Après des mois de discussions, d’arbitrages et d’expertises, la préparation des Jeux olympiques et paralympiques d’hiver 2030 entre dans une phase concrète. Réuni à Lyon le lundi 20 octobre, le conseil d’administration du Comité d’organisation (Cojop) a adopté une première version de son budget pluriannuel, fixé à 2,132 milliards d’euros.
Ce montant, validé à l’unanimité, dépasse légèrement le plafond de 2 milliards d’euros fixé par l’État, mais se veut, selon les organisateurs, le reflet d’une estimation « réaliste et sincère » des dépenses à venir. Le Cojop rappelle ainsi que ce budget s’appuie sur des hypothèses « prudemment construites », tenant compte notamment des recommandations formulées cet été par les inspections générales des finances et de la jeunesse et des sports. Ces dernières avaient relevé plusieurs fragilités dans la première maquette financière, notamment un écart d’environ 260 millions d’euros entre les prévisions et les besoins réels.

Pour le Cojop, ces révisions ne sont pas synonymes de dérapage : elles visent, au contraire, à « sécuriser un budget sincère, transparent et soutenable », souligne-t-il dans un communiqué. Les Jeux des Alpes françaises, assurent les organisateurs, seront les plus sobres de l’histoire olympique d’hiver.
Le budget 2030 se situe, de fait, très en-deçà des montants observés pour d’autres éditions olympiques : Pékin 2022 (3,5 milliards d’euros, officiellement…), Pyeongchang 2018 (10 milliards) ou Sotchi 2014 (près de 40 milliards). Mais un peu au-dessus de celui des Jeux d’hiver de Milan-Cortina (Italie), qui se tiendront début 2026 et qui s’appuient sur une enveloppe de 1,7 milliard d’euros.
75 % de financements privés, 25 % publics
Selon le schéma de financement présenté, sur les 2,132 milliards d’euros, 75 % de recettes proviendront du privé (billetterie, marketing, partenariats, licences, hospitalités) et 25 % de financements publics. Un modèle de répartition, inspiré de celui des Jeux de Paris 2024, qui vise à limiter le poids des financements publics tout en favorisant la recherche de ressources issues du secteur privé.
Dans cette première mouture, 45 % des recettes proviennent du Cojop, dont près de 590 M€ de partenariats nationaux et 275 M€ de billetterie et hospitalités ; 30 % du Comité international olympique (640 M€) et 25 %, donc, de contribution publique, soit environ 560 millions d’euros.
La participation des Régions va doubler
L’État s’est engagé à participer à hauteur de 362 millions d’euros, une somme « fixée » par la garantie envoyée au CIO en mars dernier et qu’il entend tenir, pas un centime de plus, conformément à la ligne tracée par François Bayrou, alors Premier ministre, lors de la réunion interministérielle à Briançon, le 27 juin.
Les deux régions hôtes, Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur, qui complètent la part publique aux côtés du mouvement sportif, sont elles, en revanche, appelées à remettre la main à la poche. D’un montant initial de 50 M€ chacune, leur contribution devrait doubler dans ce premier budget pour être portée à environ 100 M€ pour chaque institution, un effort conséquent destiné à alimenter la réserve pour aléas de 240 millions.
Un budget global de 3,4 milliards d’euros
Au budget d’organisation des JO-2030, fixé à 2,132 milliards d’euros, s’ajoute celui de la Solideo (Société de livraison des ouvrages olympiques), basée à Marseille, qui s’élève, lui, à 1,3 milliards d’euros, dont 800 M€ de contribution publique. Le budget global de l’événement s’établit ainsi à 3,432 milliards d’euros. Pour les Jeux de Paris-2024, le Cojop avait dépensé 4,4 milliards d’euros (et réalisé 76 millions d’excédent), tandis que le budget de la Solideo s’était élevé à 4,5 milliards.
Les Jeux olympiques se dérouleront du 1er au 17 février 2030 dans les régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur. Ils seront suivis des Jeux paralympiques du 1er au 10 mars. Ce sera la première édition hivernale organisée en France depuis Albertville en 1992.
Un budget évolutif
Comme pour Paris-2024, ce budget sera évidemment appelé à évoluer au fil des mois, en fonction notamment de la finalisation de la carte des sites et du choix des quatre sports additionnels, lesquels devraient être annoncés par Edgard Grospiron, le président du Cojop, avant les Jeux de Milan-Cortina (6-22 février 2026) pour être ensuite soumis à l’approbation du CIO).
« Ce premier budget pluriannuel concilie l’objectif de Jeux sobres et respectueux des finances publiques avec l’ambition de livrer des Jeux spectaculaires, utiles au territoire, au sport, et à tous les Français. Ce budget sert désormais de cap, en nous donnant les moyens de réaliser notre mission », s’est félicité ce dernier à l’issue de la réunion.
Les prochaines étapes en suspens
La validation du budget du Cojop était une des échéances cruciales pour les JO 2030, mais d’autres étapes tout aussi indispensables sont suspendues en raison de la crise politique. Aucune date n’est ainsi encore connue pour l’examen à l’Assemblée du projet de loi olympique – qui doit faciliter l’organisation des Jeux via des dérogations temporaires en matière d’urbanisme, de logement, de santé, de travail ou encore de sécurité – alors que le texte devait initialement arriver devant la chambre basse en septembre.
La validation de la garantie financière apportée par l’Etat en cas d’annulation totale ou partielle des Jeux, exigée par le CIO, est également en attente. Tout comme celle qui prévoie de couvrir à parts égales, entre Etat et Régions, un éventuel déficit du Cojop, plafonné à 515 M€. Des garanties indispensables à la tenue de l’événèment, qui figurent toutes dans l’article 60 du projet de budget pour 2026, texte autour duquel la bataille parlementaire devrait durer jusqu’à fin décembre, si tout se passe bien.
Le Comité explique ainsi miser sur un versement de 73,5 M€ de contributions publiques, dont 41,5 M€ de l’État, d’ici à juin 2026 (ainsi que la signature de trois partenaires de rang 1). Prudent, le Cojop n’exclut pas néanmoins un recours temporaire à l’emprunt si la subvention d’État venait à être différée…
Lien utile :
> Notre dossier d’actualité consacré aux JO d’hiver 2030











