Le Plan d’action pour la Méditerranée (PAM), est le seul organisme qui rassemble les 21 pays méditerranéens et l’Union européenne dans le cadre onusien du Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE). Il avait focalisé ses travaux jusqu’alors sur la préservation du littoral et des zones côtières. Le Plan Bleu, son organe de prospective, va plus loin et dans un rapport qui vient de sortir, il embarque le PNUE vers les causes économiques et financières de la non-durabilité de l’espace méditerranéen.
Les auteurs, Robin Degron et Constantin Tsakas, ont travaillé avec plus de 20 experts et auteurs de toute la région, y compris des rives Sud et Est pour proposer des « Outils et finances économiques respectueux de l’environnement : une voie vers la durabilité en Méditerranée », (produit dans le cadre du PNUE/PAM)
Ils avaient déjà tiré la sonnette d’alarme en prônant « l’élimination ou la réorientation progressive des subventions nuisibles à l’environnement ».
Dans ce nouveau document, ils préconisent la mise en œuvre proactive des outils économiques, des finances publiques vertes et des outils économiques écologiques pour favoriser le changement durable. « Ces outils visent à canaliser les ressources financières vers des projets écologiquement durables et à soutenir la transition vers une économie verte, en intégrant les objectifs environnementaux dans la planification économique. »

Éliminer les subventions nuisibles à l’environnement
D’ici 2050, la Méditerranée devrait se retrouver dans une situation bien plus préoccupante, avec des transformations majeures de son écosystème marin, une dégradation écologique générale, et une vulnérabilité accrue face à des facteurs externes tels que le changement climatique et les évolutions géopolitiques etéconomiques.
Alors que la Méditerranée traverse un déclin écologique et une instabilité socio-économique, il est crucial d’accélérer la transition vers un modèle de développement durable afin de répondre aux Objectifs de développement durable (ODD) et assurer un avenir équitable et prospère pour la région. Cela nécessite non seulement des politiques environnementales plus fortes, mais aussi un réalignement des mécanismes économiques et financiers, garantissant que les politiques économiques soutiennent à la fois la gestion de l’environnement et le bien-être socio-économique.
Mise en œuvre proactive des outils financiers et économiques écologiques pour favoriser le changement durable
Une étape clé dans cette transformation est l’élimination ou la réorientation progressive des subventions nuisibles à l’environnement (SNE) (Plan Bleu et PNUE/PAM 2024). L’étape suivante consiste en la mise en œuvre proactive des outils financiers et économiques écologiques pour favoriser le changement durable. Ces outils dits de la finance verte, visent à canaliser les ressources financières vers des projets écologiquement durables et à soutenir la transition vers une économie verte, en intégrant les objectifs environnementaux dans la planification économique. « Le PNUE/PAM reconnaît la nécessité cruciale de promouvoir les instruments économiques et la finance durable dans la région. »
Comment tirer parti de la Loi européenne sur la restauration de la nature (LRN) (1) ? Quels instruments financiers innovants, privilégier pour restaurer la biodiversité marine en Méditerranée ? s’interrogent les rapporteurs. Ce rapport constitue un véritable appel à l’action, invitant gouvernements, institutions, investisseurs, société civile et citoyens à unir leurs efforts pour transformer les ambitions environnementales en résultats concrets.
Levers des fonds pour la durabilité en Méditerranée
Les objectifs que se fixent les pays partenaires nécessitent un financement considérable de sources publiques et privées, tout en s’appuyant sur des dispositifs de cofinancement de l’UE.
- Les fonds de fiducie pour la conservation figurent parmi les options les plus efficaces en raison de leur viabilité financière à long terme, de leur focalisation sur des actions de conservation ciblées et de leur scalabilité.
- Les redevances et frais de conservation, notamment dans les zones fortement touristiques, disposent d’un fort potentiel de génération de revenus pouvant directement financer les efforts de restauration dans les aires marines protégées.
- Le financement mixte, associé à l’investissement privé, peut mobiliser des capitaux privés en faveur de la restauration, à condition que les retours sur investissement soient attractifs et que le risque soit limité pour les investisseurs.
- Les paiements pour services écosystémiques (PSE) offrent des incitations directes pour les initiatives de conservation et obtiennent de bons résultats dans des projets de petite envergure bien structurés, même s’ils sont confrontés à des défis en termes de mise en œuvre et de suivi.
- Les subventions publiques, peuvent avoir un impact à grande échelle si elles sont bien conçues, mais requièrent un soutien politique ferme pour éviter de créer des incitations perverses.
- Les obligations bleues représentent une option pour attirer des financements importants, en particulier pour des projets de grande envergure ou transfrontaliers, bien qu’elles exigent une capacité institutionnelle robuste.
- Enfin, bien que les marchés du carbone et les crédits de biodiversité aient un potentiel important, ils sont principalement centrés sur les écosystèmes dits de « Blue carbon » (herbiers marins, forêts de macro-algues et sédiments meubles), mais ils doivent être accompagnés de cadres réglementaires stricts pour garantir leur efficacité et leur crédibilité.
Pour une approche globale
Ces instruments offrent un potentiel considérable, mais leur succès repose avant tout sur leur conception, sur les cadres réglementaires en vigueur et sur la solidité de la gouvernance. Le Plan bleu souligne qu’ils doivent s’inscrire dans une approche politique globale et intégrée, car leur efficacité dépend largement de leur complémentarité avec d’autres outils.

Si les instruments verts – qu’il s’agisse de la tarification du carbone, des obligations vertes ou des fonds fiduciaires pour la biodiversité – offrent un réel potentiel, leur efficacité dépend fortement d’une gouvernance robuste, d’une coordination entre ministères, et d’une adaptation fine aux réalités locales. Les écarts persistants entre les pays de la région en termes de capacité institutionnelle, de marge de manœuvre budgétaire et de maturité réglementaire soulignent la nécessité d’approches différenciées, plutôt que de modèles uniformes. Les mécanismes financiers ne peuvent produire leurs effets que s’ils s’inscrivent dans des cadres politiques cohérents, assortis d’un suivi rigoureux, d’une implication active des parties prenantes et d’un engagement sur le long terme.
Une taxonomie méditerranéenne
Plusieurs contributions insistent sur l’urgence de doter la région d’une taxonomie méditerranéenne des activités durables, accompagnée de lignes directrices opérationnelles. Une telle taxonomie, adaptée aux réalités économiques, sociales et environnementales du bassin méditerranéen, permettrait de mieux orienter les flux financiers vers des projets véritablement durables. Elle aiderait à clarifier les signaux adressés aux investisseurs, à limiter les risques d’écoblanchiment et à garantir des transitions à la fois justes, efficaces et cohérentes avec les spécificités locales, comme la dépendance à certaines ressources, les vulnérabilités climatiques ou les structures économiques.
Optimiste le Plan bleu affirme « Un tournant significatif vers des pratiques économiques plus durables est à portée de main, pour autant que des cadres nationaux et régionaux appropriés soient mis en place et soutenus activement, permettant ainsi aux outils verts de se développer pleinement ».
Constantin Tsakas, chef économiste du Plan bleu interviendra le 21 novembre lors des
3e Rencontres de la finance verte à Marseille, organisées par Gomet’. Inscrivez-vous !
Document source : le rapport du Plan Bleu
(1) Le texte prévoit la restauration de 20% au moins des terres et des mers de l’Union européenne (UE) d’ici à 2030 et de tous les écosystèmes dégradés d’ici à 2050.
Liens utiles :
L’actualité de l’environnement à suivre dans notre rubrique
Le Plan Bleu dans les archives de Gomet’
![[Tribune] Aires marines protégées, des résultats tangibles pour la biodiversité et l’économie locale](https://gomet.net/wp-content/uploads/2024/07/constantin-tsakas-1-705x375.jpeg)










