C’est une des polémiques du moment. LFI d’une part, le RN de l’autre, refusent la qualification du ministère de l’Intérieur qui les situe, sur la cartographie électorale, aux extrêmes. À gauche pour les Insoumis, à droite pour le Rassemblement National. A la République, donc, de reconnaître les siens et au ministre de l’Intérieur de démontrer que ce classement est fondé. L’Histoire jugera, plus tard.
A Toulon, où la droite a toujours une longueur d’avance sur sa voisine marseillaise pour les sorties de route, Laure Lavalette est un cas d’école. Cette quinquagénaire, native de Talence (Gironde), présente toutes les caractéristiques de la parachutée d’extrême droite. Traditionaliste, cette pratiquante qui ne suit la messe qu’en latin, est une militante irréductible opposée au mariage pour tous et une avocate zélée du “grand remplacement” . Mère de cinq enfants, elle fit partie dans sa jeunesse du Renouveau étudiant, lié au Front national de la jeunesse et au Groupement union défense (GUD), connu pour sa violence et ses liens avec des néo-nazis.
« Toulonnaise », depuis 1999, après un échec aux cantonales à Bègles, elle a rejoint un temps le dissident Bruno Mégret avant de rallier définitivement le FN. Elle est députée du Rassemblement National à Toulon, élue en 2022 et réélue en 2024 avec à chaque fois un peu plus de 50% des voix. Mme Lavalette, très présente dans les médias, s’est imposée un peu dans le style de Rachida Dati, toujours incisive mais avec le sourire. La députée de la rade se présente aux prochaines élections municipales de la capitale varoise avec une obsession : ne pas être cataloguée d’extrême droite. Cela la fiche mal à ses yeux puisque seuls son nom et son portrait apparaissent dans sa communication électorale. Le citoyen toulonnais est donc prié de zapper sur le passé de son grand-père Croix de Feu, de son père membre d’Ordre Nouveau, de la précédente gestion catastrophique de Toulon par le FN à la fin des années 90, et accessoirement sur les plus récentes interventions très ultra-droitières de Mme Lavalette.
Escamotage à tous les étages
Cette stratégie n’est pas propre à la seule députée varoise à la veille du scrutin qui va engager les villes et villages pour un bail de six ans. Elle est une des lignes de conduite du RN. A Marseille, chaque jour apporte son lot de difficultés pour tenter de distinguer le bon grain de l’ivraie ou l’ADN des colistiers de Franck Allisio escamoté par un savoir dire sous contrôle. Le RN fait montre d’un art consommé pour brouiller les pistes. Heure après jour, M. Allisio, comme Laure Lavalette, a soigneusement évité de mettre son appartenance réelle en vitrine et il conteste avec force d’être relégué à l’extrême-droite. Il n’insiste pas outre mesure non plus sur son passé à l’UMP, qui lui vaut ici et là d’être qualifié de transfuge ou, pire, de traître.
Mais il revendique des prises de guerre au fur et à mesure qu’il bâtit ses listes en déplaçant ainsi habilement le centre de gravité politique de son assemblage. Les déçus du macronisme côtoient dans cette famille recomposée les déserteurs, les frustrés républicains, les recalés des appareils. Présents aussi celles et ceux qui peuvent enfin dire tout haut ce qu’ils pensaient trop bas sur l’immigration, la sécurité, les contraintes écologiques mais qui n’acceptent pas d’être taxés d’extrémisme. Le député de Marignane multiplie, lui, tout sourire déployé et griffes rentrées, les interventions dans la presse locale, les radios et les télés complaisantes ou pas. Il déroule, sans grand risque d’être contredit, un programme light débarrassé du piment lepéniste (première formule) qui donnait des aigreurs aux bien-pensants. Du Bardella en somme: propre sur soi, lisse dans le langage, le talent de l’esquive primant toujours sur la démonstration programmatique. On est prié de le croire, un point c’est tout : l’extrémisme ne passera pas par lui.
Bon, il se permet quelques coquetteries en évitant soigneusement les radars de quelques esprits critiques. Sur la Canebière, il veut moins de kebab, « mais pas tous » ,s’empresse-t-il de corriger. Pour la propreté, il sanctionnera les incivilités et aussi les crachats avec des brigades dédiées à cette rude tâche. Attention, il ne vise personne même s’il espère avoir été bien compris dans le style : « Vous voyez de qui je veux parler ! ». Pour la police et la vidéosurveillance, il prie le bon peuple de suivre son panache blanc et de ne pas s’interroger inutilement sur le coût de ces mesures miracles. Quant aux idées réputées nauséabondes, il laisse le soin à ses militants de les métastaser de porte à porte avec la discrétion qui convient à ceux qui prétendent gouverner. Avec en boucle une phrase passe partout : « Vous voyez de quoi je veux vous parler ». Radical oui, extrême non.
Radicaux jusqu’à l’extrême
A gauche, les Insoumis ne digèrent pas non plus que l’ancien préfet de police, Laurent Nunez, leur ait collé dans le dos l’étiquette « extrême gauche ». Contrairement au RN, avec qui ils partagent cet émoi, ils n’essaient pas pour autant de nuancer, voire de gommer la brutalité de leurs emportements. Ils aiment les couleurs vives et les tons pastel ne passeront pas par eux. Sébastien Delogu multiplie meetings après conférences de presse les diatribes à l’emporte-pièce. Il juge de fait la ville aussi « sale » que les comportements de ceux qui la dirigent, et revendique sans rire une place centrale à gauche sur l’échiquier marseillais.
La radicalité de sa confrontation avec Samia Ghali (ex-PS) n’aura pas de limite, tonne-t-il. Et il considère le prochain scrutin comme un règlement de compte entre deux camps irréconciliables. En attendant cette funeste perspective, Delogu, au nom d’une démocratie qu’il ne défend pas, s’inscrit en faux lorsqu’on lui fait le reproche de promouvoir l’ultra-gauchisme. N’a t-il pas suggéré dans le cadre d’une dépénalisation des drogues douces, qu’il appelle de ses vœux, qu’on permette aux dealers de se reconvertir dans le commerce du shit en toute légalité ? Plus libéral que ça, tu meurs.
Son collègue à l’assemblée, Emmanuel Bompard, lui aussi férocement opposé à la relégation ministérielle de LFI à l’extrême-gauche, ne craint pas d’être pris en flagrant délit de contradiction lorsqu’il pousse certains raisonnements à l’extrême. Il explique ainsi, sourire moqueur pour appuyer ses arguments, que pour lutter contre la vidéosurveillance qu’il juge liberticide, il suffit de s’en prendre aux caméras : « Il faut six mois », précise-t-il, pour les remplacer.
On pourrait multiplier ces saillies à l’envi. Pour autant la simplification administrative instaurée par le ministre de l’Intérieur simplifiera les statistiques sans pour autant éclairer les Marseillaises et les Marseillais sur les enjeux des municipales. Au fur et à mesure que les leaders égrènent leurs listes, une brume épaisse envahit le débat.
La cuisine des listes
Si l’on admet que les extrêmes, telles que les définit M. Nunez, peuvent par leur radicalité avouée ou dissimulée simplifier la perception du champ politique, il paraît audacieux, à quelques jours du vote, de vouloir cerner avec sérieux les coalitions qui s’insèrent entre LFI et RN. On a vu chez Martine Vassal (ex LR) revenir les bonnes vieilles recettes dont son mentor, Jean-Claude Gaudin, fut si longtemps, du Sénat à la Région en passant par la mairie ou le département, un maître-queux. On a écarté un soupçon de macronisme ici, une pincée de gaullisme là, une grosse louche de centriste encore, pour offrir, lors du banquet à venir, un plat réchauffé sorti tout droit du congélateur. Là encore, c’est une certaine radicalité qui l’a emporté, quitte à flirter avec une partie des extrêmes.
Du côté de la majorité sortante, on repassera aussi les plats, même si l’Histoire commande parfois de rompre. PCF, Ecologistes, Socialistes, Marseille avant tout, Place publique, Madmars, Radicaux de gauche, PRG, Nouvelle Donne, Générations S, Gauche Républicaine, Génération écologie… Là encore on imagine que, derrière ses fourneaux, Benoît Payan et sa brigade n’ont laissé que peu de place à ceux qui découvrent la cuisine électorale. Mais à lire les tracts qui nous annoncent un retour du printemps, c’est un peu comme le grand magasin parisien dont le slogan promettait le meilleur dans les années 60 : « On trouve tout à la Samaritaine ». A Marseille, c’est une brasserie qui porte ce nom mais elle est en travaux. On attendra donc la fin du chantier pour s’installer en terrasse. Pour les élections municipales, extrêmes ou pas, la météo n’annonce pas d’éclaircie.
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