« Les choses sont en train de rebouger dans le bon sens mais le compte n’y est pas ». Avant même l’arrivée d’Emmanuel Macron à Marseille, mardi 16 décembre, Benoît Payan avait planté le décor. La lutte contre le narcotrafic, sujet central de la venue du chef de l’État ? Le bilan du plan « Marseille en Grand », quatre ans après son lancement ? Au micro de France Inter, le maire de la cité phocéenne, longtemps réputé proche du président de la République, a clairement marqué sa distance.
Qu’il a répété sur le terrain : « Je respecte le président de la République, je respecte sa fonction, je ne partage pas ses idées. Je n’ai pas participé à l’organisation de ce déplacement, je n’ai pas été mis au courant et franchement, ce n’est vraiment pas très grave. Ce qui m’intéresse, c’est ce que je récupère pour Marseille. »

Sur le terrain, justement, le ralliement des troupes présidentielles à la candidature de Martine Vassal pour les prochaines élections municipales, déjà dans toutes les têtes, n’est évidemment pas étranger à ce désamour marqué. Il fallait voir la présidente de la Métropole et du Département, du reste, ou encore Renaud Muselier, le président Renaissance de la Région Sud, dans les pas du chef de l’État, toute la journée, tout sourire au premier plan. Quand le maire de Marseille s’est, lui, en effet tenu à bonne distance d’Emmanuel Macron tant pour l’inauguration du commissariat des 13e-14e que pour l’inauguration de l’extension du centre pénitentiaire Baumettes 3, avant de carrément zapper la dernière séquence à la gare Saint-Charles, lors de la visite de chantier de la LNPCA.
Emmanuel Macron d’abord attendu sur la lutte contre le narcotrafic
Loin de ça (ou pas…), Emmanuel Macron a, lui, déroulé son programme. Attendu principalement sur le volet sécuritaire et de la lutte contre le narcotrafic, un mois et trois jours après l’assassinat de Mehdi Kessaci, le chef de l’État avait des annonces à faire. A commencer par l’inauguration, donc, du nouveau commissariat des 13e-14e, « 15 millions d’euros » dans le cadre du plan « Marseille en grand », qui permettra d’accueillir près de 100 policiers. Mais pas que.
Le président de la République a ainsi annoncé que l’amende forfaitaire délictuelle pour usage de drogues serait désormais fixée à 500 euros. Soit plus du doublement du montant (200 € aujourd’hui) pour « taper au portefeuille » le consommateur, « parce que ça n’est pas festif de se droguer », a martelé le chef de l’Etat lors d’un échange avec des lecteurs du journal la Provence. En parallèle, des commissaires de la République seront mis en place pour faciliter le recouvrement des amendes par les finances publiques et la justice, « parce qu’on a des taux de recouvrement qui ne sont pas satisfaisants », a-t-il estimé. Le chef de l’Etat a aussi annoncé vouloir traquer les têtes de réseaux qui opèrent à l’étranger en renforçant la « coopération » avec les pays où les narcotrafiquants opèrent vers la France afin de « saisir leurs biens » et les « arrêter ».
Renforts policiers, nouveaux magistrats et vidéosurveillance
Dans son entourage, alors que l’Etat s’est doté d’outils juridiques avec la loi du 13 juin 2025 visant à sortir la France du piège du narcotrafic, on fait aussi valoir l’arrivée, grâce au plan « Marseille en grand », de 350 nouveaux policiers nationaux, un chiffre « net », mais aussi de 30 magistrats, comme annoncé initialement, auxquels vont s’en ajouter onze supplémentaires, décidés depuis l’assassinat de Mehdi Kessaci.
Ou encore l’installation, d’ores et déjà effective, de 346 caméras de vidéosurveillance, sur les 500 promises, objectif qui sera atteint en 2026 « grâce à un crédit supplémentaire de près de deux millions d’euros qui a été décidé la semaine dernière ».

Payan critique…
Insuffisant pour Benoît Payan qui plaide pour « des moyens supplémentaires : une présence de l’État, de la police, de la gendarmerie, de la justice, mais aussi des services publics ». Le maire de Marseille qui réclame toujours, par ailleurs, l’installation d’un Parquet national anti-criminalité organisée (Pnaco) dans sa ville ainsi qu’une police judiciaire spécialisée dans la lutte contre le narcotrafic.
« Benoit Payan a choisi de rester en retrait de cette visite présidentielle : pendant six ans, il n’aura eu de cesse de gâcher toutes les opportunités offertes à Marseille, lui répond dans un communiqué le collectif « Une Génération pour Marseille » proche de Martine Vassal et Renaud Muselier. En vérité, toute honte bue, Benoît Payan se met en toute logique en retrait, puisqu’il n’a rien à montrer, rien à présenter. À chaque fois que la Ville est en responsabilité sous sa mandature, elle n’accomplit rien. Il en tire aujourd’hui toutes les conséquences, et il ne reste plus que 3 mois à supporter cette incompétence. »
… LFI et RN vent debout
« Un supercherie. Le grand n’importe quoi de Macron et de ses alliés Vassal et Payan doit être dénoncé ! », réagit de son côté, sur ses réseaux sociaux, Sébastien Delogu, le candidat LFI à la mairie de Marseille qui renvoie sur son rapport co-rédigé avec Manuel Bompard, député de la 4e circonscription, et baptisé « Marseille en vrai ».
« Emmanuel Macron, le Beethoven des coups de com’. Qu’il entende les 72% de Français qui réclament avec moi un état d’urgence contre le narcotrafic ! », cingle, lui, Franck Allisio, député RN de la 12e circonscription et candidat déclaré, lui aussi, aux prochaines municipales à Marseille.
Des financements pointés du doigt
Si la venue d’Emmanuel Macron portait essentiellement sur la lutte contre le trafic de drogue, il s’agissait aussi pour lui de venir défendre son plan « Marseille en grand ». Un plan, pour rappel, annoncé en septembre 2021 autour de quelques axes forts, notamment la rénovation des écoles insalubres, le développement des transports en commun, une réduction de la fracture géographique et sociale et une augmentation des effectifs de la police. Le tout pour un total de 5 milliards d’euros versé par l’État, générant, selon les projections, jusqu’à 15 milliards d’investissements sur la totalité.
A voir. Car l’objectif semble encore loin d’être atteint. Dans un rapport du 21 octobre 2024, la Cour des comptes pointait ainsi un « défaut de cohérence d’ensemble » et des difficultés de gouvernance entre l’Etat, la Ville de Marseille et la Métropole d’Aix-Marseille-Provence. Surtout, fin 2023, seulement 1,31 % du montant total annoncé par l’Etat avait été versé, relevait-elle.
Un outil pour suivre l’avancement de « Marseille en Grand »
« On est maintenant bien au-delà de ce qui avait été pointé. Les résultats sont là », tempère-t-on dans l’entourage du chef de l’État, chiffres à l’appui. « 62% des crédits sont désormais engagés, ça veut dire que les deux-tiers des opérations promises sont désormais soit réalisées, soit en cours. Avec un bond spectaculaire du taux d’engagement en un an, puisqu’entre 2024 et 2025, le plan est passé de 31% des crédits engagés à 62%. »
Et de citer, pêle-mêle, la livraison de 15 écoles neuves et 86 en cours, sur les 188 promises dans le plan ; 117 opérations de rénovations urbaines désormais engagées, après la longue phase préalable et nécessaire de démolition et aménagement, sur les 235 annoncées ; les 1 200 entreprises créées dans le cadre des carrefours d’entrepreneuriat ; ou encore, côté mobilités, la concrétisation, cette année, du BHNS (Bus à haut niveau de service) entre les stations de métro Gèze et La Fourragère, la phase 1 de l’extension du tramway T3, le Chronobus d’Aubagne, l’extension du Zénibus de Vitrolles, du Val’Tram… « On est maintenant sur un plan qui est rentré en phase vraiment de réalisation complète avec une vraie dynamique qui se traduit par des résultats concrets. »
Conscients néanmoins de l’opacité du plan auprès du grand public, l’État a élaboré une carte interactive, régulièrement mise à jour, pour suivre de manière dynamique l’ensemble des chantiers réalisés, en cours ou en attente. « Un outil de transparence et de redevabilité », souligne-t-on à l’Elysée. Une carte que chacun peut consulter désormais librement, depuis le week-end dernier, pour mesurer par soi-même l’état d’avancement, ou non, du plan « Marseille en Grand ».
Liens utiles :
> La carte interactive de « Marseille en Grand »
> Notre dossier d’actualités consacré à « Marseille en Grand »










