A Aix-en-Provence, la patrie du Roy René, il est difficile plus qu’ailleurs d’ébranler les dynasties. Sur le cours Mirabeau, entre l’opulent quartier noble de Mazarin et les rues populaires où quelques traces du ghetto juif survivent, on a tremblé un moment à la lecture des sondages. L’un d’eux donnait Sophie Joissains, la maire sortante, à 34 %, talonnée de près par son concurrent apparenté socialiste, Marc Pena. Il a été démenti avec force ce dimanche soir, la fille de Maryse et Alain Joissains, tous deux anciens maires, approchant les 40 % quand le PS rétrogradait à 20 %.
Pour les observateurs aixois avisés, tout rentrait dans l’ordre, la ville étant depuis longtemps réputée centriste, même au temps de Jean-François Picheral, socialiste rose pâle qui refusa comme son mentor Gaston Defferre toute alliance avec le parti communiste (le maire de Marseille y fut contraint en 1983) ce qui lui valut de perdre son fauteuil, face à Maryse Joissains, en 2001, pour une poignée de voix. La fille de “la dame d’Aix”, comme Jean-Claude Gaudin surnommait Maryse, qu’il détestait (c’était réciproque), aurait même pu être élue dès le 1er tour, si Horizons, le parti d’Edouard Philippe, maire du Havre et candidat à la présidentielle de 2027, n’avait cru bon de présenter Philippe Klein.
Une gauche éparpillée
Avec moins de 12 %, ce dernier peut se maintenir au risque d’handicaper son leader havrais pour l’échéance présidentielle, mais il ne permettra pas à Marc Pena (20,15%) de rattraper son retard. Le néo-socialiste n’a pas fait progresser d’un iota son camp depuis 2020. Il avait réalisé le même score. On trouve en l’occurrence, dans ce camp-là, une constante : l’incapacité à se fédérer. Circonstance aggravante, les Insoumis et les écologistes n’ont pas atteint la barre des 10 % nécessaire à un maintien. Les plaies d’un passé turbulent sont encore vives dans ce pôle universitaire où on se disputait entre tenants des sciences humaines ou du droit. Les héritiers du GUD tremblaient de rage derrière leur doyen lorsque les “cosaques”, quelques étudiants de l’Unef, osaient franchir les grilles qui séparaient les deux facultés.

Sur les réseaux sociaux, une ancienne élue socialiste confiait ce dimanche sa déception de voir sa famille éparpillée façon puzzle pendant que la famille Joissains pouvait partager quelques bulles entourée de ses inconditionnels.
Un seul nuage finalement au bout de ce premier tour, le score surprenant du Rassemblement National qui approche les 16 %, ce qui touche à l’incongruité dans une ville où les bonnes manières interdisent jusqu’ici de pencher vers les extrêmes. Il est vrai que la liste était menée par un ancien des troupes de Jean-Claude Gaudin, Jean-Louis Geiger, qui a vu son compteur s’affoler lorsqu’il a dépassé les 10 %. C’était jusqu’ici la limite à laquelle était habitués les frontistes dans cette ville paisible où, selon l’expression marseillaise, « les Provençaux se prennent pour des Parisiens ». Maryse et Alain Joissains ont écrit en leur temps un livre autobiographique : « Sang et or ». Leur fille Sophie va sans doute ajouter un nouveau chapitre à cette tumultueuse saga.
H.N.
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