Juste avant les élections municipales, les propriétaires des deux seules unités industrielles françaises de pâte à papier, ayant 670 salariés à Saint-Gaudens (Haute-Garonne) et 270 de Tarascon (Bouches-du-Rhône), annoncent qu’elles sont au bord du dépôt de bilan. Par les calculs opaques d’un économètre nobélisable cela concernerait 10 000 emplois ! La fermeture est annoncée pour la mi-mars à cause de la hausse des prix du bois en France et du prix de rachat (trop bas mais supérieur au marché) par EDF de l’énergie (qui n’est qu’un produit dérivé de l’usine) : 105 € le MW/h, alors que le prix du marché est de 67 €.
À force de « crier au loup » comme disait le bon Jean de La Fontaine dans sa fable, le doute s’installe.
Fibre Excellence est devenue par d’obscurs jeux capitalistiques (1), la propriété indirecte du magnat des forêts, le sino-indonésien, Jackson Wijay. Il a acquis, Domtar société qui fabrique des produits forestiers et emploie près de 14 000 personnes dans plus de 60 établissements surtout au Canada. Greenpeace au Québec, en 2024 s’en était inquiété « Au-delà des préoccupations économiques évidentes, nos forêts sont en crise et nous venons d’en transférer la propriété à une famille (…) dont les antécédents environnementaux nous amènent à nous inquiéter énormément de l’avenir des forêts canadiennes et des communautés et écosystèmes qui en dépendent ». Les associations canadiennes de défense de l’environnement dénoncent aussi la grande capacité du groupe à faire payer par la puissance publique ses investissements.

Retour à Tarascon
L’unité de Tarascon était déjà sous les projecteurs de l’actualité, il y a deux ans pour ne pas avoir respecté les préconisations d’investissement destinées à limiter ses rejets dans l’atmosphère et dans le Rhône. Avec les arguments que nous entendons aujourd’hui, l’usine avait négocié des moratoires qui ont permis d’éviter de passer par la case environnement. Le scénario est entendu : les syndicats CGT en appellent à la puissance publique, les élus locaux sont sommés de secouer le préfet et le ministre craque.
Début février le groupe annonce comme un geste fastueux : « Dans l’attente des arbitrages ministériels, la holding de Fibre Excellence a décidé de mettre à disposition des entités du groupe une enveloppe de 9 millions d’euros afin d’assurer la continuité de l’activité de ses sites et de sécuriser le paiement de son réseau de fournisseurs de bois » ce qui n’est que l’application de son devoir d’actionnaire !

Fibre Excellence : l’Etat promet 150 millions d’euros
Ensuite l’Etat promet un soutien de 150 millions d’euros. « Le ministre délégué chargé de l’Industrie, Sébastien Martin, a proposé un engagement public de 150 millions d’euros qui repose sur deux volets de 75 millions d’euros chacun. Le premier volet concerne l’intégration du site de Saint-Gaudens dans le système des quotas carbone. Il prévoirait aussi l’abandon des intérêts et l’étalement, sur dix ans, des dettes publiques et sociales de Fibre excellence. Cela représente un allégement significatif de la pression financière pour la trésorerie du groupe qui est déjà soutenue ces dernières semaines et qui a déjà fait l’objet de reports de cotisations sociales et fiscales. Le deuxième volet prendrait la forme d’une garantie d’État couvrant 50 % du plan d’investissement industriel pour accompagner la modernisation des usines de Saint-Gaudens et Tarascon », a déclaré à La Tribune le cabinet du ministre de l’Industrie.
Au siège français à Saint-Gaudens, le directeur, Jean-François Guillot fait la fine bouche : « Nous allons étudier, dans les jours à venir, avec le plus grand soin ces propositions, avec leurs effets immédiats et ceux à moyen long terme.»
Le ministère de l’industrie ajoute tout de même quelques bémols : l’engagement de l’État se fait sous condition d’un « engagement » de l’actionnaire (N.D.L.R. non communiqué) et prévient, le ministère, la pérennité du groupe « r elève en premier lieu de son actionnaire ». C.Q.F.D.
Sept associations, dont France Nature Environnement, s’interrogent : « Pourquoi faudrait-il encore et encore que l’État (avec l’argent du contribuable) soutienne financièrement une usine hors d’âge appartenant à un milliardaire indonésien qui préfère les subventions en tout genre et le chantage à l’emploi aux investissements et mises aux normes ? »
Les interrogations de France Nature environnement
« Le « nouveau propriétaire » rappellent-elles, s’était pourtant engagé au moment du rachat à investir des sommes considérables (180 M€) dans la modernisation et les mises aux normes environnementales. Les moratoires obtenus, deux fois reconduits, sont arrivés à échéance fin 2025. »

France Nature Environnement et les associations rhodaniennes interpellent l’opinion : « Si une entreprise vétuste appartenant à un empire financier pesant 28,3 milliards de dollars ne parvient pas, malgré toutes les aides déjà empochées, à dégager des bénéfices, si ses choix stratégiques se révèlent inopérants, l’État français doit-il vraiment continuer à la soutenir ? Le moment n’est-il pas venu de se poser la question d’une reconversion du site ? »
Lien utile :
Dans nos archives L’usine Fibre Excellence de Tarascon dépose le bilan
- (1) Depuis l’acquisition des usines de Tarascon et Saint-Gaudens en 2010 auprès du Groupe Tembec, le Groupe Fibre Excellence opère de manière indépendante, sous la supervision du Groupe Domtar. Fibre Excellence fonctionne avec un siège basé à Labège, deux sites de production de pâte à papier (Fibre Excellence Saint-Gaudens et Fibre Excellence Provence) et ses deux filiales dans le bois, Fibre Excellence Sebso (récolte forestière) et Fibre Excellence enviroforesterie (conseil en gestion forestière).












