Les groupes Thales (Paris), Radiall (Aubervilliers) et Foxconn (groupe industriel taïwanais spécialisé dans la fabrication de produits électroniques) avaient annoncé en mai dernier, lors du sommet Choose France, avoir engagé des discussions préliminaires pour explorer la possibilité de créer, en France, une capacité industrielle d’assemblage et de test externalisée de semi-conducteurs.
« Avec une capacité de production prévue de plus de 100 millions de composants de type System In Package (SIP) par an d’ici 2031, le projet vise à répondre au marché européen du packaging avancé de semi-conducteurs dans les secteurs de l’aérospatial, de l’automobile, des télécommunications et de la défense. Cette initiative ambitionne d’accueillir d’autres acteurs industriels afin de soutenir un investissement qui pourrait dépasser 250 millions d’euros et assurer un solide leadership européen à ce projet », expliquait au moment de l’annonce le groupe Thales, coté en Bourse, et dont les actionnaires principaux sont l’Etat et Dassault Aviation.
Foxconn, un leader mondial porté par la croissance de l’IA
Foxconn est le plus important fabricant mondial de matériel informatique. Il fournit des composants électroniques à des entreprises informatiques mondialement connues telles que Apple, Sony, Motorola, Dell, Microsoft, Amazon, Nintendo, Hewlett-Packard, Samsung Group, BlackBerry, LG Group, HTC, Acer Incorporated, Asus, Lenovo, Huawei, Nokia, ZTE… et sous-traite également le montage de produits finis pour certaines de ces sociétés. Foxconn est l’une des plus grandes entreprises mondiales de fabrication électronique sous contrat, connue pour produire des appareils tels que les iPhone et iPad d’Apple, les Xbox de Microsoft, les Kindle d’Amazon et les PlayStation de Sony. L’entreprise figure régulièrement au classement Fortune Global 500 et compte parmi les plus importants employeurs au monde.
En 2025, Foxconn (Hon Hai Precision Industry Co., Ltd.) amorce une réorganisation majeure de ses pôles industriels. La division consacrée aux serveurs, centres de données et produits destinés à l’intelligence artificielle (IA) dépasse pour la première fois celle dédiée aux produits électroniques grand public, notamment les iPhone. Cette croissance est soutenue par la demande mondiale en serveurs destinés à des entreprises comme Nvidia et OpenAI. Sur le seul troisième trimestre 2024, son chiffre d’affaires a affiché un bond de 20,2% pour atteindre 52,20 milliards d’euros. (Sources : Wikipedia / Reuters)
Un potentiel de 800 emplois et 500 M€ d’investissements
A l’époque, le trio n’avait précisé ni le lieu ni le planning prévisionnel de son projet. Depuis, plusieurs territoires français se sont mobilisés, notamment Provence-Alpes-Côte d’Azur à travers son bras armé dans le développement économique, l’agence Rising Sud présidée par Bernard Kleynhoff. Ce dernier a reçu une délégation taïwanaise le 26 novembre dernier. Une visite de site a été organisée à La Ciotat où Thales dispose déjà d’une forte implantation issue de l’acquisition de Gemalto, repris en 2017, sur la zone Athelia. Le groupe de défense et d’aéronautique dispose d’ailleurs de nombreuses implantations dans la région, ce qui pourrait être un atout pour attirer l’investissement dans le Sud.
Selon une source bien informée, l’implantation à La Ciotat aurait été sélectionnée dans la shortlist, en concurrence avec Bordeaux, par les responsables du projet. Un site de 15 hectares a été réservé pour le projet. Les enjeux sont considérables en matière d’investissements, avec la perspective de doubler la somme initiale, soit un montant total de 500 millions d’euros. Le nombre d’emplois créés atteindrait les 300 en première phase puis jusqu’à 800 à l’horizon 2032-2033.
Un appel d’air pour la tech provençale
Le monde des technologies dans la région est en effervescence. L’accueil de l’usine franco-taïwanaise serait en effet une très belle nouvelle pour ce que l’on a appelé la Silicon Valley provençale, spécialisée dans la micro-électronique, qui n’a pas connu un tel projet depuis les grands investissements de STMicroelectronics ou d’Atmel au siècle dernier.
Un dossier soutenu par l’Etat qui doit obtenir le feu vert européen
La décision finale des investisseurs n’est pas encore prise et plusieurs étapes sont encore à franchir, notamment une dérogation de la Commission européenne puisque l’Etat français viendrait mettre la main à la poche en apportant 100 millions d’euros de subventions en aide publique dans la joint-venture. Renaud Muselier, le président de la Région Sud, très au fait des arcanes bruxellois, a été mis au parfum pour défendre le dossier.
L’élu, ancien député européen, était d’ailleurs à Bruxelles durant deux jours en ce début de semaine. Parmi les personnalités qu’il a pu rencontrer figure Stéphane Séjourné, vice-président exécutif pour la prospérité et la stratégie industrielle de la Commission européenne, avec qui il a plaidé pour le soutien de l’Europe aux grands projets de souveraineté industrielle décarbonée et de défense en région Sud.
Thales DIS à La Ciotat : de nombreuses innovations technologiques héritières du savoir-faire de Gemplus
Inauguré en 2002, le site de Thales-La Ciotat emploie environ 600 collaborateurs du secteur « Identité et Sécurité Numériques » (DIS). C’est Gemplus, mondialement reconnu pour son expertise en carte à puce, qui avait décidé au début des années 2000 de s’implanter à La Ciotat afin d’y créer un site unique, avec un centre de Recherche & Développement (R&D) s’adressant au marché de la téléphonie mobile. En 2006, Gemplus a fusionné avec Axalto pour devenir Gemalto, leader mondial du secteur, et intègre le groupe Thales en 2019 dans la branche dédiée DIS.
« Aujourd’hui, le site de La Ciotat est reconnu pour son dynamisme et a créé, via son »design-center » (espace de co-innovation) ou encore ses activités de R&D, de nombreuses innovations technologiques. Celles-ci, éprouvées via son laboratoire de sécurité, alimentent une offre toujours plus variée et résiliente, explique Thales sur son site. Ainsi certaines solutions en devenir, ou même déjà dans les poches des utilisateurs, ont été pensées ou développées par les experts de La Ciotat. Qu’il s’agisse de la carte de paiement biométrique, de solutions en paiement mobile sans contact, ou d’enrôlement à des services de téléphonie à distance, un certain nombre d’innovations ont vu le jour grâce aux »cerveaux » et à l’expertise unique développée ici, dans le sud de la France. Du début de la carte SIM au développement de services d’activation eSIM (SIM embarquée), le site de La Ciotat a su prendre plusieurs virages technologiques en développant et en investissant dans de nouvelles activités numériques. »
Foxconn et Thales Alenia Space avaient également annoncé en mai dernier un second accord portant sur les constellations de satellites et combinant les capacités de fabrication avancée de Foxconn aux technologies spatiales de Thales Alenia Space, implantée à Cannes, une joint-venture entre Thales (67%) et Leonardo (33%). Il s’agit ici d’explorer l’intérêt de développer conjointement une production en série de satellites de haute qualité et à forte valeur ajoutée afin de fournir un contenu technologique de pointe à leurs clients pour leurs grands projets de constellations de satellites de télécommunications en orbite basse.
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