujourd’hui, nous n’avons pas de problème de compétences sur le territoire, mais un problème de recrutement », explique Romain Laffont. Une situation qui pourrait s’accentuer d’ici à 2030, alors même que les besoins de l’industrie de défense sont appelés à croître. Selon lui, l’enjeu est d’éviter qu’un manque de ressources humaines ne freine les capacités de production et d’innovation des entreprises du secteur, une situation particulièrement inquiétante si un conflit de haute intensité, anticipé par les armées à l’horizon 2030 venait à se concrétiser.

Ecole supérieure de la défense : fédérer l’écosystème
L’École supérieure de la défense entend ainsi apporter une réponse concrète en développant une offre de formation allant du technicien supérieur à l’ingénieur. Au-delà des cursus, l’objectif est de fédérer un écosystème déjà riche mais encore dispersé. « Les acteurs sont là », souligne-t-il, citant notamment Toulon autour du programme du porte-avions de nouvelle génération, Salon-de-Provence avec la base aérienne ou encore le camp de Canjuers, le plus grand camp militaire d’Europe.
L’originalité du projet réside dans sa vocation fédératrice. Il ne s’agit pas de créer une école supplémentaire venant concurrencer les établissements existants, mais de bâtir une structure capable de créer des passerelles avec les formations déjà présentes sur le territoire et dans la région.
ESD : l’année de césure en service national
L’ESD entend également former des profils sensibilisés aux enjeux géopolitiques, de sécurité et de défense. Les étudiants bénéficieront ainsi d’une immersion précoce dans l’univers militaire. Parmi les pistes actuellement étudiées figure notamment un rapprochement avec le service national ou d’autres dispositifs d’immersion proposés par les Armées dès la première année du cycle ingénieur.
Autre axe majeur : la formation continue et la reconversion des militaires. Le projet prévoit la création d’une passerelle entre les Armées et l’industrie afin d’accompagner les personnels quittant l’institution militaire. Selon les chiffres avancés par Romain Laffont, la durée moyenne d’engagement est aujourd’hui de quatre ans et demi, tandis que plus de 3 000 contrats sont interrompus chaque année, un chiffre en hausse de plus de 70 % en quatre ans.
Former aussi les anciens militaires

L’objectif est de permettre à ces anciens militaires d’accéder à des formations de techniciens supérieurs ou d’ingénieurs adaptées aux besoins de l’industrie de défense. À terme, l’ESD ambitionne ainsi de former des techniciens issus des Armées, des ingénieurs spécialisés dans les secteurs stratégiques et d’alimenter l’ensemble des écoles partenaires grâce à un système de passerelles vers des établissements tels que l’École de l’air, les Arts et Métiers ou encore le Centre d’enseignement supérieur de la Marine à Toulon.
L’ensemble sera adossé à un pôle de recherche et développement dédié aux problématiques de défense et de sécurité, avec l’ambition de faire émerger sur le territoire un véritable hub régional de compétences au service de la souveraineté industrielle et technologique.
Liens utiles :
Vidéo : Romain Laffont présente l’ESD à la soirée des partenaires de Polytech
Notre Hors-Série Défense 2026
Le général Métayer veut renforcer le lien entre les armées et les entreprises régionales
Vidéo : Yves Métayer (Zone Sud) sur l’OIR Défense et sécurité : « Se mettre en mouvement »














