Après près de 18 ans de procédures, le tribunal correctionnel de Marseille a rendu, jeudi 15 janvier, ses décisions dans l’affaire dite Apollonia, une vaste escroquerie immobilière et financière qui a ruiné des centaines d’investisseurs et laissé un préjudice estimé à plus de 1,2 milliard d’euros.
La société Apollonia, installée à Aix-en-Provence, ainsi que quatorze personnes physiques, étaient jugées depuis le printemps 2025 pour des faits d’escroquerie en bande organisée, faux et blanchiment aggravé. Le procès, tenu du 31 mars au 6 juin 2025, avait mis en lumière un mécanisme consistant à empiler des crédits immobiliers auprès de clients souvent médecins ou professionnels libéraux, dans des opérations de défiscalisation qui se sont finalement révélées vaines et destructrices.
Sept ans de prison ferme pour les époux Jean et Viviane Badache
Au terme de cette très longue procédure, le tribunal a condamné les époux Jean et Viviane Badache, figures centrales de l’affaire, respectivement âgées de 71 et 69 ans, à sept ans de prison ferme chacun, avec mandat de dépôt différé assorti d’une exécution provisoire, ce qui signifie que leur incarcération interviendra malgré les intentions d’appel formulées par leurs avocats. Lors du procès, l’accusation avait requis la peine maximale de dix ans de prison.
Désignés comme « les concepteurs, organisateurs et bénéficiaires » de l’escroquerie, les époux Badache ont également été condamnés à une amende de 2,5 millions d’euros chacun. En outre, le tribunal a ordonné la confiscation de leurs avoirs, incluant biens immobiliers, comptes bancaires, bijoux et sommes en numéraire, pour un montant total évalué à environ 20 millions d’euros.
Le fils du couple, Benjamin Heysen Badache, a été condamné à un an de prison ferme à exécuter sous bracelet électronique et trois ans de prison avec sursis. Quatre commerciaux d’Apollonia, VRP de la fraude, ont, eux, été condamnés à des peines allant de cinq ans ferme avec mandat de dépôt différé, pour deux d’entre eux, trois ans ferme avec mandat de dépôt différé et quatre ans, dont deux avec sursis pour les autres, et des amendes allant de 30 000 à 300 000 euros. Deux notaires ont été condamnés à cinq ans de prison, dont trois avec sursis pour l’un et cinq ans, dont 18 mois ferme pour l’autre. Un avocat qui « participait à donner une apparence de respectabilité » aux opérations a, lui, été condamné à cinq ans de prison, dont trois avec sursis. Un troisième notaire a été relaxé.
Un soulagement pour les victimes, des procès civils encore en cours
Pour les près de 750 victimes constituées parties civiles, souvent confrontées à des dettes colossales et à des situations personnelles dramatiques, ce jugement représente une forme de reconnaissance judiciaire des responsabilités pénales des principaux acteurs de l’arnaque. Plusieurs d’entre elles ont témoigné des conséquences humaines et financières de ces investissements désastreux, allant pour certains jusqu’à des ruptures familiales et des faillites personnelles.
Néanmoins, ce volet pénal ne clôt pas complètement le long feuilleton judiciaire. Des procédures civiles et des actions en indemnisation se poursuivent devant d’autres juridictions, notamment contre des notaires et établissements financiers qui avaient validé ou facilité les montages litigieux. Alors que les parties condamnées ont déjà annoncé leur intention de faire appel, l’affaire Apollonia, qualifiée par certains magistrats et médias comme « la plus grande escroquerie immobilière et financière jamais connue en France », n’est pas encore totalement terminée.










