Sept ans après son lancement, la Région Sud a dressé, mercredi 1er octobre, le bilan de son dispositif baptisé « Guerre du feu », lancé en 2018 pour structurer la prévention et la lutte contre les incendies dans une région qui a fait du risque incendie un axe majeur de sa politique environnementale et sécuritaire.
Depuis 2018, la Région a ainsi investi quelque 40 millions d’euros dans cette « guerre du feu ». Un budget étalé sur trois priorités : prévenir, combattre, reconstruire. « On a les compétences humaines et techniques, on n’avait pas trouvé la bonne formule », a expliqué, en ouverture, Renaud Muselier, le président de la Région Sud. Lequel se réjouit du chemin parcouru, alors que sa collectivité dispose désormais du « premier budget vert d’Europe » : les surfaces incendiées sont passées de 8 474 hectares en 2017 à 1 426 hectares en 2025, soit cinq fois moins. « On a limité la casse », juge-t-il, sans pour autant oublier la gravité des « feux extraordinairement importants » en juillet dernier, notamment l’incendie aux Pennes-Mirabeau.
« Guerre du feu » : plus de 16 M€ investis dans la prévention par la Région
Chaque été, de juin à septembre, quelque 250 gardes régionaux forestiers arpentent les massifs du Ventoux, de la Sainte-Baume ou du Mercantour. Ces jeunes, financés à 80 % par la Région (pour un total de 1,59 million d’euros), patrouillent, informent, sensibilisent. « Notre mission, c’est la prévention du risque incendie et la sensibilisation des visiteurs », a expliqué Manon Quezel, garde forestière régionale au Parc du Mont-Ventoux. « Avec plus de 54 000 personnes rencontrées cette saison, c’est une mission essentielle. »
Autour d’eux, 9 000 bénévoles des Comités communaux Feux de Forêts (CCFF) assurent la veille et l’alerte. Depuis 2018, la Région leur a consacré 4 millions d’euros, dont l’achat de 122 véhicules et la formation des équipes. À cela s’ajoutent 10,7 millions d’euros de travaux au titre de Défense de la Forêt Contre l’Incendie (DFCI) : ouverture de pistes, points d’eau, débroussaillement.
Réhabilitation du pélicandrome de Hyères et future Frégate
Malgré « de bons résultats en Région Sud » selon le Renaud Muselier, l’été 2025 a encore rappelé la brutalité des incendies. « Environ 10% des incendies sont causés par la foudre, le reste par des actions humaines », a précisé, de son côté, François de Canson, vice-président de la Région en charge de la prévention des risques majeurs.

Et pour y faire face, il faut se préparer à les combattre. La Région a donc financé 70 % des travaux de réhabilitation du pélicandrome de Hyères (soit 2,67 M€). « Le délai de remplissage est passé de 20 à 6 minutes. Gagner du temps sur le remplissage, c’est stratégique », apprécie le lieutenant-colonel Michel Seitz, responsable, au sein du Sdis, du groupement chargé de la conduite opérationnelle et de la gestion de crises. Des travaux qui ont aussi permis l’aménagement de 70 m2 de locaux de vie et 70 m2 de locaux techniques.
Pour soutenir les secours, la Région a également créé, en 2022, le fonds « Nos soldats du feu », doté de 5 millions d’euros, qui finance véhicules, équipements et postes de commandement.
Mais la lutte se prépare aussi à long terme. En partenariat avec la société Hynaero, la Région soutient le développement d’un nouvel avion amphibie destiné à remplacer les Canadair d’ici 2030.

« La Frégate est une réponse de souveraineté européenne », contrairement à son concurrent des années 70, souligne David Pincet, le confodateur d’Hynaero. Lequel met en avant « un avion moderne », équipé d’intelligence artificielle embarquée et d’une autonomie de 100 tonnes d’eau. La Région et l’État ont soutenu ce projet à hauteur de 7 millions d’euros chacun.
Fonds Respir, outil essentiel pour la reconstruction des feux de forêt
Une fois les flammes éteintes, commence un travail plus discret mais tout aussi nécessaire : la réhabilitation des terrains incendiés. C’est le troisième pilier du plan, celui du temps long. Depuis 2018, la Région a accompagné 40 projets post-incendie grâce aux fonds Respir, co-animé par l’ONF et géré par Fibois Sud.
« Nous intervenons pour gérer les premières urgences », explique Hervé Houin, directeur territorial de l’ONF. « Respir vise à renforcer le financement pour la réhabilitation des territoires forestiers », précise, lui, Florent Bigo, directeur de Fibois Sud. L’objectif : mobiliser des financements privés qui viendront compléter les subventions publics.

Des projets jalonnent la carte régionale : 4 000 arbres replantés à Carros, 2 400 jeunes plants à Sisteron, reboisement et lutte contre l’érosion à Verdaches. À venir : 15 000 arbres dans le massif des Maures, 10 000 aux Pennes-Mirabeau. Au total, depuis 2018, la Région a investi 1,4 million d’euros dans ces opérations de restauration.
L’IA bientôt en renfort ?
La Région s’apprête par ailleurs à voter une aide de 90 000 euros pour financer les recherches sur l’intelligence artificielle menées à l’Entente de Valabre. Objectif : détecter plus tôt, prévoir plus juste, intervenir plus vite. Une piste qui prolonge la « guerre du feu » dans un nouveau champ : celui de la donnée et de la prévision.
« Nous continuerons à protéger nos habitants, nos villages, notre biodiversité et nos forêts, sans jamais baisser la garde », a conclu Renaud Muselier.
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