Je garde le souvenir d’un universitaire ouvert et rigoureux, créatif, intransigeant avec lui-même, et exceptionnellement ouvert sur le monde local. Il était tout à la fois penseur, stratège, occitaniste, humaniste, cultivé et engagé. Discuter avec Philippe, c’était la certitude de découvrir une nouvelle facette d’un sujet que l’on croyait pourtant parfaitement maîtriser. Sa capacité d’analyse, de prise de recul sur les sujets les plus divers, les plus complexes, suscitait une profonde admiration.
Philippe maniait le sarcasme pour la bonne cause
Derrière sa moustache et sa barbiche, Philippe maniait le sarcasme pour la bonne cause, comme révélateur des inégalités sociales, des incompétences institutionnelles, des galères quotidiennes des plus fragiles, du conservatisme politique. Il ne se résignait jamais. Il croyait d’abord en la force du collectif, notamment associatif. Il voulait sans cesse créer des « boites à idées », « croiser les savoirs », une sorte de « dialectique par l’élargissement » dont il avait le secret.
Economiste, il avait rapidement compris que le développement économique n’est rien sans une politique sociale et de formation et rien non plus sans une vision stratégique locale du territoire. Ce furent ses combats. Philippe était un révolté permanent qui s’insurgeait contre « une société à plusieurs vitesses qui écarte du développement un grand nombre de personnes et génère de la précarité, remettant en cause notre modèle social ». Philippe luttait contre l’individualisme et prônait un renouvellement démocratique favorisant la participation citoyenne.

Philippe Langevin : « une Métropole pour les citoyens »
Très tôt, il s’impliqua dans la réflexion sur l’organisation locale et notamment l’aire métropolitaine, dans de multiples clubs, conseils ou associations dont il fut l’un des principaux animateurs. C’est évidemment son influence au sein du Conseil de Développement de Marseille Provence Métropole (dont il était membre du Bureau), entre 2009 et 2014 qui m’a le plus marqué.
Il avait rapidement compris que la société civile devait jouer un rôle important dans cette phase de gestation de la Métropole et qu’il fallait élargir la réflexion aux Conseils de Développement d’Aix, Aubagne, Martigues. « Il ne faut pas construire une Métropole pour les élus, mais une Métropole pour les citoyens », tonnait-il. Et lorsque la Métropole fut enfin mise en place, 50 ans après les autres grandes agglomérations françaises, il s’impatientait : « Nous avons la Métropole la plus inégalitaire de France et on tergiverse ! »
Nous disons donc adieu avec tristesse à notre ami Felip Langevin, professour d’ecounoumìo de l’Universita e especialisto de l’ecounoumìo regionalo. Nous ne l’oublierons pas. Les Marseillais et les Provençaux non plus.
Jacques Boulesteix,
le 22 mai 2026
NDLR : Les obsèques se tiennent en l’église de Saint-Barnabé, 5 place Caire de Marseille (13 012) le mardi 26 mai 2026 à 14 h 15. La crémation se déroulera ensuite au crématorium et parc mémorial (Aix-en-Provence – 13 290).
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