Ce n’est pas parce qu’à longueur d’antenne, on nous saoule avec le désormais célèbre « dry january » (un mois sans alcool après les excès des fêtes), qu’on va renoncer à l’ivresse des sommets que nous proposent nos stars de la politique locale.
En ces temps d’épiphanie, nos Rois mages ont renoncé à Bethléem, peu recommandée en ces terres troublées. Ils sont venus déposer leurs présents et autant de prières au pied de la Bonne Mère qui en a vu et entendu d’autres, comme en témoignent les ex-votos et les remerciements qu’abrite sa basilique. Bon la comparaison s’arrête là car nos Melchior, Gaspard et Balthazar phocéens, ne sont pas apparus en cette sainte semaine chargés de l’or, la myrrhe (1) et l’encens mais avec des promesses qui comme le disait Jacques Chirac, reprenant à son compte la formule du bon roi Henri IV, « n’engagent que ceux qui les reçoivent ». Ainsi soit-il ! Ou presque.
S’il convient de considérer que tout ce qui est annoncé n’est pas du pain bénit, on peut regarder avec quel blé la croute et la mie de ces promesses seront faites. D’autant qu’à terme la pâte lèvera, ou non, grâce à l’argent de nos impôts.
L’année défunte n’a pas brillé par ses éclaircies mais l’année nouvelle s’il on en croit nos têtes d’affiche – Payan, Vassal, Delogu et Allisio – laisse déjà entrevoir un horizon prometteur. A écouter et lire les prophéties de nos candidats au trône marseillais on est même dans un registre très « guévarien » : « Soyons réalistes, exigeons l’impossible ! ».
La première mort violente de l’année est certes venue près du Vieux-Port, rappeler que si le meilleur est encore loin, le pire est toujours sûr. Mais à croire les prétendants qui se sont exprimés ces derniers jours : « ça c’était hier ». S’ils le disent !
Allisio : Marseille « capitale de l’Europe du Sud »
Franck Allisio (RN) a d’emblée placé la barre à une hauteur olympique en s’exprimant sans entrave excessive dans La Provence (vendredi 9 janvier). A défaut d’avoir réussi une OPA sur les maires des Bouches-du-Rhône qui n’ont pas répondu à son appel de se présenter aux municipales sous son label – « La Provence qu’on aime » – (voir Libération du 7 janvier), il se tourne résolument vers les décideurs et plus généralement tous les acteurs du monde économique pour porter une ambition : « Être la deuxième capitale économique de France » et à terme « la capitale de l’Europe du Sud ».
Et de reprendre cet air fredonné d’antan par Robert P. Vigouroux ou Jean-Claude Gaudin, en évitant cependant soigneusement le terme de « ruissellement », imprudemment utilisé par Emmanuel Macron au début de son premier mandat. Mais le candidat RN ne dit pourtant pas autre chose : « En créant de la richesse, on pourra s’attaquer à la pauvreté ! » Courtoisie oblige sans doute, personne ne lui a demandé comment il allait financer ce renouveau et prôner à la fois un libéralisme décomplexé et un collectivisme assumé.
Ainsi ira, nous dit-il, la renaissance du Centre Bourse, la fin du mal-logement, le renouveau de la vie étudiante, la revitalisation du centre-ville, l’aménagement du bord de mer, la réhabilitation de Marcel Pagnol, la bonne gestion de l’IA … la liste est aussi longue qu’une litanie trumpienne. Un mouvement Maga à la française en quelque sorte, au bout duquel Marseille serait plus grande avec une certitude : il pourra s’appuyer sur le monde économique qu’il désigne comme « le cœur du réacteur ». Et il assure dans une dernière envolée, puisque lui, contrairement à Martine Vassal qu’il a tenté en vain de séduire, ne fait pas « de fausses promesses », « après, il y a redistribution ». Tout est finalement dans cet « après ».

Les autres candidats déclarés à Marseille ont renoncé pour l’heure à se projeter dans un avenir qui n’a pas encore fixé ses limites au plan national, avec un gouvernement en sursis et sous haute-tension, des partis politiques engagés dans un interminable poker menteur, un président de la République louvoyant en attendant son baisser de rideau élyséen et un calendrier surtout qu’il reste à bâtir en cas de censure ou de présidentielle anticipée.
La Justice qui est aveugle mais aussi sourde aux injonctions politiques, continue, à son rythme à faire, œuvre de salubrité publique. Le RN retient prudemment son souffle, sa Marine nationale risquant toujours de se briser sur les récifs de ses présumées turpitudes européennes. Mme Vassal a dénoncé quant à elle une manœuvre visant à l’empêcher de se présenter – ses amis osent même le mot « féminicide » – avec une double enquête (Métropole et Département) pour des soupçons de « détournements de fonds publics, trafic d’influence et corruption ».
Delogu veut supprimer la Métropole
Le député Sébastien Delogu lui aura à répondre au mois de juin prochain en correctionnelle de « recel de documents » volés chez le patron d’une entreprise de nettoyage dont les employés étaient soutenus dans un conflit social par le parlementaire insoumis. La défense de Delogu y voit bien sûr un « timing » discutable, alors que le protégé de Jean-Luc Mélenchon conduit une liste qui vise à lutter contre les « magouilleurs » et le « clientélisme ». Le voilà freiné dans son élan alors qu’il commençait à peine à fourbir ses armes et à désigner ses cibles dont Benoît Payan mais aussi la Métropole, qu’il souhaite supprimer comme l’a expliqué son directeur de campagne chargé d’éclairer l’opinion sur cette question complexe.
La présidente de la Métropole et du Département a choisi une tout autre stratégie : ses forteresses sont attaquées, elle contrattaque. Elle oppose à l’ère du soupçon l’étendue de ses certitudes, suivant ainsi une recommandation canadienne, « quand je me regarde je me désole, mais quand je me compare je me console ».

Au drame que ses détracteurs lui promettent, elle répond par le tram et l’extension de la ligne T3 qu’elle vient d’inaugurer. Mme Vassal peut ainsi légitimement arguer que le Nord, si longtemps oublié, est enfin relié au Sud, si souvent privilégié. Et tant pis si comparaison nous ramène à la raison pour la ville la plus étendue de France (245 kilomètres carrés). Que pèsent les 23 kilomètres marseillais, face aux 60 kms du tram de Montpellier ou les 76 kilomètres de Bordeaux ? 350 millions investis certes dans cette ligne allongée de plus de 6 kilomètres, dont 140 par le Département et 105 par la Métropole, le reste étant fourni par Marseille en grand. Mais tant à faire encore.
La droite après la clarification de celle qui conduira sa liste en mars avec son engagement indéfectible contre le Rassemblement national promet désormais aux Marseillais les réussites dont elle se targue au plan départemental et métropolitain. Les centristes de l’UDI qui ont rallié Martine Vassal rappellent opportunément qu’il y a encore loin de la coupe aux lèvres. « Notre mouvement affirme sa volonté de rassembler le centre et la droite autour d’un projet pour la deuxième ville de France fondé sur le respect des libertés fondamentales, la fraternité, la justice territoriale, la créativité et la prospérité partagée ! ».
« La droite vend des promesses et ne les tient pas, la gauche vend de l’espoir et le brise. » (Coluche)
Le communiqué sur X de Sophie Joissains, maire d’Aix et de l’UDI, rappelle en creux ce qui n’a pas été fait pendant les quatre mandats de Jean-Claude Gaudin. Quatre mots en effet émergent de cette déclaration générique « justice territoriale » et « prospérité partagée ». Coluche, avait, à son heure, résumé en une formule une vérité : « La droite vend des promesses et ne les tient pas, la gauche vend de l’espoir et le brise. » Il faudra donc plus d’1,8 km de ligne de tram entre Arenc et Gèze pour redonner le commencement d’une perspective à la population des quartiers Nord où le taux de pauvreté peut dépasser les 60% (une moyenne de 39% pour les 1er, 2e, 3e, 14e et 15e arrondissements et de 25% pour l’ensemble de la ville).
Benoît Payan ne peut l’ignorer lui qui a « décidé de remettre cette ville à l’endroit ». Il a profité en cette fin de semaine du changement de format de La Provence (du Berlinois façon le Monde au tabloïd façon Libé ou Aujourd’hui en France) pour surfer sur ce petit événement éditorial, célébrer son bilan et dérouler son programme. Il a d’abord rappelé prudemment qu’il n’avait pas d’ambition nationale conscient d’une réalité qui perdure, études après sondages : « 72 % des Français déclarent faire confiance à leur maire, contre seulement 33 % pour les députés et 26 % pour les partis politiques » (Le Cevipof, janvier 2025)-. Il se veut « lucide » car outre les réussites qu’il met en avant et que lui contesteront ses adversaires, il rappelle qu’il a découvert au cours des deux premières années de son mandat des « dysfonctionnements uniques en France. » Et comme il avoue que cela arrive encore, on attend avec gourmandise qu’il en dise beaucoup plus.

La campagne est désormais grande ouverte. On a compris à écouter les uns et les autres que les lames sont désormais aiguisées. Certains prétendent d’ores et déjà qu’on peut raser gratis, tous sont unanimes pour pointer du doigt l’indigence des autres. Peu ont choisi le parler vrai pour dire d’où part la ville et où elle peut prétendre aller. C’est pourtant ce que de nombreux Marseillais attendent du scrutin à venir.
(1) Résine aromatique produite par un arbre d’Arabie



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