Comme il s’y était engagé dans le cadre du débat public actuellement en cours sur l’avenir industriel de la zone Fos-Berre, l’Etat a rendu public vendredi 23 mai la tierce expertise qu’il avait commandé à la suite de la présentation en 2024 du projet de RTE de création d’une ligne aérienne à très haute tension de 400 000 volts sur 65 km entre le Gard (Joncquières-St-Vincent) et Fos-sur-Mer.
Mise à jour : la note complémentaire qui peut tout changer publiée le 28 mai
Le projet censé répondre à la demande croissante d’électricité de la région Provence Alpes-Côte d’Azur, portée notamment (mais pas que) par les projets industriels de décarbonation sur la zone industrielle de Fos – Berre (acier vert, hydrogène, bio-carburants…) est contesté par des associations de protection de l’environnement et par des élus, comme le maire d’Arles Patrick de Carolis, peu enclins à voir leur territoire traversé par la ligne.
Le rapport et sa synthèse ont été publiés la semaine dernière sur le site du débat public organisé par la Commission nationale du débat public et consacré à l’avenir industriel de Fos-Berre. Réalisé par Centrale Supelec à la demande de l’Etat à la suite de la présentation en 2024 du projet de RTE, le rapport intitulé «Tierce expertise sur les solutions de renforcement de l’alimentation électrique de la zone industrialo-portuaire de Fos- sur-mer » a été rédigé par Marc Petit professeur à CentraleSupélec et directeur du département d’enseignement sur les systèmes d’énergie électrique et membre du laboratoire GeePs, et ce « en toute indépendance vis-à-vis de la société RTE » précise l’étude en préambule.
Le diagnostic réalisé confirme « qu’en dehors de tout impact paysager et avifaune, la solution aérienne proposée par RTE serait celle à retenir compte-tenu de ses avantages techniques indiscutables en termes de délai de mise en œuvre, coût (300 à 400 M€) et disponibilité. Cette solution aérienne permet de facilement obtenir un dimensionnement de forte puissance. »
L’enfouissement partiel par siphons : « un surcoût qui n’est pas démesuré »
Le rapport se penche également sur trois autres solutions. Et d’abord l’enfouissement partiel (siphons) de l’axe entre Jonquières et Fos. Si plusieurs projets de ce type ont été réalisés en Europe ces dernières années, l’expertise pointe de nombreux « verrous à lever comme l’identification de la localisation des siphons, le calcul du nombre de câbles souterrains à utiliser (très dépendant du choix de dimensionnement, 4400 MW ici), la construction de postes électriques intermédiaires, et la recherche de corridors de largeurs suffisantes pour mener les travaux. Mais « l’estimation des coûts (500 à 900 M€ selon les cas) montre que le surcoût n’est pas démesuré par rapport à la solution proposée par RTE. »
Troisième hypothèse étudiée, le rapport analyse également une alternative qui consisterait à doubler l’axe Tavel-Réaltor-Feuillane, pour éviter la traversée par La Crau en remplacement de l’axe Jonquières-Feuillane proposé par RTE. « Cette solution obligerait de déposer la ligne actuelle pour la création de la nouvelle et surtout augmenterait la fragilité du réseau en cas de perte d’ouvrage (règle d’exploitation européenne). »
Proposition du collectif Stop THT 13/30 : de nombreuses difficultés
Enfin, la solution proposée par le collectif Stop THT 13/30 (courant continu et enfouissement), fer de lance de l’opposition à la ligne aérienne est passée au crible de l’expertise. Le rapport explique dans quelles situations l’utilisation d’une telle technologie est indispensable.
« A ce jour c’est principalement pour des liaisons sous-marines, par exemple en mer du nord, pour renforcer les liens électriques entre pays. Mais cela commence à être davantage utilisé pour des liaisons terrestres souterraines de forte puissance lorsque la construction d’une liaison aérienne n’est pas possible. En s’appuyant sur des données publiques, il apparait que la disponibilité de ces infrastructures hautement complexes est plus faible que celle d’une liaison aérienne. Enfin, dans la période actuelle, il y a de grosses tensions d’approvisionnement puisque les carnets de commande des équipementiers sont pleins pour au moins les cinq prochaines années. »
En outre, Marc Petit pointe trois autres difficultés : « la définition précise de la solution technique pour le tronçon Midi-Provence car il y a très peu d’exemples dans le monde, un problème de calendrier qui nécessiterait à organiser le projet en plusieurs phases pour ne pas trop retarder le renforcement de l’alimentation de la zone de Fos/mer, (…) et un coût très important (au moins un milliard et demi pour le tronçon entre Jonquières et Feuillane, et plus de trois milliards pour le second tronçon. » Un coût et des délais de mis en oeuvre qui paraissent totalement décalés avec les besoins et les moyens actuels.
Un tableau synthèse (voir ci-dessous) des quatre hypothèses analysées résume les points forts et faibles de chaque solution. L’ensemble sera présenté et débattu lors de la réunion publique à Arles lundi 2 juin.
Document source : la tierce expertise et sa synthèse
Lien utile :
L’actualité de la ligne THT de RTE dans les archives de Gomet’