À Lançon-de-Provence, le domaine de Château Virant n’a rien perdu de son calme. Niché au cœur d’un vallon bordé d’oliviers et de garrigues, le site s’étend depuis les années 1970 sur un vaste ensemble de 340 hectares, dont 216 hectares de vignes, 46 hectares d’oliviers, et plusieurs zones de forêts qui enveloppent le domaine.
Alors que les vendanges se sont achevées mi-octobre, que les olives continuent d’arriver tous les soirs au moulin, le domaine, l’un des plus vastes de l’appellation Coteaux d’Aix, entre dans une nouvelle phase de son histoire. Un an après la reprise par les couples Stéphanie et Laurent Ramounet ainsi que Claire et Philippe Coutin, les nouveaux propriétaires engagent un tournant : une ouverture progressive à l’international, jusqu’ici totalement inexistante.
Un domaine historiquement très local… qui s’ouvre à l’export
« Nous étions porteurs de projet à quatre », raconte Stéphanie Ramounet. « Quand nous avons eu l’information que Château Virant était en vente, nous avons rencontré la famille Cheylan (les anciens prorpriétaires, ndlr) assez vite, en direct, et le processus s’est déclenché. »
Une fois les choses décantées, les ambitions ont suivi, et pas des moindres : une ouverture d’ici quelques années vers l’international. Car Château Virant n’a, à ce jour, aucune activité export. Là où les acteurs voisins atteignent 30 à 40% de ventes à l’international, le domaine est resté historiquement très local. Mais les nouveaux propriétaires n’ont pas l’intention de foncer tête baissée : « On veut y aller progressivement. Entre le zéro et le 40%, sur 7, 8 ou 10 ans. »

Avant tout mouvement, les équipes mènent des études sur les goûts des marchés. « Difficile d’attaquer l’export sans savoir ce qu’attendent les consommateurs. On plante des petites graines. » Le domaine compte toutefois faire ses premiers pas. Pour la première fois, Château Virant participera au salon Wine Paris en février, accompagné du CIVP. « Ça n’a jamais été fait », souligne Stéphanie.
Une passation sur dix-huit mois
Les nouveaux propriétaires savent que rien ne sert de se précipiter. « J’espère que vous avez bien mesuré le morceau que vous récupérez », leur avait même dit Noël Cheylan. Mais ils ont mis tous les atouts de leur côté. « On a fait dix-huit mois aux côtés de la famille Cheylan pour mettre en place cette reprise », raconte encore Stéphanie. La dimension du domaine, la taille des équipes et la technicité des productions ont frappé les repreneurs : « On a pris la mesure de la taille de Château Virant. »
La présence quotidienne sur le terrain était nécessaire dans cette transition. « On est tous les matins ici aux alentours de 6h30-7h », glisse de son côté Laurent Ramounet. « On a découvert des équipes qui travaillent depuis vingt-cinq ou trente ans. Pour nous, c’était important qu’elles adhèrent au projet. On a montré qu’on était là tous les jours, qu’on allait faire changer les choses mais pas depuis une tour. Ça a été un grand coup de tonnerre que la famille Cheylan puisse revendre son domaine. »

Les quatre associés ont aussi passé un brevet d’exploitation agricole. « On a complété notre formation pour gagner en expertise. On met les mains dans le cambouis ! », poursuit Laurent en souriant.
« Château Virant a la bonne taille » et maintient ses 10M€ de chiffre d’affaires
Sur le plan économique, les nouveaux propriétaires avancent avec prudence. « On maintient nos objectifs de chiffre d’affaires, indique Laurent Ramounet. Notre idée, c’est de rester dans une taille autour de 10 millions d’euros. » Aujourd’hui, l’huile représente 25% de l’activité et le vin 75%. Aucune volonté de gonfler artificiellement les volumes. « Les volumes ne vont pas exploser. Ils pourraient croître si on développait l’empreinte commerciale, mais aujourd’hui Château Virant a la bonne taille », explique-t-il.

L’acquisition s’est faite avec quelques investisseurs proches, « qui ont cru dans notre projet. Ils sont minoritaires », précise Laurent, sans citer de nom. Un comité stratégique se réunit désormais chaque trimestre pour accompagner les décisions commerciales et techniques. La première année a compté quelques ajustements. Le domaine a introduit de nouvelles cuvées, travaillées autour du terroir. « Claire (Coutin) a sorti une monovariétale picholine pour valoriser notre terroir », explique Stéphanie Ramounet.
« On construit une marque » (Laurent Ramounet)
Sur le vin, Philippe Coutin a isolé une parcelle de Colombard, devenue « la petite pépite » de l’année selon Stéphanie. S’ajoutent un nouveau magnum, Envers le Vent, et un travail de fond sur la marque. « On construit une marque, on se fait accompagner. Il n’y a pas de big bang, mais une évolution », confie Laurent. L’idée : moderniser l’image du domaine tout en respectant l’existant, sans secouer une clientèle fidèle.

Le domaine élargit aussi ses activités : « On propose Château Virant comme terrain de jeu pour des projets agroécologiques », indique encore Laurent Ramounet. Le site devient, à petite échelle, un laboratoire d’essais sur les pratiques durables. Il est d’ailleurs labellisé Haute Valeur Environnementale depuis 2011, un label qui honore la démarche globale d’une exploitation pour le respect de l’environnement.
Le moulin à huile, rouvert le 13 octobre, accueille les particuliers dès 1 kg d’olives. La trituration débute à 0,67 €/kg en lot commun et 0,72 €/kg en lot individuel, sur rendez-vous et avec un temps de transformation d’environ 1h30.



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