Au lendemain d’un conseil d’administration où elle a partagé et validé la feuille de route à l’horizon 2040, la nouvelle présidente d’Euroméditerranée, Isabelle Campagnola-Savon, qui succède à ce poste à Laure-Agnès Caradec, après 10 ans de présidence de cette dernière, a partagé vendredi 28 novembre sa vision du vaste projet d’aménagement urbain qui a fêté ses trente ans cette année.
A cette occasion, l’élue (Horizons), qui occupe plusieurs mandats dont celui d’élue régionale, présidente de la commission entreprises, artisanat et commerce, économie sociale et solidaire et économie circulaire de la Région Sud, n’a pas caché ses priorités, sans langue de bois, axant son discours sur deux priorités : la gouvernance partagée et les enjeux stratégiques.
Concernant le premier volet, elle rappelle la signature l’année dernière du protocole financier 6 qui permet de se projeter jusqu’en 2040, « dans un cadre stratégique partagée et qui va permettre de travailler ensemble sur des projets d’ampleur comme le parc des Aygalades et la reconversion du Canet ». Elle insiste sur son souhait d’associer à la fois les entreprises mais aussi les acteurs associatifs, culturels et les habitants pour un développement harmonieux « à travers l’association de tous » pour permettre « l’amélioration du cadre de vie et le renouveau économique ».

Deux enjeux sont pointés : finaliser les projets qui figurent dans le protocole dans une situation budgétaire nationale contrainte et disposer de pistes de financements supplémentaires notamment les fonds européens. Elle évoque notamment « le programme européen d’aménagement urbano-portuaire ».
Isabelle Campagnola-Savon : « Ce que l’on veut, c’est un Euromed’ qui fasse rêver »
Isabelle Campagnola-Savon aborde ensuite les enjeux stratégiques. Si elle s’inscrit dans la lignée des trente ans d’histoire et le succès du quartier central des affaires de la métropole, elle ajoute ses ingrédients avec une forte ambition. « Ce que l’on veut c’est un Euromed’ qui fasse rêver, qui donne envie d’y vivre, pour les habitants, avec des espaces publics et des infrastructures. Tout ce qui est nécessaire pour donner envie de venir y travailler, y étudier ou encore y habiter. »
Pour déployer cette nouvelle frontière, la présidente d’Euroméditerranée, qui a validé sa feuille de route, y compris avec les représentants de la Ville de Marseille, compte s’appuyer sur quatre piliers.
Et d’abord, elle insiste pour donner à Euromed’ l’image « d’un quartier vivant et attractif. » Elle identifie plusieurs pistes, « à la fois celle du développement économique et des entreprises pour créer un effet de levier, dans les filières stratégiques, y compris dans l’économie de proximité. » Elle évoque au passage un « probable renforcement du partenariat avec risingSud, l’agence de développement économique régional dans une démarche concertée et coportée avec la future SPL métropolitaine dédiée à ce sujet. »
L’autre piste est de créer une foncière pour « permettre de redynamiser les rez-de-chaussée des nouveaux logements afin d’offrir de nouveaux services aux habitants. » Et ce, dans la durée : « Il faut que les commerces qui s’installent puissent continuer à vivre. Il y a beaucoup de dispositifs pour que les entreprises passent le cap des trois ans. Parce qu’un quartier où les rideaux se ferment au bout de deux trois ans, cela n’entraîne pas une dynamique. Il faut absolument réussir cette offre de proximité qui va permettre de rendre ce quartier vivant et attractif. »

Logistique urbaine à Sogaris, quartier productif au Dock des Suds
La présidente d’Euroméditerranée multiplie les exemples de projets qu’elle considère comme vertueux. « On pourrait accompagner la stratégie métropolitaine pour la logistique du dernier kilomètre avec la création d’un hôtel de logistique urbaine en lien avec Sogaris ; on pourrait mener des opérations d’intérêt artisanal et commercial en alliant les aménagements et les aides économiques, favoriser les circuits courts pour travailler sur les commerces hybrides (…) et pourquoi pas un quartier productif métropolitain en réhabilitant le Dock des Suds… On pourrait adosser l’offre de formation aux filières stratégiques régionales en lien avec le schéma directeur métropolitain en particulier sur l’attraction d’écoles d’ingénieurs. »
Et d’ouvrir de nouvelles perspectives avec le développement de la zone Fos-Berre. « C’est là que l’on voit tout l’enjeu du périmètre d’Euroméditerranée. A travers la ligne ferroviaire de la Côte Bleue, qui va être requalifiée avec la gare d’Arenc, cela va permettre à Marseille, avec Euromed’, d’accueillir les familles, les étudiants, tout ce dont on va avoir besoin pour que le périmètre de Fos puisse se développer de manière cohérente. »
Industries culturelles : un bâtiment totem pour Euromed’ 2
Autre pilier pour soutenir Euroméditerranée et, en particulier, l’extension sur Euromed’ 2, le positionnement comme un quartier créatif. Isabelle Savon-Campagnola en appelle à un « renforcement de la mise en réseau des partenaires économiques et culturels » pour soutenir le développement des industries créatives et culturelles sur le territoire en s’appuyant sur les projets majeurs comme La Plateforme et la Cinémathèque.
L’ensemble des forces vives sont mobilisées. Elle prolonge sa réflexion en lançant une nouvelle perspective en matière culturelle en proposant « une réflexion sur la création d’un bâtiment architectural qui serait un d’un totem d’Euromed’ 2 à l’image du Mucem, prêt à accueillir un grand équipement. » Il y a plusieurs pistes. « Je pense à la réhabilitation du hangar à sucre. On pourrait étudier la faisabilité d’une Arena. On sait que la ville de Marseille a besoin d’une infrastructure de ce type. On pourrait aussi renforcer l’art urbain dans la ville en déployant le projet Mauma. »
Pour un « Euroméditerranée vert » avec des rues ombragées
Le troisième pilier concerne les enjeux climatiques. Isabelle Campagnola-Savon reprend ici le positionnement d’Euroméditerranée de modèle de ville durable méditerranéenne en insistant sur les aspects de végétalisation encore peu présents sur le périmètre. « Avec les accords de planification écologique signés entre l’établissement public, l’Etat et le Région, nous sommes déjà sur ce signal et cette vision d’un Euromed’ vert. (…) Compte tenu du réchauffement climatique, on a besoin de retrouver de la végétalisation partout. C’est impératif pour améliorer les conditions de vie et de travail. Certes nous avons le projet emblématique du parc des Aygalades mais il faut aller beaucoup beaucoup plus loin », insiste-t-elle.
Elle exhorte à mener une réflexion plus globale tant en matière de santé que d’environnement et cadre de vie. « Je souhaite que la végétalisation des espaces publics soit une priorité partagée pour ce nouveau mandat avec l’ensemble des collectivités. On peut imaginer tellement de choses, poursuit-elle. Nous n’avons pas à nous priver d’innovation, tellement les opportunités sont nombreuses. Pourquoi ne pas envisager, par exemple, la création de la rue méditerranéenne durable avec de la désimperméabilisation, des plantations adaptées à la sècheresse (…), avec des zones d’ombre en utilisant des pergolas dépliées de part et d’autre d’une rue afin de permettre de donner envie de se promener dans une ville à caractère caniculaire ? »
Accélérer sur le vélo
Quatrième et dernier pilier, les mobilités et l’apaisement de la voie publique. Bus, tramway inauguré en janvier 2026, métro, le quartier est déjà bien desservi mais Isabelle Campagnola-Savon souligne la nécessité de continuer à travailler sur la mobilité douce, les voies cyclables. « Il y a vraiment des innovations à trouver notamment dans le stockage des vélos. » En terme de quartier apaisé, l’élue suggère de restaurer la présence de gardien dans les immeubles qui permettrait tout à la fois « d’assurer un service pour les habitants mais aussi du créer du lien, un sentiment de proximité, d’éviter la dégradation des copropriétés (…), de garantir la propreté (…) et de donner un sentiment de sécurité. »
Lien utile :
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