« Comme je vous le disais avant d’être si brutalement interrompu » : ainsi commençait, en 1945, l’éditorial d’un journaliste du Daily Mirror, William Connor qui signait Cassandra. Il avait été privé pendant trois ans, engagement sous les drapeaux oblige en 1942, des colonnes de son journal. Humour “so british” mais qui pourrait servir encore aujourd’hui, alors que l’actualité est assujettie aux turbulences de la rue et à l’illisibilité des convergences et à la violence d’une partie minoritaire mais très agissante des acteurs. Toutes choses qui ont brutalement interrompu l’exercice démocratique et enrayé la vie économique.
Actes I, II et III
Pour l’Acte III de ces revendications, comme on nomme ces épisodes depuis que les Gilets jaunes ont mis en scène leurs actions sur les ronds-points, on nous a promis un nouveau scénario: Halloween. Qui s’ajoute aux Acte I et II où la rue Marseillaise a déjà connu l’horreur.
Le ministère de l’Intérieur et les services de renseignements craignaient vendredi que cette fête celto-gaélique, vieille de 2000 ans (on célébrait alors entre Irlande et Ecosse le 31 octobre Samain, une fête religieuse avec le retour sur terre des bons et mauvais esprits) ne soit prétexte à de nouveaux débordements. Consumérisme oblige, Halloween fait, 20 siècles plus tard, fureur joyeuse aux USA, relayé puissamment par les jeux vidéos ou les films d’horreur. En France, cette sarabande furieuse s’est invitée dans l’actualité et les émeutiers en appelaient sur les réseaux sociaux à l’émeute pétaradante et incendiaire façon Saint-Sylvestre ou 14 Juillet.
L’incroyable succès de ce rendez-vous païen a outre-Atlantique inscrit durablement au Panthéon d’Halloween, quelques figures désormais légendaires, morts vivants ou autres fantômes endiablés, Ghostface (Scream), Zombies, Mignon-Flippant, Joker… que du ludique en quelque sorte. Sauf en France et à Marseille.
Quelques sociologues et anthropologues ayant pignon sur amphi assurent pourtant que les récentes émeutes étaient un espace « festif » pour les désormais célèbres « casseurs d’opportunité ». Ils se greffent puis dévoyent avec le nihilisme le plus débridé les mouvements syndicaux, lycéens, estudiantins et gilets jaunes.

Hélas la “fête” s’est toujours achevée ces dernières semaines dans la violence pure et dure
Hélas la “fête” s’est toujours achevée ces dernières semaines dans la violence pure et dure, causant pillages, dévastations, ruines pour les cibles des ensauvagés plus ou moins identifiés. Les différentes comparutions suivies dans nos tribunaux aixois et marseillais ont révélé des abysses séparant les revendications exprimées dans les manifestations – vie chère, prix des carburants, Parcoursup… – et les misérables alibis de ceux qui ont été pris la main dans le sac… Vuitton, Dior ou Nike.
Pour mesurer l’absurde majuscule de ces événements qui ont appauvri un peu plus la deuxième ville de France, il suffit de traîner ses pas au Centre Bourse, la désormais si mal nommée zone de chalandise. Les allées désertées disent la puissance de l’ouragan qui l’a traversée, les 17 et 24 octobre et que des vents mauvais pourraient achever si la fièvre de ces samedis après-midi et soir ne baissait pas.

Un double symbole d’abord dans cet espace déjà passablement en difficulté après la fermeture des Galeries Lafayette. On y a dévasté la Fnac et un Lidl soit un temple de la culture et un oasis du discount alimentaire. Pour la Fnac « l’agitateur de curiosité » qui appelle toujours à « libérer la culture », on pourrait citer le proverbe africain qui dit que lorsqu’un vieillard meurt, c’est comme si on avait brûlé une bibliothèque. Là c’est le contraire, car il y a longtemps que dans certains quartiers de Marseille on n’écoute plus les anciens et qu’on ne se rend compte, lorsqu’ils disparaissent, que la mémoire collective a été amputée. Triste constat encore: les pilleurs qui s’en sont pris à la Fnac se sont emparés de plus de téléviseurs et de jeux-vidéos que de livres.
Ce sont sans doute les mêmes qui se sont précipités sur le magasin d’alimentation Lidl, privant tout un quartier déshérité du strict nécessaire. Affligeant.
Centre Bourse : des commerces figés dans la lave pseudo révolutionnaire qui les a saccagés
Le Centre Bourse, au pied duquel des vestiges racontent une cité grecque vieille de 2600 ans, ressemble désormais à Pompéi avec des commerces figés dans la lave pseudo révolutionnaire qui les a saccagés ou handicapés durablement. Il faudra plus que le dérisoire appel de la Marseillaise Sabrina Agresti-Roubache (ministre déléguée auprès du ministre du Travail et des Solidarités et du ministre de l’Éducation nationale, chargée de l’Enseignement, et de la Formation professionnels et de l’Apprentissage), appelant les Marseillais à renoncer à acheter en ligne pour privilégier les commerces de proximité et espérer une renaissance de ce périmètre de l’hyper-centre. Son futur était incertain. Il est désormais improbable.

La chambre de Commerce et d’Industrie Marseille Provence ne baisse cependant pas les bras et elle convoque toutes les forces possibles, municipalité, métropole, département, région ainsi que l’État pour sauver ce qui peut l’être encore. Jean-Luc Chauvin, le président de la CCIAMP a rappelé que les samedis 17 et 24 octobre ce sont près de 500 commerces (pour 2500 en France) qui ont été impactés par un mouvement hors de contrôle.
Et si le préfet n’a pas appelé pour ce troisième rendez-vous protestataire à la fermeture des commerces, ce sont désormais des professionnels harassés et au bord du burn out qui abordent cette période où beaucoup réalisaient naguère une grande partie de leur chiffre d’affaires annuel. Halloween était ainsi annonciateur des achats de Noël et de la trêve des confiseurs pendant laquelle les ténors de la politique baissaient d’un ton pour laisser respirer le pays.
L’heure n’est plus à distribuer les bonbons, mais plutôt les marrons
Aux Etats-Unis Halloween c’est 14 milliards de dollars engrangés et en France la seule entreprise Haribo encaisse 10 à 15% de ses revenus. Mais on l’a compris l’heure n’est plus à distribuer les bonbons, mais plutôt les marrons. Une fois encore dans les rues et sur le pavé on va gueuler que « tous les flics sont des bâtards » (Acab en version anglaise) et que l’heure du soulèvement a sonné.

Sur le mur du Lidl au Centre Bourse un glorieux anonyme avait tagué il y a quinze jours « tout en commun » avant d’aller piller pour lui seul sans doute quelques canettes de bière et autres vodkas au relent soviétique. Il n’a pas fait sienne visiblement la vacherie de Winston Churchill qui affirmait que « Le vice inhérent au capitalisme c’est le partage inégal des richesses, tandis que la vertu inhérente au socialisme c’est le partage équitable de la misère.» Une chose est sûre, la Fnac dévastée, il n’y aura que peu de place pour la littérature et la réflexion philosophique ce week-end. On va encore vociférer à outrance, s’en prendre à l’économie, et agir pour enterrer un peu plus les damnés de la terre. D’autant que, une spécificité locale, les autorisations à manifester ne sont jamais demandées à la Préfecture, ni par les syndicats, ni par les associations.
En attendant l’acte V
Un triste constat, pendant le désastre, les extrêmes continueront à engranger des voix et à prétendre sans vergogne que le peuple sera à la fin convié à un dîner de gala. A moins que cela ne soit, à une longue marche … forcée. Ce samedi les autorités ont dégainé, une fois encore, leur calculette pour constater qu’à Marseille l’addition s’est alourdie mais que les masques ne sont pas près de tomber pour présenter la note à ceux qui les ont portés.
Le 5 novembre on nous promet l’Acte V et, c’est le vœu de la CGT, le début d’une grève générale, alors que les lycéens promettent de nouveaux blocus. Halloween va durer.

Lien utile :
Notre dossier d’actualités consacré aux conséquences des pilages du 17 octobre 2026









