Les instituts de sondage peuvent se frotter les mains à Marseille. Les vagues successives publiées par les médias ont été confirmées par les urnes. Il n’y a pas eu de raz de marée mais une montée des eaux inexorable et un avis de tempête toujours en cours dans la perspective du second tour des élections municipales.
Marseille, comme pour ce 15 mars, sera scrutée de très près au national le 22 mars prochain, avec une idée fixe : le résultat de cette élection municipale phocéenne préfigure ce qui pourrait se passer au prochain rendez-vous républicain, l’élection présidentielle.
C’est du reste ainsi qu’il faut interpréter la première réaction du président à vie de La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, qui a traduit la poussée remarquée de sa formation politique en deux mots : la réussite d’une « stratégie et d’un projet ». Pour le premier de ces deux substantifs l’éclairage national atteste qu’il est avéré avec des succès patents dans des villes symboliques comme Roubaix, Lille, Saint-Denis, Limoges ou encore Toulouse. LFI a fait oublier, ici, la prégnance quasi séculaire du parti socialiste et, là, l’omnipotence historique du parti communiste. Dans ces banlieues ou ces villes, longtemps réputées “rouges” ou “roses”, les Insoumis sont allés labourer avec méthode des terres laissées en jachères ou abandonnées par les descendants de Jaurès ou de Thorez. Ils ont porté un secours populaire à des populations écartées voire humiliées en raison de leurs cultures communautaristes, leurs usages ou encore leur pratique religieuse. Le pari de Mélenchon a payé, même si la moitié de ces citoyens n’est pas allée jusqu’à l’isoloir.
Quant au « projet », évoqué par le tribun Lfiste, on se gardera bien de penser qu’il pût être d’un échelon local, tant il semble d’ores et déjà frappé par sa date de préemption, 2027. L’élection présidentielle est dans les tuyaux locaux des insoumis et si un Sébastien Delogu revendique à bon droit de se battre pour sa ville, son collègue “marseillais”, Emmanuel Bompard, souligne à l’envi « la progression remarquable » de son parti et réclame un « front anti fasciste » où il amalgame droite et extrême-droite.
Le poing fermé de Payan à la main tendue de Delogu
Une simplification que refusait dès dimanche le maire sortant de Marseille, Benoît Payan, repoussant la main tendue d’un Delogu où, dit-il, il n’a trouvé qu’un poing fermé… en sa direction. L’ancien socialiste, talonné dangereusement par le RN Franck Allisio, fait le pari de la légitimité de sa candidature, s’appuyant notamment sur les résultats des Samia Ghali, Sophie Camard, Olivia Fortin, Anthony Krehmeier ou Didier Jau qui ont résisté à la double agression des deux extrêmes en lice.
Comme l’analysent nombre politologues, il croit que la droite républicaine a perdu dès le premier tour les électeurs qui se reconnaissaient pleinement dans les “valeurs” du RN. Martine Vassal, qui paie très chèrement cette tentative de ponctionner les idées dont se revendiquent depuis toujours Le Pen, Bardella et Allisio, a échappé de peu à l’humiliation d’être quatrième derrière Delogu, cancre revendiqué de la classe politique marseillaise.
Pour elle, comme pour Renaud Muselier, cette claque qui peut être amplifiée par les fessées que leurs amis pourraient recevoir à Nice et Toulon, est d’autant plus douloureuse qu’ils détenaient jusqu’ici tous les outils capables d’aider à une politique locale, à condition d’avoir un projet et des perspectives clairement affichés. Une constante qui s’est vérifiée partout où la droite républicaine a abandonné ses principes fondateurs énoncés dès avril 1946 à Bayeux par le général De Gaulle. Les déconvenues de Bruno Gilles, Catherine Pila et Sylvain Souvestre sur des terres naguère acquises à Jean-Claude Gaudin ou Valérie Boyer disent tout haut ce que désormais les équipes de Vassal ruminent tout bas.
Aux électeurs de Vassal et Delogu de s’exprimer
A quelques heures du dépôt des listes pour le second tour et dans la perspective plus que probable d’une quadrangulaire (Payan, Allisio, Delogu, Vassal) le choix est tout sauf cornélien. Ou Marseille se maintiendra à l’abri d’un plafond de verre sérieusement ébréché et pour lequel Benoît Payan affirme que la lutte contre le RN est « le combat de (s)a vie. » Ou la deuxième ville de France, qui avait placé Jean-Marie Le Pen en pôle position en 1988, sera le marchepied idéal pour un Jordan Bardella qui en appelle d’ores et déjà aux gens de droite « honnêtes ». C’est donc aux électeurs de Delogu et de Vassal de s’exprimer… en toute honnêteté.
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