Une fin de semaine banale comme un été sans fin. Sur une terrasse encore humide du centre où les rayons n’ont pas encore d’emprise, on commente les gazettes et la fessée turque subie par les Olympiens. « Je vais te dire le Maque Courte il est en train de vendre les meilleurs et puis quand il en aura plein le fouilles, tè, on le verra plus… »
Ainsi va l’opinion marseillaise loin du tintamarre national, des grèves annoncées, des gilets jaunes ressuscités, des chevaux de retour… de retour. Les chaînes d’info continuent pourtant à s’entêter pour imposer le débat présidentiel de 2027 un trimestre avant son départ programmé. Si l’on en croit les derniers sondages, la confrontation pourtant vive, n’arrive toujours pas à faire émerger un candidat ou une candidate déclarés, à l’exception des leaders des extrêmes, en campagne permanente, il est vrai, depuis plus d’une décennie et qui en toute logique caracolent en tête.
On persiste donc à écouter encore sur la terrasse les bavardages du jour, que feu Umberto Eco (Au nom de la rose) craignait de voir effacés par le web et on s’en nourrit avec gourmandise. Ainsi commente-t-on ce vendredi une info parue dans La Provence. « T’as vu que les condés ont découvert un trafic de bagnoles qui étaient destinées au Maghreb ? » La réponse fuse : « Le Maghreb, comme par hasard, tu m’étonnes …»
On l’aura donc compris la ville est loin, très loin, de s’approprier la campagne sénatoriale en cours. Quelques Cassandre nous annoncent néanmoins des orages à venir, d’autant que la situation économique traverse une zone de turbulences qui touche l’ensemble de la population avec un violent coup de pompe, les hydrocarbures orientés à la hausse permanente touchant les entreprises comme les salariés, les actifs comme les inactifs. On l’a vu à Fos avec les pêcheurs professionnels, comme on le verra dans les prochains jours avec d’autres métiers, la fièvre va grimper, même si chacun sait bien que la vérité de cet automne multirisque, ne sera pas celle d’un printemps annoncé périlleux.
La campagne des sénatoriales n’a jamais paru de fait aussi hors sol
La campagne des sénatoriales n’a jamais paru de fait aussi hors sol et particulièrement éloignée de l’angoisse qui a gagné le “pays réel”. Neuf listes en compétition pour se disputer le 27 septembre prochain les suffrages de 3 695 électeurs que notre bonne république qualifie nostalgique de temps plus royaux de “grands”. Sont en jeu huit sièges pour le 13 et pour certains comme le RN la perspective de pouvoir créer un groupe au Sénat.

Un vote où les voies des urnes sont impénétrables comme le rappelait à l’envi un inconditionnel de la “chambre haute” Jean-Claude Gaudin : « Les sénatoriales sont le seul scrutin où les électeurs mentent davantage que les candidats ». Ce fervent catholique savait selon son bréviaire que faute avouée est à moitié pardonnée et il connaissait comme il aimait à s’en vanter une majorité suffisante d’élus, et donc de grands électeurs, pour réussir à chaque renouvellement au palais du Luxembourg une bouillabaisse dont il maîtrisait les secrets. Même si son grand regret a toujours été de n’avoir jamais pu accéder au perchoir. Un fauteuil dans lequel règne sans partage depuis 2014 le LR Gérard Larcher, après avoir été écarté de la présidence trois ans durant par le tarnais Jean-Pierre Bel (Socialiste).
Rappelons aux oublieux que cette présidence est d’autant plus convoitée qu’elle ouvre sous la Ve République, en cas d’intérim de la présidence, les portes de l’Elysée. Ce qui permit au centriste Alain Poher, au nom de l’article 7 de la Constitution « d’exercer provisoirement la fonction de président de la République », en 1969 après le départ du général De Gaulle suite au référendum qui l’avait mis en minorité et en 1974 à la mort de Georges Pompidou emporté par un cancer. Quant au choix du président du Sénat pour remplir temporairement la plus haute fonction de l’État, les constitutionnalistes le justifient en arguant du fait que cette assemblée est « plus en retrait de la vie politique ». Ce qui ne fut pas le cas lors de ce dernier quinquennat où la droite la plus conservatrice a fait la loi rue Vaugirard.
A propos de la confrontation à venir dans les Bouches-du-Rhône on laisse entendre que la plus grande incertitude règne sur les intentions de vote de ceux qui dans une semaine se présenteront dans l’isoloir.
Un ange a dû passer au-dessus de la tombe de Camus à Lourmarin…
Certaines listes jouent gros, comme celle conduite par la centriste aixoise Devésa (UDI). Sénatrice sortante, celle qui a succédé au maire de La Ciotat Patrick Boré, a la redoutable mission d’entraîner dans son sillage Renaud Muselier (Renaissance) qui renoncerait à la présidence de la Région en cas d’élection. Elle argue, comme la plupart des compétiteurs, d’une connaissance approfondie du territoire et pour faire bonne mesure cette pied-noir d’Oran a revendiqué, en prenant la présidence du très régionaliste et conservateur Félibrige au palais du Luxembourg, son attachement à la culture provençale. Un ange a dû passer au-dessus de la tombe de Camus à Lourmarin. La double difficulté pour cette liste de droite républicaine sera : un, de rassembler alors que deux autres listes de cette mouvance sont en lice (conduites par Valérie Boyer et Hervé Granier). Deux, de garder une distance raisonnable avec Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu qui continuent à mettre à contribution les territoires, ce qui irritent au plus haut point les grands électeurs.
Plus aisée sans doute la tâche de Jérémy Bacchi (PC) qui conduit la liste de gauche avec à ses côtés la socialiste Marie-Arlette Carlotti et l’écologiste Guy Benarroche, tous trois sortants. Il sait pouvoir compter sur le renfort puissant des grands électeurs marseillais élus dans le sillage de Benoît Payan. Finalement Bacchi n’aura qu’une difficulté pour ce scrutin, plus diplomatique que politique, se démarquer de son Premier Secrétaire, Fabien Roussel qui, délesté de neuf kilos pour se présenter à la présidentielle, en fait des tonnes pour tenter de déborder sur sa gauche Jean-Luc Mélenchon et LFI ce qui tiendrait moins de l’exploit que du miracle.

Loin de ce tumulte, le trio espère reproduire l’exploit de Jean-Noël Guérini qui en 2008 avait fait élire quatre sénateurs. Il ne craint pas outre mesure la dissidence du maire du Puy-Sainte-Reparade, Jean-David Ciot, désireux, c’est le cas de l’écrire, de marquer son territoire. Et moins encore la liste LFI où les sénatoriales ne représentent pas une lutte finale.
Le Rassemblement national devra faire avec l’éternelle épine dans le pied que constitue la présence dans la compétition, sous son propre étendard, du Jean-Marie Lepéniste, Stéphane Ravier. Marie-Pierre Callet, qui est venue avec armes et bagages des républicains, compte sur une dynamique hexagonale qui ne se démentit pas si on se fie aux sondages.

Les nuages noirs annoncent plus de déraillements que de train de sénateur
Ils placent largement en tête au premier tour de la présidentielle, Marine Le Pen. Le RN peut s’appuyer sur un de ses arcs-boutants, le lilliputien UDR d’Éric Ciotti, représenté ici par Laure-Agnès Caradec qu’une récente coquille dans La Provence classait à tort RN et que l’intéressée a très vite démenti genre “cachez ce sigle que je ne saurais voir”. Grandeur et petite misère d’une élection qui ne devrait pas changer la face du monde et moins encore celle de la France où les nuages noirs annoncent plus de déraillements que de train de sénateur.














