L’armateur marseillais Marfret a dévoilé mercredi 4 mars son initiative Marfret Ventures qui vise à investir dans des fonds spécialisés dans l’innovation.
Les explications de Guillaume Vidil, le directeur général de Marfret, recueillies par Gomet’.
Pourquoi avoir lancé Marfret Ventures ?
Guillaume Vidil : Nous avons souhaité lancer Marfret Ventures afin de répondre à plusieurs enjeux stratégiques pour le groupe. Le premier est de participer activement à la transformation du secteur maritime. Notre industrie connaît aujourd’hui des mutations profondes, portées par la décarbonation, la digitalisation et l’émergence de nouvelles technologies. Dans ce contexte, il est important pour Marfret de ne pas être un simple observateur de ces évolutions, mais d’en être un acteur engagé. Un deuxième enjeu est celui de la diversification, dans un secteur qui est par nature cyclique. Développer une activité d’investissement nous permet de nous exposer à de nouvelles technologies et à de nouveaux marchés, et ainsi de renforcer la résilience et la performance du groupe sur le long terme.
Enfin, Marfret Ventures est aussi un véhicule qui nous permet de nous exposer à des secteurs adjacents à nos activités historiques. Le transport maritime évolue aujourd’hui au sein d’un écosystème beaucoup plus large qui englobe les technologies de décarbonation, les solutions digitales pour la logistique, les nouvelles énergies ou encore les infrastructures portuaires. À travers ce véhicule d’investissement, nous cherchons à mieux comprendre ces dynamiques, identifier les innovations qui façonneront l’avenir de notre industrie et, lorsque c’est pertinent, les tester ou les déployer dans nos opérations.
Marfret Ventures est-elle une structure juridique ou simplement le nom de l’initiative ?
Guillaume Vidil : Marfret Ventures n’a pas d’entité juridique séparée et est pleinement intégré au groupe Marfret. Nous avons volontairement choisi ce modèle afin de maintenir un lien direct entre les investissements réalisés et les métiers opérationnels du groupe. Cela facilite les échanges avec les équipes internes et permet d’appuyer nos convictions d’investissement sur l’expertise de nos collaborateurs.
Quels sont les moyens mobilisés ? Quels sont les montants d’investissements alloués ?
Guillaume Vidil : À ce jour, Marfret Ventures a investi dans trois fonds d’investissement :
- Shift4Good, un fonds franco-singapourien de 220 millions d’euros dédié à la mobilité durable. À travers ce fonds, nous participons notamment à des innovations liées au maritime, comme la société espagnole Bound4Blue, aujourd’hui leader dans le domaine des voiles par aspiration fixes pour la propulsion des navires.
- Impact Océan, un fonds français de 60 millions d’euros opéré par Go Capital et dédié à la Blue Economy, avec des investissements dans des entreprises comme Kemiwatt ou encore Grain de Sail.
- Motion Ventures, un fonds basé à Singapour d’environ 100 millions de dollars, spécialisé dans les technologies maritimes et la transformation digitale des chaînes logistiques.
Ces investissements (Marfret ne communique pas le montant de ses investissements, ndlr) nous permettent d’accéder à un écosystème international d’entrepreneurs et d’innovations. Dans les mois et années à venir, nous continuerons d’investir dans des fonds complémentaires, tout en restant opportunistes pour réaliser également des investissements directs dans les entreprises les plus prometteuses.
Comment les investissements s’articulent-ils avec le personnel en interne ?
Guillaume Vidil : Les experts et collaborateurs de Marfret sont au cœur de cette démarche. Grâce à leur expérience opérationnelle, ils sont en mesure de développer des convictions fortes sur le potentiel de certaines technologies et sur leur pertinence pour notre industrie. Au-delà de cette analyse, nous cherchons également à tester concrètement certaines solutions. Par exemple, nous avons pu expérimenter des solutions véliques conteneurisées comme celles d’Econowind, ou encore adopter la solution de jumeau numérique développée par la startup marseillaise Syroco pour optimiser la performance énergétique de nos navires.
Cette approche permet de faire de Marfret Ventures un véritable levier d’innovation opérationnelle pour le groupe.
Qui décide des investissements ?
Guillaume Vidil : Nous avons mis en place une gouvernance dédiée. Les opportunités d’investissement sont d’abord analysées par un comité d’investissement composé exclusivement de collaborateurs du groupe Marfret, que je préside. Ce comité étudie les opportunités et formule une recommandation. Les investissements retenus sont ensuite présentés au board du groupe Marfret pour validation finale.
Avez-vous déjà des retombées en performance ou en business ?
Guillaume Vidil : Nous observons déjà des retombées opérationnelles importantes. Grâce à Marfret Ventures, nous avons désormais accès à un large écosystème de startups et de scale-ups actives dans notre secteur. Ces entreprises sont régulièrement consultées et nous collaborons déjà avec plusieurs d’entre elles. Cela nous permet de mieux anticiper les évolutions de notre industrie et d’identifier des solutions susceptibles d’améliorer la performance opérationnelle du groupe.
L’objectif est-il à terme de créer un fonds d’investissement interne ?
Guillaume Vidil : À long terme, notre ambition est d’autonomiser progressivement cette activité d’investissement et d’en faire un pilier important du groupe. À horizon 2030–2035, l’objectif est que cette activité devienne un levier stratégique à part entière, aux côtés de nos activités historiques d’armateur et d’opérateur de transport maritime.
Quelle est la prochaine étape après l’investissement dans Marfret Ventures ?
Guillaume Vidil : Nous finalisons actuellement « l’onboarding » de Marfret Ventures et allons prendre quelques semaines pour approfondir notre connaissance de l’écosystème d’investisseurs et de startups réunis autour de ce fonds. En parallèle, nous continuons d’analyser en permanence une dizaine d’opportunités d’investissement, qu’il s’agisse de nouveaux fonds ou d’investissements directs dans des entreprises innovantes.
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