Invitée du Forum énergies organisé par Gomet’ le 25 septembre dernier et consacré, cette fois, à l’impact énergétique du numérique, et la réponse des énergéticiens, Stéphanie Marco, la directrice d’EDF Hydro Méditerranée, a livré une intervention dense et passionnée sur les atouts et défis de la filière hydroélectrique dans le Sud.
À la tête de la chaîne Durance-Verdon, le plus grand ensemble hydroélectrique de la région, elle a souligné combien l’eau reste, plus que jamais, un moteur essentiel de la transition énergétique et les projets qui l’accompagne.

Hydro Méditerranée, une puissance stratégique au cœur du mix régional
« Nous exploitons la chaîne hydroélectrique Durance-Verdon, qui est le plus gros producteur d’énergie de la région Sud, avec seize barrages, vingt-trois centrales et 250 kilomètres de canaux, soit une puissance installée d’un peu plus de 2 000 mégawatts, l’équivalent de la puissance de deux réacteurs nucléaires, mobilisable en dix minutes », rappelle Stéphanie Marco. Une flexibilité rare qui fait de l’hydroélectricité une énergie à la fois propre, stockable et pilotable, « la meilleure des renouvelables », selon ses mots.
De fait, il s’agit d’un des plus importants gisements d’énergie renouvelable de France, qui fournit l’énergie nécessaire à 2,1 millions de personnes par an, soit 35 % de l’énergie produite en région Sud.
Le dégel du dossier européen sur les barrages
Mieux, Stéphanie Marco se félicite des « bonnes nouvelles » venues de Bruxelles, évoquant la fin prochaine du « contentieux » sur les concessions hydroélectriques françaises, qui bloquait depuis des années de nouveaux investissements.

Pour rappel, depuis plus d’une décennie, la Commission européenne reprochait à la France de ne pas avoir mis en concurrence les concessions arrivées à échéance, la plupart étant encore exploitées par EDF ou la Compagnie nationale du Rhône. Ce désaccord juridique gelait de fait toute modernisation ou extension des ouvrages, faute de visibilité sur leur statut futur. Un accord de principe, trouvé à l’été 2025 entre Paris et Bruxelles, devrait mettre fin à cette situation. Le gouvernement français prévoit de faire évoluer le régime des concessions vers un régime d’« autorisation », plus souple et plus lisible pour les exploitants, tout en garantissant une ouverture contrôlée à la concurrence.
« Cela va nous permettre de relancer les investissements et d’augmenter la puissance installée de l’hydroélectrique français. C’est une très bonne nouvelle pour la filière, sous réserve de la mise en œuvre d’une loi qui est aujourd’hui en préparation », se réjouit Stéphanie Marco. Sur la chaîne Durance-Verdon, « on pourrait gagner de l’ordre de 31 MW supplémentaires, avec des projets de surpuissance, notamment via des augmentations du débit d’eau passant dans nos installations (+20m3/s), et des optimisations de rendement sur des installations existantes », anticipe-t-elle.
Une région « péninsule électrique » en quête de sécurité
Mais la directrice d’EDF Hydro Méditerranée rappelle aussi les fragilités du réseau en région Sud. « Nous sommes une péninsule électrique. Le réseau très haute tension arrive jusqu’à nous, mais ne boucle pas. Cela veut dire qu’il n’y a pas de redondance : si, sur le réseau, il y a un incident, comme ça ne boucle pas, ça coupe », explique-t-elle. Une situation comparable à celle de la Bretagne, qui rend la région particulièrement vulnérable.
Autre « bizarrerie » : la région consomme deux fois plus d’énergie qu’elle n’en produit. En 2024, la consommation régionale s’élevait à 40 TWh pour seulement 20 TWh produits localement. « On manque déjà d’énergie, et il faut à la fois sécuriser l’alimentation électrique et augmenter la capacité de production locale », insiste-t-elle.
Le projet phare de « Provence Bleue »
Pour y parvenir, Hydro Méditerranée multiplie les pistes de développement. Parmi les projets les plus emblématiques figure « Provence Bleue », un programme d’optimisation du système Durance-Verdon, qui vise notamment à produire davantage d’énergie renouvelable en région, en retrouvant la capacité de production des usines hydroélectriques de Salon-de-Provence et de Saint-Chamas, tout en diminuant l’apport d’eau douce de la Durance vers l’étang de Berre et en minimisant les impacts du fonctionnement de la chaîne hydroélectrique pour la basse-Durance.
Un vaste projet territorial qui permettrait de « prolonger la chaîne Durance-Verdon jusqu’à la mer, sans construire de nouvelles centrales, mais en optimisant le fonctionnement des infrastructures existantes », plaide Stéphanie Marco. À la clé, quelque 500 MWh de production supplémentaire par an.
Panneaux photovoltaïques au-dessus du canal, Step…
Autre innovation : EDF travaille sur des projets de près de 30 kilomètres de panneaux photovoltaïques installés au-dessus le canal, pour un gain estimé « entre 80 et 90 MW » en phase d’étude, illustrant la complémentarité croissante entre hydraulique et solaire.
Enfin, Stéphanie Marco pointe la technologie des Step (stations de transfert d’énergie par pompage), qui permettent, en gros, lorsque le réseau est excédentaire, de pomper et stocker l’eau vers un bassin supérieur, en amont, qui devient en quelque sorte une « retenue d’énergie » mobilisable aux heures de forte demande. « C’est un outil merveilleux, 100 % renouvelable et pilotable », explique-t-elle.
EDF exploite déjà six Step en France, soit 5 GW de capacité, et en projette 3 GW supplémentaires. En région Sud, l’usine de Sainte-Croix-du-Verdon dispose déjà d’un groupe de pompage de 50 MW, encore méconnu du grand public. « Il y a beaucoup de choses à faire, souligne la directrice d’Hydro Méditerranée. Et nous nous y employons tous, avec des investisseurs, des porteurs de projets, des modèles économiques à inventer. »
Document source : EDF Hydro Méditerranée, l’hydroélectricité en Provence
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