Le groupe anglo-suisse Ineos a annoncé le 19 novembre 2025 un programme d’investissement de 250 millions d’euros pour régénérer et moderniser son craqueur à Lavéra (Martigues). Un projet qui permet aux 2 000 salariés du site de Lavéra de respirer. L’ancrage industriel et l’affinage – 10 millions de tonnes de pétrole brut – sont ainsi confortés grâce à cet investissement. Un soulagement, car la météo du groupe fondé en Angleterre par Sir Jim Ratcliffe, et délocalisé dans le canton de Vaud en Suisse, à Rolle, pour d’évidentes raisons fiscales, n’est pas au beau fixe.
Un groupe en perte et très endetté
Pour la période de neuf mois, close le 30 septembre 2025, Ineos a concédé une perte de 182,1 millions d’euros, contre un bénéfice de 347,8 millions d’euros pour la même période en 2024.


Le chiffre d’affaires pour les neuf mois a chuté à 11,38 milliards d’euros contre 12,40 milliards d’euros. Et Ineos annonce la fermeture de plusieurs unités en Allemagne et au Royaume-Uni, supprimant plus de 200 emplois. La société, qui s’est diversifiée dans le sport business et dans la construction automobile, est lourdement endettée (13,72 milliards d’euros) et a émis de nouveaux prêts à terme et des obligations garanties « pour rembourser, selon le communiqué du groupe, les obligations arrivant à échéance, les facilités existantes et soutenir les besoins généraux de l’entreprise ».
Ineos seul maître à bord du site de Lavéra
Pourquoi investir dans ces conditions 250 millions d’euros à Lavéra ? Ineos est sur le site martégal depuis 2005 quand il a repris les activités de BP Chemicals, via Ineos Manufacturing France SAS. Le groupe a depuis grappillé les parts des opérateurs historiques jusqu’à l’acquisition de 50 % de la part de TotalEnergies dans le craquelin vapeur Naphtachimie, l’activité polypropylène Appryl, l’activité aromatique Gexaro et 3TC, qui stocke du naphte pour le cracker en avril 2025. Il n’y a plus de co-entreprise sur le site de 650 hectares qui permet d’affiner le pétrole brut et de fabriquer des produits chimiques. Plusieurs autres infrastructures ont également été acquises, notamment une partie du réseau de pipelines d’éthylène de TotalEnergies en France.

Le site chimique en aval de la raffinerie convertit les fractions de distillation légère en monomères (éthylène, propylène, coupe C4, etc.), polymères et une grande variété d’intermédiaires chimiques. Les produits polymères incluent le polyéthylène et le polypropylène ainsi que des produits chimiques tels que l’oxyde d’éthylène, les éthers de glycol, les amines d’éthanol, les acétates, l’éthylène glycol, le polybutène d’Alkox et d’Indopol ainsi que des oxoalcools (n-butanol, iso-butanol et 2-éthylhexanol).
Un investissement vital
Pour maintenir la compétitivité de ce site stratégique, il fallait moderniser son craqueur à Lavéra dans le cadre d’un programme de régénération plus large conçu pour renforcer la compétitivité et la durabilité à long terme du site de Lavéra. Pour Rob Ingram, P.-D.G. d’Ineos Olefins & Polymers Europe, « il s’agit d’un investissement vital pour soutenir la poursuite des activités du site de Lavéra, un élément vital de l’économie française et européenne. Il s’agit de préserver les emplois, d’améliorer la performance, de réduire les émissions. C’est un signal fort de l’engagement d’Ineos envers la France et le maintien de la production essentielle en Europe ».
Le projet s’est conclu à un haut niveau. Sébastien Martin, ministre délégué à l’Industrie, souligne dans un communiqué que « grâce au soutien de l’État, Lavéra devient le symbole d’une nation qui choisit de produire, d’innover et d’investir sur son sol. C’est ainsi que nous renforçons notre indépendance, notre compétitivité et nos emplois. »
Simple comme un crédit garanti
Et le lord fondateur d’Ineos, Sir Jim Ratcliffe, renvoie l’ascenseur : « Le gouvernement a bien compris que sans un secteur manufacturier solide, l’Europe vacillera. Ineos investit à Lavéra parce que nous croyons en ce site, en ses employés et en son avenir, mais l’Europe doit se réveiller. Les prix élevés de l’énergie, la surréglementation et les coûts punitifs du carbone menacent sérieusement la compétitivité et la pérennité de l’industrie européenne. Si les responsables politiques veulent des emplois, des investissements et la sécurité énergétique, ils doivent créer les conditions nécessaires à la compétitivité de l’industrie. C’est aussi simple que cela ! » C.Q.F.D. !

Jim Ratcliffe, chantre des industries carbonées, fan du Brexit, conduit un lobbying intense pour échapper à la taxe climat par exemple et a tenté de développer au Royaume-Uni l’exploitation de gaz de schiste.
La France, pour maintenir le site provençal, a débloqué des dispositifs conséquents : l’investissement de 250 millions d’euros réalisé par Ineos à Lavéra est partiellement garanti par Bpifrance Assurance Export, une filiale de Bpifrance agissant au nom, pour le compte et sous le contrôle de l’État français, par le biais de la Garantie des projets stratégiques (GPS).
Toujours plus
Mais Ineos en veut plus : « Le secteur européen de la chimie et des polymères continue de faire face à une forte pression due aux prix élevés de l’énergie, trois à quatre fois supérieurs à ceux de la Chine et des États-Unis (chiffre peu crédible pour les USA*, ndlr) et aux coûts du carbone qui ne sont payés qu’en Europe. Plusieurs usines ont déjà fermé leurs portes sur le continent. Ineos avertit que, à moins que l’Europe ne rétablisse sa compétitivité, le déclin industriel s’accélérera ».

Jim Ratcliffe, libéral pour ses activités, devient étatiste pour se développer. A peine le crédit garanti, il exige un soutien supplémentaire de l’État français : « Les phases futures du programme de modernisation de Lavéra permettront de réaliser de nouveaux gains d’efficacité et des réductions majeures de CO ₂, affirme-t-il, mais nécessiteront un soutien supplémentaire de l’État français pour mener à bien ces plans ».
* Selon Engie, au premier trimestre 2025, le prix moyen de l’électricité à l’échelle mondiale s’élevait à 0,139 euro par kilowattheure (kWh). Aux États-Unis comme au Canada, le coût moyen au kWh est respectivement de 0,168 euro et 0,105 euro, soit au moins moitié moins qu’en Europe. Même constat avec les pays les plus peuplés au monde. En Chine et en Inde, l’électricité coûte 0,066 euro par kWh. La France, avec un prix de 0,2671 euro/kWh (juste au-dessus de la moyenne de l’UE de 0,2646 euro/kWh au deuxième semestre 2024), bénéficie de tarifs modérés comparativement à ses voisins, notamment grâce à son parc nucléaire .













