Vendredi 10 octobre, la salle des États de Provence de l’Hotel de Ville d’Aix-en Provence se remplit. À 9h, la maire, Sophie Joissains arrive. Le conseil municipal va commencer. Plus de 99 rapports sont à l’ordre du jour, de quoi raviver les tensions politiques à l’approche des prochaines élections municipales. C’est Anne-Laurence Pétel (opposition, Renaissance) qui ouvre la séance. Elle alerte sur la hausse des actes antisémites et rappelle le saccage de l’olivier de Menton. Sa proposition est simple : planter à Aix un olivier en hommage et dédier une rue à Alfred Dreyfus. « Pour l’instant pas de place à Aix-en-Provence, mais je suis ouverte », répond Sophie Joissains.
La séance bascule ensuite sur la culture, avec le bilan de l’année Cézanne présenté par l’adjoint Pierre-Paul Calendini. Devant le conseil, il déroule les chiffres et les axes : expositions, parcours urbain, programmation liée au peintre ont attiré un public durable et généré des retombées pour le tourisme. Calendini insiste sur l’équilibre budgétaire : à l’arrivée, « il ne reste à charge que 600 000 euros et non 3 millions d’euros initialement ». La Ville se félicite d’un « carton plein » culturel mais la discussion rappelle que les bénéfices économiques doivent, selon certains, mieux remonter aux acteurs locaux.
Le sujet de la précarité étudiante irrite la majorité lors du conseil municipal
La discussion suivante fait monter l’assemblée en tension et tourne court : la précarité étudiante. Claudie Hubert (LFI) s’adresse au conseil : « De plus en plus de précarité. 49% vivent avec moins de 100 euros, une situation dramatique à Aix. » Elle réclame des mesures « plus offensives », évoque l’idée d’un revenu municipal et incite la Ville à travailler davantage avec le Crous.
Pierre-Emmanuel Casanova, adjoint en charge des questions étudiantes, visiblement agacé de cette question « récurrente » à chaque conseil, répond : « La vie sociale de l’étudiant, c’est le Crous. La Ville travaille main dans la main avec le Crous. » Il détaille : 17 lieux de restauration (3€ le repas, 1€ pour les boursiers), 5 480 chambres disponibles, 75 000 euros consacrés aux frigos solidaires, des dispositifs d’accompagnement au logement et le soutien à des associations. Mme Hubert tente de reprendre la parole et se heurte à la maire. Marc Pena, député socialiste et conseiller d’opposition, tente à son tour de dire quelque chose. « Déjà que vous êtes arrivée en retard », lance Sophie Joissains, qui coupe la réplique.
« On a le droit de poser des questions sans se faire envoyer »
Sur la propreté et la gestion des déchets, Agnès Daurès (élue d’opposition du groupe Aix en Partage) interroge la majorité sur les nuisances ressenties par les riverains, notamment lors des épisodes de forte chaleur. Avant sa question, elle réagit à ce qu’il vient de se passer « On a le droit de poser des questions sans se faire envoyer. » Puis elle demande « quand interpeller la Métropole ? » et soulève la présence de rongeurs et d’odeurs.
Sellam Hadaoui, conseilleur municipal de la majorité, répond en donnant le cadre opérationnel : la collecte se fait « le matin et l’après-midi, 7 jours sur 7 », et la fréquence « n’a pas été modifiée depuis 10 ans ». « Lorsqu’il y a des travaux, il y a des vibrations et les rongeurs sortent. Il y a un vrai travail à faire avec les commerçants. Mais on ne peut pas critiquer les services », explique quant à lui Laurent Dillinger, 13e adjoint. « Je n’ai pas critiqué les services », rétorque Mme Daurès. Le sujet tourne rapidement aux incivilités et aux dépôts sauvages. La maire confie regretter la réforme métropolitaine qui impose aux artisans de payer pour accéder aux déchetteries et estime qu’un « retour à la règle d’avant nous serait bénéfique. »
Les nuisances sonores persistent malgré la fermeture des épiceries de nuit à 22h
Le thème des nuisances sonores et des commerces de nuit revient au fil de la séance. Interrogée sur la fermeture des épiceries de nuit à 22h, Sophie Joissains répond sans ambiguïté : « Je ne regrette absolument pas cette décision. » Elle justifie cette posture par la nécessité de préserver la tranquillité du centre-ville et de protéger les riverains. Les opposants estiment que la mesure pénalise les petits commerçants ; la majorité réplique qu’il s’agit d’un arbitrage entre tranquillité publique et activité commerciale et rappelle le renforcement des contrôles : « nous avons dressé plusieurs centaines de contraventions » pour tapage, selon la maire.

Sophie Joissains : « Les verbalisations sont nécessaires. Elles ont un effet dissuasif »
En parlant de nuisances, le sujet du bruit en centre-ville revient sur la table par la voix de Cyril Di Méo, élu d’opposition écologiste. Il interroge la maire sur le nombre croissant de contraventions dressées pour nuisances sonores, évoquant notamment les bars, restaurants et événements estivaux. Selon les chiffres donnés, 5 000 procès-verbaux ont été établis depuis janvier 2025. « Ces chiffres sont vertigineux », commente-t-il. Puis vient à sa question : « Quelle politique de prévention comptez-vous mener ? On ne peut pas se limiter à la répression. »
La maire répond séchement : « Les verbalisations sont nécessaires. Elles ont un effet dissuasif et permettent de restaurer la tranquillité publique. Nous faisons appliquer la loi, tout simplement. Ce n’est pas une question d’idéologie, c’est une question de sécurité et de respect du voisinage. Je préfère une ville tranquille à une ville où personne ne dort. »

La question de l’ouverture dominicale des commerces alimente toujours un débat pour la gauche. Marc Pena plaide pour plus de souplesse : « Les commerçants de proximité doivent pouvoir choisir. » La maire maintient que le cadre en place « préserve l’équilibre entre vie économique et vie familiale ».
99 rapports inscrits à l’ordre du jour lors du conseil municipal du 10 octobre
Après ces échanges politiques, le conseil se penche sur l’essentiel des 99 rapports inscrits à l’ordre du jour. La plupart des délibérations portent sur la gestion courante et les investissements de la Ville : approbation du compte administratif 2024, ajustements budgétaires et virements de crédits pour 2025, modification du tableau des effectifs municipaux, accords-cadres pour des travaux d’éclairage public, conventions culturelles et subventions aux associations, et approbation de comptes rendus financiers pour plusieurs opérations d’aménagement (parmi lesquelles des dossiers relatifs à la Duranne, Puyricard et Jas-de-Bouffan). Plusieurs mesures sociales sont reconduites, comme le dispositif « Cap Jeunes » et l’aide aux frigos solidaires.
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