L’information a failli passer sous les radars. Recalé coup sur coup, ces dernières semaines, d’abord au Canada pour la livraison de 12 sous-marins Barracuda à propulsion traditionnelle, un juteux contrat estimé à près de 37 milliards d’euros, puis en Norvège, pour la livraison de 5 à 6 frégates, une enveloppe à 8,5 milliards d’euros finalement décrochée par le britannique BAE Systems, deux échecs majeurs largement commentés, Naval Group retrouve (un peu) le sourire en Amérique du Sud.
Le constructeur naval français a en effet discrètement signé, au début du mois de juin dernier, deux nouveaux contrats importants avec la marine brésilienne pour accompagner la réalisation de son premier sous-marin à propulsion nucléaire, l’Álvaro Alberto. Montant total de l’opération, confirmée par le Journal officiel de l’Union (l’équivalent du Journal officiel en France), le 28 août : plus de 528 millions d’euros.
Ces accords portent sur des prestations d’ingénierie et de conseil technique de haut niveau, mais ne concernent pas la chaufferie nucléaire du bâtiment, que le Brésil développe de manière souveraine, conformément aux règles internationales de non-prolifération qui imposent que le cœur nucléaire reste strictement national.
Naval Group – Brésil, une coopération de long terme
Le Brésil est un marché que Naval Group connaît bien et où il a ses entrées de longue date. Depuis 2008, l’industriel français, via en particulier son site de Toulon, est un partenaire clé du programme ProSub, destiné à doter le Brésil d’une flotte sous-marine modernisée. Ce vaste projet, mené depuis la base navale d’Itaguaí près de Rio de Janeiro, comprend déjà la construction de quatre sous-marins conventionnels de type Scorpène. Le pas franchi avec l’Álvaro Alberto marque une nouvelle étape : ce sera le premier sous-marin à propulsion nucléaire jamais conçu au Brésil.
Les deux contrats annoncés il y a quelques jours renforcent cette coopération. Le premier, d’une valeur de 282,1 millions d’euros, porte sur « la fourniture de services spéciaux d’ingénierie, d’approvisionnement et de construction pour l’assemblage électromécanique du bâtiment auxiliaire contrôlé », autrement dit l’intégration de systèmes complémentaires et l’assistance technique autour du futur sous-marin. Le second, estimé à 246,3 millions d’euros, concerne « la fourniture de services de conseil technique spécialisé pour les systèmes additionnels du sous-marin », soit des prestations d’ingénierie liées aux installations auxiliaires et aux équipements électromécaniques nécessaires au programme.
Un enjeu stratégique pour Brasilia… et Paris
Pour le Brésil, l’objectif est clair : se doter d’un outil naval de dissuasion et d’une autonomie stratégique accrue, dans un contexte régional où la souveraineté maritime prend de plus en plus d’importance. Le président Luiz Inácio Lula da Silva a rappelé à plusieurs reprises que le développement du nucléaire naval constituait « un symbole de puissance et d’indépendance technologique » pour son pays.
Pour la France, ces succès renforcent le rôle de Naval Group sur la scène internationale, après ses récentes déconvenues commerciales. Ils témoignent aussi de la solidité du partenariat franco-brésilien dans le domaine de la défense, qui s’appuie sur un transfert de technologie étroit et sur une coopération politique au plus haut niveau. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si ces deux contrats ont été conclus juste avant la visite d’État en France du président brésilien, les 5 et 6 juin dernier.
Et maintenant, la Pologne ?
Le gouvernement polonais a annoncé mercredi 17 septembre qu’il allait choisir, d’ici la fin de l’année, le fournisseur de sous-marins pour sa marine, un renforcement important de ses capacités militaires face à la menace russe en mer Baltique.
Via son programme « Orka », relancé en 2023, la Pologne souhaiterait acquérir au moins trois sous-marins à propulsion diesel-électrique, via un investissement estimé à environ 2,5 milliards d’euros. Sept candidats sont encore en lice, dont le britannique Babcock, l’italien Fincantieri, le suédois Saab, l’allemand TKMS, l’espagnol Navantia, le sud-coréen Hanwha Ocean et, bien sûr, Naval Group, qui propose une variante de son Scorpène.
S’il a profité du salon de l’armement MSPO, qui s’est tenu à Kielce, pour signer avec le groupe public Polska Grupa Zbrojeniowa (PGZ), le 3 septembre dernier, un accord de coopération industrielle (ICA) portant sur « la construction de sous-marins et d’autres navires hautement spécialisés », l’industriel français ne partirait pas favori, notamment face à la promesse du constructeur sud-coréen Hanwha Ocean de livrer la première unité avant 2028.
La Pologne, qui ne dispose actuellement d’un seul sous-marin de type Kilo post-soviétique, obsolète, veut aller vite. Mais on le sait, dans ce type de contrats, hautement géopolitiques, tout peut arriver.
Ces contrats illustrent enfin la maîtrise technologique française dans l’un des secteurs les plus sensibles de la défense. Systèmes de combat, intégration de technologies complexes, expertise en ingénierie navale : autant de compétences qui trouvent ici un débouché stratégique et économique.
Une vitrine du savoir-faire de Naval Group
Si le programme brésilien suit son calendrier, le sous-marin Álvaro Alberto devrait être livré dans la prochaine décennie. Le futur SNA, dont la cérémonie de découpe de la première tôle s’est déroulée fin octobre 2023, affichera une longueur de 100 mètres et pèsera environ 7 000 tonnes.
Pour Naval Group, qui vient par ailleurs d’annoncer la création, à La Londe-les-Maures (Var), d’un centre de drones sous-marin, il s’agit d’un rebond important en termes d’image, tant dans la démonstration de son savoir-faire intact à l’export que dans la consolidation de son portefeuille international.
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