Architecte, fondateur et associé de Map architecture, fondateur de MIA’s, les Marseillais de l’immobilier en Afrique, membre actif d’Africalink, Renaud Tarrazi, connaît bien le terrain africain et ses enjeux urbains. Dans cette tribune (*) il appelle à changer de regard sur la croissance urbaine de ce Sud africain pour aller vers « des modèles sobres, résilients, intelligents ».
On parle souvent de la ville durable comme d’un objectif technique. En Afrique, c’est une question de survie… et une opportunité historique. D’ici 2050, le continent africain comptera près de 2,5 milliards d’habitants selon les Nations-Unies. Et chaque année, l’équivalent d’une ville comme Marseille apparaît.
Derrière cette « informalité », il y a de l’ingéniosité, de l’adaptation, une capacité à faire beaucoup avec peu
La vraie question n’est pas : faut-il construire des villes durables ? La vraie question est : allons-nous construire des villes tout court… ou laisser l’urbanisation nous dépasser ? Aujourd’hui, plus de la moitié des citadins africains vivent dans des quartiers informels. Ça dérange. Ça inquiète. Mais regardons les choses en face : la ville africaine existe déjà – elle est simplement majoritairement informelle. Et derrière cette « informalité », il y a de l’ingéniosité, de l’adaptation, une capacité à faire beaucoup avec peu.
Pendant ce temps, 600 millions de personnes n’ont toujours pas accès à l’électricité, selon la Banque mondiale. Alors soyons clairs, la ville durable africaine ne peut pas être un luxe écologique. Elle doit d’abord être une ville habitable. Et pourtant, il y a une réalité souvent oubliée : l’Afrique ne représente qu’environ 4 % des émissions mondiales. Elle subit un dérèglement climatique qu’elle n’a presque pas créé.
C’est là que tout bascule. Parce que cette contrainte est aussi une chance. L’Afrique n’a pas d’héritage lourd d’infrastructures obsolètes. Elle peut aller plus vite, plus directement, vers des modèles sobres, résilients, intelligents. On le voit déjà à Kigali, qui impose des choix environnementaux radicaux. À Dakar, qui investit dans des transports structurants. À Nairobi, où l’innovation numérique redessine la ville.
L’Afrique n’est pas le laboratoire du futur. Elle est déjà le terrain où il s’invente. Mais il y a une condition : arrêter de copier.
La ville durable africaine ne sera ni européenne, ni chinoise. Elle sera africaine !
La ville durable africaine ne sera ni européenne, ni chinoise. Elle sera africaine ou elle échouera. Cela veut dire quoi ? Construire vite, mais juste. Investir moins dans le béton, plus dans les services. Faire confiance aux habitants autant qu’aux ingénieurs. Et accepter que certaines des meilleures solutions viennent du terrain, pas des plans.
Parce que le défi est simple à énoncer, mais colossal : l’Afrique doit construire en 30 ans ce que d’autres ont mis 150 ans à bâtir. Alors oui, il y a urgence. Mais il y a surtout une responsabilité collective. Car si l’Afrique réussit ses villes, elle offre au monde un modèle de transition sobre et inclusif. Et si elle échoue… les conséquences seront globales. Le futur urbain sera africain. La seule question, c’est : sera-t-il durable… ou subi ?
Renaud Tarrazi
(*) Attaché à la vitalité du débat local, Gomet’ Media donne régulièrement la parole à des contributeurs extérieurs pour des points de vue, chroniques et autres tribunesLes opinions exprimées dans les tribune diffusées sur Gomet’ n’engagent pas la rédaction. Proposez-nous vos contributions à contact@gomet.net




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