La 27e édition du festival musical Marsatac s’est ouverte vendredi 13 juin au parc Borély. Une édition remaniée sur deux jours mais plus que jamais fidèle à ses valeurs musicales (voir la riche programmation musicale et nos reportages avec notamment Hamza en tête d’affiche vendredi et samedi la Fonky Family) et ses engagements sociétaux.
Au fil des années, le grand rendez-vous musical du début de l’été marseillais, est devenu un événement engagé sur de nombreux fronts de la responsabilité sociétale des organisations (RSO): lutte contre les violences sexistes et sexuelles, éco-responsabilité, ancrage territorial… Béatrice Desgranges, la directrice du festival et de l’association Orane, organisatrice du festival, fait le point avec Gomet’ sur les dernières actualités liées à tous ces engagements.

Organisé dans un lieu naturel sensible depuis 2021, le Parc Borély, en pleine ville (8e arrondissement de Marseille), Marsatac a d’abord « la préoccupation d’avoir des modes de production qui soient le plus respectueux de l’environnement au sens de la préservation de notre planète. »
Transports en commun et mobilités douces privilégiés
A commencer par l’empreinte carbone relative aux transports. « L’utilisation des transports en commun grâce notamment au travail avec la RTM pour mettre en place des navettes et des prolongements jusqu’à Aubagne et jusqu’à Aix pour accompagner le public, le plus près possible de chez lui, est l’une des priorités (…) à la fois pour des questions d’impact carbone, et aussi pour des questions de sécurité. »
La proportion de visiteurs venant en voiture individuelle est désormais anecdotique souligne Béatrice Desgranges. « Nous sommes un festival urbain avec des modes de vie urbain. En ville, la voiture est bannie. On le pense, on le fait et on le vit depuis le début. Et nous l’avons formalisé en 2008 lors notre 10e édition qui a marqué notre engagement pour un Marsatac durable et solidaire.»
Une fois géré les accès pour les dizaines de milliers de festivaliers attendus, il s’agit aussi et bien sûr de bien encadrer l’occupation du site. « On nous a confié un écrin merveilleux qu’est le parc Borély. Nous devons le respecter, le rendre aussi propre que lorsqu’on y est entré, le magnifier par une scénographie qui le met en avant et qui le rend encore plus beau. » Des surprises sont d’ailleurs attendues cette année avec la scène du virage (ex-scène du Lac) pour approcher les artistes dans un rayon de 270°. Une scène mobile, « l’auto tune » est également annoncée. Elle jouera plusieurs fois par soir et pas toujours au même endroit. « Il faudra la chercher » confie au passage la directrice de Marsatac.

Préserver et magnifier le Parc Borély
L’engagement en matière d’éco-responsabilité se déploie sur l’ensemble de la préservation du site : dépollution du site à la sortie, tri sélectif à tous les étages et cette année une étape supplémentaire est franchie avec le compost de tous les déchets alimentaires, étendu à la zone publique avec des poubelles tri-flux pour récupérer le jaune, le vert et les ordures ménagères grâce à une relation toujours très intense avec la Métropole sur ses compétences environnement et avec les associations comme Clean My Calanques dirigée par Eric Akopian (croisé sur le site vendredi). L’édition 2025 est aussi marquée par le partenariat renoué avec l’Ademe qui avait accompagné Marsatac en 2008 en tant que pionnier de l’éco-responsabilité. Cela se traduit notamment par une sélection de food-truck qui signent la charte environnementale de l’événement.

Environnement mais également solidarité. Le volet récréatif de Marsatac se poursuit et se renforce avec la mise en valeur et la participation d’associations qui œuvrent au quotidien. Des nouvelles associations rejoignent l’événement et adressent notamment « la précarité étudiante qui est un sujet qui nous touche beaucoup » observe Béatrice Desgranges. La moitié des festivaliers sont des étudiants. Toutes les personnes dans la diversité des situations de handicap, visibles et invisibles bénéficient d’un accès inclusif.

Safer : un accord inédit avec le barreau de Marseille
Marsatac a signé la semaine dernière un partenariat avec le Barreau des avocats de Marseille. Il se concrétise dès l’édition 2025 de Marsatac avec la présence d’avocats sur le stand de Safer le dispositif de prévention des violences sexuelle et sexistes créé par Marsatac pour apporter des réponses d’accompagnement pour celles et ceux qui se sentent concernés. Une corde de plus dans l’arc de protection et de prévention d’un outil qui porte ses fruits au fil des années. « Globalement, et on l’a beaucoup entendu l’an passé, et je l’ai encore entendu dans des conversations en dehors de mon cadre professionnel, les gens sont rassurés. Les parents sont rassurés. Ils sont en confiance et le public vient en confiance à Marsatac. Parce qu’ils savent que cette question des violences sexuelles et sexistes est prise en charge. Et s’il se passe quoi que ce soit sur le festival, ils auront la garantie d’une écoute et d’un accueil. Et ça c’est tellement précieux. Et c’est bien ce que dit l’étude : aujourd’hui cela devient un critère de choix. Dans la fréquentation des manifestations, il y a des gens qui ont arrêté de se rendre sur tel ou tel évènement parce que ces conditions-là n’étaient pas assurées. »
Le stand Safer est un lieu de ressources qui dépasse Marsatac. « Chacun peut y trouver des informations y compris pour des faits qui ne se seraient pas produits au cours du festival. » La plupart du temps, les visiteurs viennent se renseigner ou se confier pour des sujets plus privés. Une équipe d’une quarantaine de personnes est mobilisée sur les pelouses de Borély durant le week-end. Tous les chefs d’équipes (techniciens, artistes, partenaires) du festival ont été aussi formés. Au-delà du dispositif pour les festivaliers, Safer se déploie donc aussi en interne. « Il ne s’agit pas d’être le cordonnier le plus mal chaussé. »

Chacune des scènes est aussi l’occasion de mettre en avant des collectifs du territoire. Marsatac depuis ses débuts est attaché à la valorisation de la scène locale et émergente. Un travail au long cours tout au long de l’année avec Marsatac School, Martatac Agency et La Frappe qui met en valeur les pépites locales du hip hop. Cette année, les « all stars » de La Frappe sont sur scène samedi sur la scène du virage dont Khara, notre chouchou.

Un travail sur la qualité du son
On ne pourrait pas parler de festival de musique sans parler de son. Depuis quatre ans Marsatac est pionnier en France pour travailler sur ce sujet. « On travaille avec des systèmes sons qui sont nativement cardioïdes » (système nativement directif du son, ndlr). Après avoir recréer de la directivité avec des enceintes qui diffusaient avant du son quasiment sur les quatre côtés, « nous sommes parvenus à l’atténuation de certaines certaines fréquences et à rendre le son directif et à garantir qu’il va où il est destiné, c’est-à-dire sur le public. »
« Aujourd’hui sur le volet numéro quatre, on a pu aller chercher sur le marché que des systèmes nativement cardioïdes. Ce sont des matériels tout neufs. Ils sont donc plus chers, mais ils sont plus efficaces et on se rend compte que le travail avec l’ensemble des parties prenantes est en train de porter ses fruits » se félicite Béatrice Desgranges.

Couronnement de cette démarche, le ministère de la Culture a publié mardi 10 juin un communiqué (voir document source) portant sur la création d’un groupe de travail interministériel placé sous l’autorité du ministère de la Culture, en association avec le ministère de la transition écologique et le ministère de la santé publique pour faire évoluer les modalités du texte encadrant l’activité qui date de 2017. « Tout le monde s’accorde à dire qu’il n’est pas applicable et que les critères et les valeurs qu’il pose ne correspondent pas à la réalité de nos activités de spectacle de plein air. Marsatac, dans le cadre de son expérimentation, a été un véritable laboratoire à destination du secteur professionnel. Parce que nombre des solutions alternatives qui vont être proposées dans ce groupe de travail sont issues des expérimentations faites ici. »
Les retombées de ce travail sont non négligeables pour le voisinage.« Aujourd’hui, les associations de quartier saluent clairement le travail qui est mis en œuvre et l’efficacité de ce qu’on met en place. Donc avoir les félicitations des riverains, c’est un grand réconfort et c’est surtout un vrai signe de réussite » observe Béatrice Desgranges.
Marsatac, une empreinte territoriale tout au long de l’année

Enfin, Marsatac prolonge tous ses engagements en dehors du point d’orgue du festival. Cette année est né le « Off de Marsatac » qui permet d’agir dans d’autres lieux de la ville de Marseille (Vieille Charité, Citadelle, Stade nautique, toit terrasse de la Friche. « C’est aussi pouvoir apporter une contribution plus durable à l’année, plus au long cours, dans des formats qui sont très complémentaires. Et ça nous permet nous d’atteindre des nouveaux publics et de programmer des artistes. Parce qu’on est toujours frustrés de ne pas avoir assez de scènes pour tous les les montrer pendant le festival. C’est une nouvelle étape pour soutenir a la scène émergente et faire d’autres propositions artistiques. »
Cette programmation qui permet de mettre aussi en lumière l’ensemble des engagements de Marsatac et d’apporter une contribution forte au territoire est amenée à se prolonger sur la saison 2025 2026. « On le voit également comme une préfiguration de l’ouverture de notre lieu, nom de code « l’îlot Gambetta« , sur lequel on continue de travailler pour densifier encore nos activités. » Le permis de construire devrait être déposé en 2026 pour une livraison en 2027. Marsatac n’a pas fini de construire.
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