Le choix a surpris jusque dans les cercles les mieux informés du sport français. Alors que le nom de Jean-François Vilotte circulait depuis plusieurs semaines comme celui du favori naturel pour prendre les commandes opérationnelles du Comité d’organisation des Jeux olympiques et paralympiques des Alpes françaises (Cojop) 2030, c’est finalement Vincent Roberti qui devrait être nommé directeur général de l’instance.
Une décision qui illustre autant la fragilité de la gouvernance des Jeux d’hiver 2030 que la volonté de leur président, Edgar Grospiron, de reprendre la main après plusieurs mois de turbulences.
Officialisation le 11 mai lors du bureau exécutif
Selon les informations révélées par L’Équipe puis confirmées dans un communiqué du Comité d’organisation, « Edgar Grospiron, président du Cojop des Alpes 2030, proposera lors de la réunion du bureau exécutif du lundi 11 mai la désignation de Vincent Roberti au poste de directeur général ». Le haut fonctionnaire de 59 ans succédera à Cyril Linette, dont le départ, fin février, avait symbolisé la crise traversée par l’organisation olympique.
Le communiqué souligne que Vincent Roberti, aujourd’hui préfet du Tarn-et-Garonne, « présente un parcours de grande qualité, marqué par la conduite de projets complexes, la transformation d’organisations de grande ampleur et la gestion d’environnements institutionnels sensibles ». Le Cojop se dit même « convaincu » d’avoir trouvé « la personnalité idéale pour mener à bien la livraison des Jeux olympiques et paralympiques Alpes françaises 2030 ».
Le pari d’un haut fonctionnaire plutôt que d’un dirigeant sportif
L’arrivée de Vincent Roberti tranche avec les profils traditionnellement attendus dans les grandes organisations sportives internationales. Ancien directeur général des services des départements du Rhône puis de l’Isère, ancien directeur d’administration centrale au ministère de l’intérieur, il n’est pas issu du sérail olympique. Son parcours renvoie davantage à la haute administration territoriale qu’aux fédérations sportives ou au marketing événementiel.
Mais c’est précisément ce profil de gestionnaire et de conciliateur qui semble avoir convaincu Edgar Grospiron, même si Vincent Roberti ne cache pas son attrait pour les sports d’hiver, pour le hockey notamment dont il s’affiche sur son profil Linkedin comme un supporter revendiqué de l’équipe de hockey des Brûleurs de loups de Grenoble. Un élément qui a pu compter, aussi.

Interrogé par L’Équipe, le président du Cojop a reconnu avoir longtemps hésité : « J’avais deux très bons profils. » Avant d’expliquer son choix par la capacité de Vincent Roberti à affronter des situations complexes : « C’est un homme de défis. »
Edgar Grospiron insiste également sur son expérience des organisations sous contrainte : « Il a déjà su démontrer par le passé qu’il était capable d’organiser des équipes et de les mettre en ordre de bataille pour des missions difficiles, contraintes dans le temps, avec une attention également très haute pour les budgets. Ça correspond à nos enjeux. »
Un Cojop fragilisé par les tensions internes
Car les Alpes françaises 2030 avancent depuis plusieurs mois sur une ligne de crête. Le départ de Martin Fourcade de la course à la présidence du comité d’organisation, les dissensions entre les différentes collectivités impliquées, les critiques sur le pilotage du projet et les inquiétudes budgétaires ont progressivement installé l’idée d’un Cojop encore instable, à cinq ans seulement de l’événement.
Dans ce contexte, la non-nomination de Jean-François Vilotte apparaît aussi comme une volonté d’accélérer le mouvement, enfin, alors qu’en coulisses, on évoquait l’arrivée de l’actuel directeur général de la Fédération française de football pas avant la fin de la Coupe du monde (11 juin – 19 juillet). Ce dernier réunissait pourtant de nombreux atouts : ancien patron de la Fédération française de tennis, spécialiste reconnu des questions de gouvernance sportive, proche des réseaux institutionnels et rompu aux grands événements. Au sein des Alpes 2030, plusieurs acteurs estimaient même qu’« il cochait toutes les cases ».
Mais selon L’Équipe, le dirigeant a finalement choisi de rester à la FFF auprès de son président Philippe Diallo. Plusieurs facteurs auraient pesé dans sa décision : l’ampleur des difficultés du dossier Alpes 2030, certaines réticences internes autour de sa candidature et un contexte général jugé particulièrement exposé.
De nombreux dossiers en attente
Dans l’entourage du Cojop, certains voient ainsi dans la nomination de Vincent Roberti la marque d’une reprise en main plus étatique du projet, alors que l’exécutif suit désormais le dossier avec une attention croissante.
Reste que la mission s’annonce délicate. Le futur directeur général devra remettre de l’ordre dans une organisation encore en construction, stabiliser les équipes, clarifier la gouvernance entre les différentes collectivités partenaires et accélérer un calendrier déjà sous tension. Plusieurs dossiers structurants demeurent ouverts, de la cartographie définitive des sites, dont la relocalisation des tournois de hockey sur glace après le refus de Nice, aux équilibres budgétaires, en passant par la recherche de partenaires privés.
Michel Cadot, qui assurait l’intérim depuis le mois de mars, va retrouver quant à lui le comité d’audit une fois le nouveau DG officiellement installé. Dernière étape à franchir, donc : l’approbation des membres du bureau exécutif, lundi 11 mai. Une formalité, normalement.
Liens utiles :
> Le site du Cojop
> Notre dossier consacré aux JO d’hiver 2030













