Fondé il y a dix ans à Marseille, le JIM s’illustre comme un acteur singulier du paysage immobilier local. Ni réseau fermé, ni club institutionnel classique, l’association présidée par Christopher Nobili revendique un modèle fondé sur l’humain, la diversité des profils et l’adaptabilité. En cette heure anniversaire fêtée au Château St Victor à Marseille cette semaine, Gomet’ a interrogé Christopher Nobili revient sur la genèse, le positionnement et les perspectives du JIM, « Jeunes de l’immobilier marseillais ».
Quelles sont les spécificités du JIM par rapport aux autres associations du secteur immobilier ?
Christopher Nobili : À l’origine du JIM, il y a un constat partagé par de nombreux professionnels de l’immobilier : un écosystème perçu comme fermé, où l’accès repose souvent sur des codes implicites et des réseaux déjà constitués. Cette réalité concerne autant les nouveaux entrants que des acteurs déjà installés, mais dépourvus de relais ou de “portes d’entrée”.
Créé sur des bases volontairement simples, conviviales et humaines, le JIM s’est d’abord structuré comme un lieu de rencontres informelles, avant de franchir plusieurs étapes décisives : l’indépendance financière via des partenaires privés, une organisation interne proche de celle d’une PME, puis une reconnaissance progressive au sein de l’écosystème immobilier et institutionnel. Aujourd’hui, l’association revendique un positionnement clair : fédérer sans enfermer, connecter sans uniformiser.

Comment est née l’idée de créer le JIM ?
Christopher Nobili : Au départ, la bande de copains avait de l’énergie, des idées, beaucoup d’envie et très peu de certitudes.
Il n’y avait pas de plans, pas de vision claire, pas une trajectoire pensée sur 10 ans mais il y avait une intuition, l’idée que sur ce territoire, il manquait un endroit où les relations puissent être plus simples, plus directes, moins codifiées. Avec une immense envie de faire circuler quelque chose de vivant.
L’idée est née d’un constat très basique, presque primaire : dans l’immobilier, on peut vite se sentir seul. Le milieu est à la fois très fermé et, paradoxalement, doté de nombreuses portes d’entrée. Encore faut-il savoir lesquelles pousser. Beaucoup de professionnels n’ont pas de réseau familial ou relationnel pour les aider à démarrer ou à évoluer. En échangeant avec d’autres, je me suis rendu compte que ce sentiment était largement partagé, y compris par des personnes déjà installées. On a donc décidé de mutualiser nos forces, même modestes au départ, pour créer un cadre plus humain et plus accessible.
Comment le JIM s’est-il structuré dans le temps ?
Christopher Nobili : Il y a eu plusieurs grandes étapes. La première a été très simple : créer du lien, organiser des rencontres conviviales, sans prétention. Puis est venue une seconde phase plus complexe : celle de l’indépendance financière. Nous avons fait le choix, dès le départ, de ne pas recourir aux financements publics. Cela nous a imposé de fortes contraintes, mais cela nous a aussi garanti une liberté totale. Nous avons donc développé des partenariats privés et structuré progressivement le JIM comme une petite PME, avec des pôles dédiés aux événements, aux partenariats ou à l’organisation interne.
Pourtant, d’autres clubs immobiliers existaient déjà. Quelle est votre différence ?
Christopher Nobili : Il existe effectivement des structures historiques très solides, comme le Club ou le Cercle de l’immobilier, qui ont une vraie légitimité. Mais il ne s’agit pas de comparaison. Le JIM a dix ans, certaines de ces structures en ont trente. Notre positionnement est différent. Nous répondons à d’autres besoins, avec une approche plus transversale, plus adaptable. Je crois sincèrement qu’il y a de la place pour tout le monde, tant que l’on répond à un besoin réel.
Vous parlez souvent de “fonction de support”. Qu’est-ce que cela recouvre ?
Christopher Nobili : C’est central pour nous. Le JIM est un support à plusieurs niveaux. Pour les dirigeants, c’est un outil pour impliquer leurs équipes, les exposer à d’autres visions, leur offrir une respiration professionnelle. Pour les collaborateurs, c’est un cadre qui favorise le sentiment d’appartenance, la légitimité et l’engagement. Et puis il y a un aspect très concret : créer, renforcer ou consolider des relations professionnelles. On n’est pas là uniquement pour faire de la représentation ou de la convivialité de façade.
Justement, la convivialité est un mot très utilisé dans les réseaux. Comment l’abordez-vous ?
Christopher Nobili : La convivialité ne peut pas être un objectif en soi. Boire un verre ne suffit pas. Ce qui fait la différence, c’est la variété des formats. Nous proposons une dizaine d’événements différents, allant de formats très intimistes, autour de dix personnes, à de grands rendez-vous rassemblant jusqu’à 400 professionnels. Entre les deux, plusieurs formats intermédiaires. Cela permet à chacun de choisir en fonction de sa sensibilité, de son agenda et de ses besoins professionnels.
Le JIM se définit-il comme un réseau ?
Christopher Nobili : Le JIM n’est pas une fédération, n’est pas un syndicat, n’est pas un lobby, le JIM est un espace de rencontres, de dialogue et de complémentarité. Un réseau est souvent homogène et relativement étanche. Le JIM est un maillage. Nous recherchons la diversité des profils, des métiers et des parcours. Les liens évoluent, se créent, se transforment. Rien n’est figé. Cette capacité d’adaptation est essentielle, à la fois pour répondre aux attentes de nos partenaires et pour évoluer avec la société.
Le JIM c’est une manière de faire circuler les choses, l’énergie, les idées, les opportunités, les rencontres, parfois discrètement, parce qu’il y a ce qu’on voit :
les soirées, les évènements, les prises de paroles.
Et puis il y a tout le reste, les coups de fil passés sans rien attendre en retour ; les recommandations silencieuses.
On a grandi dans l’immobilier c’est notre langue maternelle ; concevoir, bâtir , transformer. Mais au fond, depuis le début, ce qu’on construit vraiment, c’est du lien.
Cette manière très marseillaise de construire des choses sérieuses, sans jamais devenir complètement sérieux
Peut-être que cela ressemble finalement beaucoup à Marseille, à quelque chose de vivant, parfois désordonné, souvent intense, jamais complètement figé. Une ville où les mondes se mélangent, où les gens se parlent encore, où les fidélités comptent.
Le JIM veut rester fidèle à ça, à cette énergie, à ce mouvement, à cette manière très marseillaise de construire des choses sérieuses, sans jamais devenir complètement sérieux. Nous avons toujours considéré que les meilleures réponses naissaient de la rencontre entre des compétences différentes.

Quel est aujourd’hui le profil de vos membres ?
Christopher Nobili : En observant la nature, on finit par comprendre quelque chose de simple. Les choses qui durent prennent du temps. Les racines avant les branches. La patience avant la floraison. Les fondations avant l’élévation. En dix ans, nous avons appris que les aventures collectives obéissent souvent à la même règle. Elles grandissent lentement. Presque discrètement. Puis un jour, on prend du recul. Et l’on découvre que ce que l’on croyait être une initiative est devenu un écosystème. Que ce que l’on croyait être un groupe est devenu un maillage. Et que ce que l’on pensait construire pour quelques-uns est finalement devenu utile à beaucoup d’autres.
En dix ans, le JIM a pris une place que nous n’avions sans doute pas imaginée au départ. Une place construite progressivement. Par le travail. Par la confiance. Par la qualité des femmes et des hommes qui composent cette aventure. Aujourd’hui, ce maillage rassemble près de 60 métiers liés à l’immobilier. De la conception à la construction. De l’ingénierie à l’exploitation. De la transaction à la valorisation. Des compétences différentes. Des expériences différentes. Des regards différents. Et une même envie de comprendre, construire et transformer notre territoire. Cette diversité est devenue notre richesse.
Elle nous permet de croiser les points de vue. D’élargir les réflexions. D’aborder les sujets avec davantage de hauteur. Et parfois de faire émerger des réponses qu’aucun d’entre nous n’aurait trouvées seul. Nous comptons plus de 70 équipes partenaires et une trentaine de membres actifs, ce qui représente environ 350 professionnels. On y trouve l’ensemble des métiers de l’immobilier : promoteurs, acteurs de la réhabilitation, architectes, bureaux d’études, professions juridiques (notaires, avocats, huissiers), agence de communication, expert-comptable, agents immobiliers, grands groupes comme indépendants. Cette diversité est une vraie richesse, car elle permet de couvrir toute la chaîne d’un projet immobilier, de l’amont à l’aval.
Quelle est votre rayonnement géographique dans les Bouches-du-Rhône ?
Christopher Nobili : Le JIM est profondément ancré à Marseille. Mais il ne parle jamais uniquement de Marseille. Il s’intéresse à l’ensemble du territoire métropolitain. Le sujet n’est jamais le JIM seul. Le sujet est toujours le territoire. Il s’agît d’accompagner les transformations du territoire, favoriser les rencontres entre acteurs économiques, participer à la réflexion collective, créer des passerelles. Nous aimons profondément ce territoire et nous avons simplement essayé, à notre échelle, de contribuer à son développement.
Quelle est votre position sur la situation actuelle du marché immobilier ?
Christopher Nobili : En tant que président du JIM, je reste prudent : notre rôle n’est pas de faire de l’analyse politique ou économique. D’autres structures sont bien plus légitimes pour cela. À titre personnel, je pense que nous ne vivons pas un changement de paradigme, mais une période de transition que nous avons longtemps refusée d’anticiper. Elle est brutale, mais elle oblige à faire preuve d’agilité, à remettre en question certains modèles et à sortir de ses habitudes.
Quels sont vos relations avec le monde institutionnel et politique ?
Christopher Nobili : Le JIM échange avec tous les acteurs du territoire. Le JIM est indépendant, apolitique. Il n’a jamais porté de projet partisan et n’a jamais cherché à défendre une couleur politique. Nous échangeons avec tous les acteurs publics du territoire parce que nous nous intéressons au territoire. C’est très différent d’un engagement politique.
Comment voyez-vous l’avenir du JIM ?
Christopher Nobili : Nous arrivons à un moment charnière. Nous ne cherchons pas à faire “plus”, mais à faire “mieux”. Ces dix premières années ont permis de bâtir un socle solide. L’objectif est désormais de renforcer notre rôle de support, au-delà même de l’immobilier, en nous inscrivant dans l’ensemble du tissu économique métropolitain. Le JIM ne concerne plus seulement les jeunes. On compte des membres de tous les âges. C’est devenu un nom propre, une identité, un maillage humain et professionnel que nous voulons continuer à faire évoluer.
Depuis le premier jour, nous avons tenu à préserver quelque chose d’essentiel : notre indépendance. Le JIM est resté libre. Libre dans ses échanges. Libre dans ses réflexions. Libre dans ses relations avec l’ensemble des acteurs du territoire. Cette liberté nous a permis de dialoguer avec tous, quelles que soient les sensibilités, quelles que soient les périodes. Et elle reste aujourd’hui l’une des conditions de la confiance qui nous est accordée. Ces dernières années, nous avons également ouvert davantage le JIM au reste du tissu économique marseillais et métropolitain.
Un autre défit nous attend : la transmission
Parce qu’après dix années d’existence, il nous semblait naturel de créer davantage de passerelles. De partager nos expériences. De croiser nos regards avec d’autres secteurs. Les partenariats avec l’Apex, Medinsoft ou encore la Chambre de commerce illustrent cette volonté. Celle de contribuer, à notre échelle, au dynamisme de notre territoire.
Par ailleurs, la continuité et la consolidation, de l’implantation du JIM au sein du tissu économique métropolitain, un autre défit nous attend : la transmission.
C’est probablement le sujet le plus important des dix prochaines années. Créer une organisation est difficile, la faire durer est encore plus difficile, la transmettre est probablement le défi le plus exigeant.
Pendant dix ans, une génération a construit cette aventure, elle lui a donné son identité, elle l’a portée, elle l’a structurée. Aujourd’hui, une nouvelle responsabilité apparaît : préparer celles et ceux qui prendront demain le relais. Il s’agit de préserver l’ADN du JIM, tout en permettant son évolution. L’objectif n’est pas de conserver le pouvoir mais d’organiser la transmission. Parce qu’une organisation devient réellement mature lorsqu’elle est capable de préparer sa succession sans perdre son âme. Nous ne construisons pas les dix prochaines années pour nous, mais nous les construisons pour ceux qui prendront les relais demain.
La soirée des 10 ans jeudi 11 juin au Château St-Victor à Marseille
« La soirée est un marqueur, une étape, une photographie du JIM à un instant donné. Elle permet de mesurer le chemin parcouru, mais surtout de mesurer la qualité du maillage construit depuis dix ans. 400 invités, plus de 70 partenaires plusieurs générations représentées : entreprises, institutions, acteurs économiques, partenaires historiques. Cette soirée rassemble toutes celles et ceux qui ont contribué, de près ou de loin, à l’histoire du JIM. Nous célébrons moins un anniversaire qu’une étape de maturité.
Le choix de l’armée : Le château Saint-Victor (résidence du gouverneur militaire de Marseille dans le 8e arrondissement) est avant tout symbolique. Les valeurs communes avec l’armée : engagement, transmission, collectif, discipline, esprit de corps, sens du territoire. »

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