Réunie le 4 février dernier devant la presse, l’équipe du Mucem a dévoilé les grandes lignes de sa programmation 2026. L’occasion pour Pierre-Olivier Costa, président du musée, de rappeler en ouverture que « 2025 a été une année exceptionnelle ». Avec plus d’un million de visiteurs l’an dernier, le musée signe son meilleur score depuis dix ans. Un chiffre que la direction aime lire aussi à l’aune de son impact social : 15 % des visiteurs proviennent des quartiers nord de Marseille, confirmant l’ancrage de l’institution dans son territoire.
Marie-Charlotte Calafat, directrice scientifique et des collections, a, elle, souligné l’ampleur du travail mené : 730 œuvres nouvellement présentées en 2025, dont 253 issues d’expositions dites « vertes », pour un total de 2 513 œuvres visibles par le public. Une dynamique que le musée entend prolonger en 2026, en conjuguant l’exigence scientifique avec accessibilité et engagement sociétal.
Au cœur de sa programmation 2026, le Mucem propose ainsi au public quatre nouvelles expositions temporaires, traversées par des questions de maternité, de transmission et de création.
« Bonnes Mères » : une traversée sensible et politique de la maternité méditerranéenne

Depuis quatre millénaires, la maternité façonne récits, images, rites et normes sociales. Avec l’exposition « Bonnes Mères », le Mucem consacre la maternité méditerranéenne comme objet de construction sociale, enjeu politique et sujet artistique.
Commissariée par Caroline Chenu et Anne-Cécile Mailfert, en co-commissariat avec la Fondation des Femmes, l’exposition déroule un parcours diachronique, de l’Antiquité à nos jours, dans un constant va-et-vient entre œuvres anciennes, créations contemporaines et récits de vie. Des déesses-mères antiques à la Bonne Mère marseillaise, des mères patriotiques aux artistes féminines d’aujourd’hui, elle interroge des représentations longtemps idéalisées, porteuses d’injonctions.
La scénographie, solaire et enveloppante, accompagne un cheminement en trois temps. D’abord, les imaginaires maternels, mythologiques, religieux ou politiques, qui révèlent autant la puissance symbolique de la mère que son instrumentalisation. Puis, les réalités multiples et souvent invisibles de la maternité : corps des femmes, accouchement, règles, allaitement, PMA, adoption, interruptions de grossesse, deuil périnatal, charge mentale ou violences. Enfin, un focus sur la transmission, les liens mère-enfant et les maternités dites « collatérales », portées par les tantes, grand-mères, voisines ou amies.
« L’exposition n’idéalise pas, elle redonne voix et corps à la pluralité des mères réelles », expliquent les commissaires, en revendiquant une approche critique nourrie des recherches sur le genre. Près de 350 œuvres composeront ce parcours : petites terres cuites, peintures, installations monumentales, films et archives. De Botticelli à Louise Bourgeois, de Niki de Saint Phalle à Joana Vasconcelos, cette nouvelle exposition se veut profondément féministe, sans jamais être dogmatique.
Bonnes Mères
Du 18 mars au 31 août 2026
📍 J4 et fort Saint-Jean – Marseille (2e)
🕒 Ouvert tous les jours sauf le mardi
🎟️ Billet expositions permanentes et temporaires : 11 € / 7,50 €
👉 Infos et réservations : mucem.org
« Mossi Traoré, la mode aussi »
Après Fashion Folklore en 2024, le Mucem poursuit son exploration de la mode avec « Mossi Traoré, la mode aussi ». Styliste français et créateur de la marque de haute couture Mossi, Mossi Traoré conçoit la couture comme un espace de transmission, d’émancipation et de création collective.
Pensée en collaboration avec l’artiste et commissariée par Julia Ferloni-Grandval, l’exposition propose une immersion sensorielle et participative. Silhouettes sculpturales, vidéos, textiles, gestes artisanaux et archives du musée dialoguent dans un parcours où le visiteur est invité à toucher, écouter, expérimenter.
Près de 150 œuvres sont réunies, dont une cinquantaine de créations originales de Mossi Traoré, certaines conçues spécialement pour l’exposition. Elles côtoient des pièces issues des collections du Mucem et des œuvres d’artistes qui l’inspirent, de Madame Grès à Lee Bul. À travers sa marque et son école, les Ateliers Alix, le créateur défend une mode exigeante et accessible, ouverte à tous, que le Mucem érige ici en geste culturel et politique.

Mossi Traoré, la mode aussi
Du 20 mai au 16 novembre 2026
📍 J4 et fort Saint-Jean – Marseille (2e)
🕒 Ouvert tous les jours sauf le mardi
🎟️ Billet expositions permanentes et temporaires : 11 € / 7,50 €
👉 Infos et réservations : mucem.org
« Manger les images » : incorporer pour comprendre
Pourquoi manger des images ? Derrière cette question déroutante, « Manger les images » explore une pratique ancienne et étonnamment répandue en Méditerranée et en Europe : l’incorporation des images, de façon symbolique ou réelle.
Commissariée par Jérémie Koering et Raphaël Bories, l’exposition interroge notre rapport aux images autrement que par la seule vue. Goût, toucher, rituel, jeu : l’image devient objet à vivre autant qu’à regarder. « Ce qui peut paraître paradoxal (manger des images), possède en fait une utilité », ajoute Jérémie Koering, professeur à l’université de Fribourg. De l’hostie aux gâteaux figurés, des gravures aux films contemporains, le parcours traverse imaginaires religieux, philosophiques, artistiques et politiques.
Le Mucem présentera notamment une part exceptionnelle de sa collection de gâteaux figurés, conservés en chambres froides, aux côtés de peintures, sculptures, photographies et films. L’exposition invite ainsi à penser les images comme des vecteurs de lien social et de fabrication du commun.

Manger les images
Du 28 octobre 2026 au 12 avril 2027
📍 J4 et fort Saint-Jean – Marseille (2e)
🕒 Ouvert tous les jours sauf le mardi
🎟️ Billet expositions permanentes et temporaires : 11 € / 7,50 €
👉 Infos et réservations : mucem.org
Mayotte, Maoré : raconter la rencontre des mondes

Exposition majeure de la saison, « Mayotte, Maoré, la rencontre des mondes » est présentée en partenariat avec le MuMA, musée de Mayotte. Elle explore l’archéologie, l’histoire, les cultures traditionnelles et les expressions contemporaines de ce territoire de l’océan Indien, façonné par plus d’un millénaire de circulations et de métissages.
Le projet s’inscrit également dans un contexte particulier : celui des dégâts subis par le musée mahorais après le cyclone Chido, qui ont conduit à l’évacuation des collections vers le Mucem à Marseille, en geste de solidarité culturelle et de co-construction.
Plus de 100 objets composeront la traversée. Fragments de lave du volcan sous-marin Fani Maoré, squelette de cachalot, bijoux, parures, costumes de cérémonie, objets rituels et œuvres contemporaines témoignent de la richesse matérielle et immatérielle de l’archipel. Au cœur du parcours, un film immersif donnera à voir ce qui ne se montre pas en vitrine : langues, musiques, danses, rituels, pratiques soufies. « Mayotte n’est pas seulement une île, c’est un carrefour », rappelle Abdoul-Karime Ben Saïd, directeur du MuMA.
Une exposition très originale dans sa composition, conçue sans folklorisation et fruit d’une co-construction avec les chercheurs, les artistes et la diaspora mahoraise.
Mayotte, Maoré
Du 18 novembre 2026 à octobre 2027
📍 J4 et fort Saint-Jean – Marseille (2e)
🕒 Ouvert tous les jours sauf le mardi
🎟️ Billet expositions permanentes et temporaires : 11 € / 7,50 €
👉 Infos et réservations : mucem.org
À voir et à revoir…
La programmation 2026 s’inscrit aussi dans la continuité d’expositions temporaires déjà ouvertes, qui se prolongeront sur l’année. Au J4, Don Quichotte. Histoire de fou, histoire d’en rire, visible jusqu’au 30 mars 2026, revisite le chef-d’œuvre de Cervantès dans un parcours ludique et populaire, mettant en valeur la dimension comique et subversive du roman à travers plus de 200 œuvres issues des collections du Mucem et de prêts remarquables, notamment de la Bibliothèque nationale d’Espagne.

Au fort Saint-Jean, le bâtiment Georges Henri Rivière accueille jusqu’au 20 septembre 2026 Clément Cogitore. Ferdinandea, l’île éphémère, une exposition poétique et politique qui, à partir de la naissance et de la disparition d’une île volcanique en Méditerranée au XIXᵉ siècle, interroge les utopies, les convoitises territoriales et les fragilités contemporaines.
Au-delà des expositions : un laboratoire culturel à ciel ouvert
Au-delà des expositions, le Mucem poursuivra en 2026 une programmation artistique, culturelle et scientifique dense, portée par Cécile Dumoulin, responsable du développement culturel et des publics, et Aude Fanlo, responsable du département recherche et enseignement. « En 2025, l’ensemble des manifestations publiques, en plein air et dans l’auditorium, ont été quasiment complètes, accueillant au total près de 130 000 personnes ».

Une dynamique qui se prolongera en 2026 à travers de nombreux rendez-vous en plein air et au sein des espaces du J4 et du fort Saint-Jean. Festivals, performances, ateliers participatifs et événements familiaux rythmeront la saison, de Mucem (re)Mix à la Fête des plantes, en passant par les dix ans du festival Oh les beaux jours ! ou encore la Saison Méditerranée. De son côté, le MucemLab poursuit son rôle de laboratoire d’idées : séminaires, cycles de conférences, colloques et rencontres de recherche exploreront les grands enjeux contemporains en lien étroit avec les expositions. On note notamment les retours du Salon Focus ou du Festival des Sciences et des Arts, et de nouveaux rendez-vous comme les États généraux des mères, en prolongement de l’exposition Bonnes Mères.
Enfin, le musée entend poursuivre un programme RSE renforcé, avec une attention particulière portée à l’accueil des publics et à la signalétique, « notamment dans le hall d’entrée », souligne Pierre-Olivier Costa. Le nouveau site internet, lancé en 2025, doit également poursuivre son déploiement afin d’améliorer les usages et l’accès aux contenus.
Liens utiles :
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