L’actualité c’est un peu comme les automobiles ou les deux-roues dans un carrefour à Marseille : il arrive qu’ils se percutent. Ainsi apprend-on qu’une importante rencontre scientifique vient de rappeler une urgence. Le criquet de Crau est menacé d’extinction. Ce volatile, espèce endémique qui a pour habitat la plaine qui s’étale entre Alpilles et Camargue, est victime des bouleversements intervenus dans le périmètre où il survivait jusque-là : exploitations agricoles, expansion immobilière, et sans doute changements climatiques.
Les chercheurs s’en sont émus, les agriculteurs en ont pris conscience, les politiques se sont saisis de la question… jusqu’à l’Europe qui a financé un programme appelé “Life” pour tenter de sauvegarder cette espèce en voie d’anéantissement. On se réjouit bien évidemment de cette nécessaire mobilisation à l’heure où pour le seul continent européen les bilans ont sonné le glas d’une partie du monde vivant qui nous entoure : 600 millions d’oiseaux ont disparu, 2500 espèces pour le seul territoire français ont été anéanties, des animaux comme le campagnol souterrain de Bulgarie, le phoque de Méditerranée et plus d’une centaine d’espèces de moustiques sont à terme menacés. Il y va de la biodiversité nécessaire aux équilibres des écosystèmes dans lesquels nous évoluons. Dont acte.
Le Marseillais est lui aussi en danger
Au croisement de l’information, une autre nouvelle. Dans La Provence, c’est d’une autre espèce endémique menacée dont il a été question ces derniers jours. Le Marseillais est lui aussi en danger dans un environnement urbain qui lui est de plus en plus hostile. Un reportage vient de pointer du doigt une des aberrations que connaît la ville depuis plusieurs décennies déjà.

La passerelle Plombières, la bien nommée tant elle pèse lourd sur la santé des riverains qui la subissent. Il y a trente ans déjà, l’auteur de ces lignes, alors grand reporter décrivait dans un reportage le quotidien d’un habitant qui avait alerté le journal – Le Provençal – sur le calvaire qu’il vivait depuis l’érection de ce viaduc de ferraille, censé fluidifier la circulation qui empoisonnait ces quartiers réputés pauvres.
L’homme que nous rencontrions alors vivait au 1er étage d’un immeuble à la façade anthracite, où il était impossible, en raison du bruit et de la pollution automobile, d’ouvrir volets et fenêtres. Le malheureux sur un fauteuil roulant, un appareil respiratoire encombrant ses narines, décrivait l’enfer auquel on l’avait condamné et qui sans doute depuis a mis fin prématurément à sa vie. La municipalité, contactée alors, avait botté en touche, assurant qu’elle se tenait régulièrement informée des rapports qui mesuraient la qualité de l’air. Ils étaient cela va sans dire mauvais, mais l’urgent était alors d’attendre et la passerelle Plombières demeura puisqu’elle permettait à des milliers d’automobilistes de rallier l’A7 via le Jarret et d’échapper aux avenues, boulevards et rues, qui coûtent chaque année 93 heures aux usagers de l’aire métropolitaine (Marseille est la troisième ville de France où l’on perd le plus de temps dans les bouchons).
La nouvelle municipalité, par la voix d’Anthony Krehmeier, maire de secteur (2/3e arrondissements) affirme que le démantèlement de “Plombières” est « une des priorités du mandat » qui vient de débuter. Il fixe l’horizon 2030 pour voir enfin fer et bitume qui polluent les jours des riverains, repoussés dans les pages noires de la gestion calamiteuse de la circulation à Marseille.
On veut croire à cette promesse énergique, même si la perplexité reste de mise lorsque l’on sait que ce sont plusieurs centaines de milliers d’automobilistes qui convergent chaque jour vers la ville. On est cependant convaincu qu’il n’y a pas d’autres opportunités et on se félicite des changements d’ores et déjà observés comme avec l’exemple du boulevard Rabatau, pacifié après la suppression, là encore, d’une passerelle. Pour Plombières les moyens métropolitains seront nécessaires, d’autant qu’il faudra réaménager, sur près de 1 200 mètres, la voirie qui court sous la passerelle et dont l’état témoigne selon les utilisateurs de sa vétusté.
Années 70 : faire déboucher des autoroutes dans l’hypercentre
Benoît Payan et les élus qui l’accompagnent doivent, au-delà de ce chantier pharaonique, se préoccuper d’urgence de cette emprise de l’automobile dans une ville qui frôle désormais au quotidien la thrombose ou l’asphyxie. Ce n’est pas chose simple quand on a hérité d’une situation créée dès les années 70, où, si on n’avait pas de pétrole, on a eu l’idée saugrenue de faire déboucher des autoroutes dans l’hypercentre.
C’est sans doute pour corriger ces erreurs majuscules que le maire de Marseille a fait sien le credo d’une partie des habitants des quartiers Sud, opposés au désormais célèbre BUS, le boulevard urbain sud qui doit permettre, via la L2 notamment d’accéder à l’étranglement urbain de la Pointe Rouge, quartier contraint car adossé à la mer.
Là encore deux logiques s’opposent. Celle de Benoît Payan qui veut relancer une consultation malgré tous les permis administratifs qui autorisent la fin de ce chantier. Il veut que l’on prenne en compte l’existant. Des jardins partagés, des arbres centenaires, l’accès à des quartiers déjà saturés par l’automobile. S’y oppose la volonté d’une maire de secteur (9/10e arrondissements) du Rassemblement National, Eléonore Bez qui assume l’idée d’en finir avec les tergiversations préférant à « l’urgence climatique, l’urgence pragmatique. » Un mandat ne sera pas de trop pour démêler les fils de cet imbroglio, aussi politique qu’existentiel.
Deux perspectives donc pour permettre à la ville de sortir enfin de la profondeur des classements qui la pointent du doigt comme l’exemple à ne pas suivre. Mais il reste tant à faire pour faire reculer la gent motorisée, reconquérir les bols d’air qui ont été confisqués, réparer les outrages des hydrocarbures et du tintamarre routier qui agresse les tympans et érode le cerveau.

Découvrir le vivre et se déplacer ensemble des transports en commun
La crise du détroit d’Ormuz et la hausse vertigineuse du prix des carburants ont de ce point de vue quelques vertus, puisqu’on relève qu’une partie significative des usagers ont renoncé au volant chronophage, pour découvrir le vivre et se déplacer ensemble des transports en commun. Les maires auront, nous dit aussi l’actualité, la possibilité d’installer prochainement des radars et de mettre fin à la folie furieuse qui s’empare de certains dès qu’ils ont posé leurs fesses dans un habitacle ou sur une selle. Quelques timides avancées pointent ici et là, comme à Malmousque où on se préoccupe de la survie de l’espèce piétonnière, en faisant reculer la voiture. Enfin le recours au télétravail, nous indique-t-on au plan national, est possible dans les entreprises pour 40% des salariés.
La municipalité qui s’est imposée sous le titre de “Printemps marseillais”, a l’impérieux devoir de relever le défi que plusieurs décennies de laxisme ou d’imprévoyance lui ont légué. On attend l’été et les moissons qui l’accompagnent. Il y va de l’environnement urbain qu’on doit aux enfants à venir. Tout cela a un coût mais demande surtout que la main de celui qui a fait de Marseille son seul horizon, ne tremble pas.











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