Le Canard enchaîné du 14 avril ironise après cette déclaration de Renaud Muselier au Figaro: « Je souhaite apporter ma contribution à la mère des batailles: l’élection présidentielle.» L’hebdomadaire satirique semble douter que le Sénat, que souhaite rejoindre le Président de la Région Provence Alpes Côte d’Azurt à l’issue des élections de septembre prochain, soit « le terrain idéal » pour mener campagne, comme le claironne le Marseillais, contre les extrêmes au premier rang desquelles le Rassemblement National, son seul adversaire aujourd’hui dans l’hémicycle de l’assemblée régionale.
Plusieurs raisons contribuent à nourrir le doute émis par le volatile. La première est que Muselier s’est éloigné, en se rapprochant d’Emmanuel Macron, des rangs des conservateurs qui siègent au palais du Luxembourg, en commençant par Bruno Retailleau qui préside le groupe LR sous les ors du 15 rue Vaugirard. Le glacial Vendéen est aux antipodes du chaud-bouillant Phocéen. Le cursus de Retailleau qui est passé un temps par la case Philippe de Villiers et le Puy-du-Fou, son positionnement politique proche d’un Eric Ciotti et sa complaisance sur les idées sécuritaires du RN, font que Muselier aura à souquer ferme pour défendre ce qui le fonde : un gaullisme social version Jacques Chirac.
Il faut de fait jeter un œil dans le rétro pour dessiner le profil psycho-politique de Renaud Muselier. Voilà plus de trente ans que ce sportif amateur des sports de combat (Karaté et rugby) s’ébat et se bat sur le ring marseillais, avec quelques intrusions plus ou moins heureuses aux plans régional, national et européen.
Celui que je rencontre à la fin des années 80 est un sanguin au débit désordonné et à l’écoute paresseuse. L’homme est pressé pour avoir attendu son tour dans les hôpitaux de Marseille où, interne, il a fait ses armes de praticien dans la médecine du sport et la rééducation fonctionnelle. Sa carrière est toute tracée dans ce domaine-là, en particulier à la clinique Saint Martin où l’on tente de réparer les corps brisés des accidentés de la route ou ceux des soldats roumains fauchés lors de la révolution qui, en 1989, a mis fin à la dictature de Nicolae Ceausescu.
Mais derrière le jeune médecin (il est né en 1959) il y a l’ombre portée d’un grand-père prestigieux, Emile Muselier, le vice-amiral qui a organisé, sous l’autorité du général Charles De Gaulle, les Forces navales françaises libres. Un passé « gaulliste » d’autant plus prégnant que Renaud Muselier a partagé très tôt les convictions politiques d’un de ses maîtres en médecine, Maurice Toga (député RPR des Bouches-du-Rhône de 1986 à 1988).
Son mentor disparu, Muselier n’écoutant que sa fougue et sa volonté d’en découdre avec les socialistes, comme avec les frontistes, va se lancer dans la bataille sous l’œil suspicieux de celui qui l’accueille dans ses rangs : Gaudin. Jean-Claude rejeton d’un couple humble de Mazargues n’aime pas Renaud, cet enfant gâté, survitaminé à la testostérone, et sa garde rapprochée n’aura de cesse de rappeler que le seul mérite de Muselier est « d’être né avec une cuillère en argent dans la bouche » mettant au passage en doute ses réelles compétences médicales.

« Museau », comme l’appellent ses amis et ses adversaires, feint de ne pas entendre ces vilenies et tisse sa toile dans une sphère qui en a vu d’autres en la matière, la Chiraquie. Le leader gaulliste, qui ne compte pas Gaudin parmi ses alliés les plus sûrs, aime les empoignades viriles de Muselier, son protégé, qui se vante mezzo voce d’avoir des entrées auprès de lui, notamment avec Claude Chirac. « Museau » livrera cet aveu à la mort du président : « On était très proche, je lui dois tout. »
Muselier avait franchi, il est vrai, encouragé par Jacques Chirac, bien des étapes au cours de la décennie qui a précédé le nouveau siècle; conseiller général, adjoint au maire, député. Il avait ainsi assis une certaine notoriété, à défaut de pouvoir imposer à toute la droite républicaine son autorité. Le neveu de la reine Géraldine d’Albanie ne s’imposera jamais tout à fait dans son royaume marseillais et ses ennemis intimes de la droite locale, malgré son CV qui s’est singulièrement enrichi, parlent volontiers de « gesticulation » quand ses partisans évoquent son courage. Comme lorsque, député RPR, il est passé à tabac en septembre 1994 par une poignée de nervis cégétistes sur la place de La Joliette, alors qu’il apporte son soutien aux professions portuaires en conflit avec le syndicat des dockers. Là encore Jacques Chirac lui témoigne son plein soutien, quand Jean-Claude Gaudin s’agace de le voir occuper les plateaux télévisés une minerve autour du cou.
Gaudin et Muselier ne s’aiment pas et le maire de Marseille s’amuse lorsqu’on l’interroge sur sa future succession. Il ne désignera jamais de dauphin, mais laissera le médecin s’empêtrer dans une vaine espérance. Pire Muselier sera humilié lorsqu’un socialiste au charisme discret, Eugène Caselli, défiant tous les pronostics, lui chipe en 2008 la présidence de la Communauté Urbaine. Des manœuvres souterraines ont opéré que niera avec une mauvaise foi assumée Gaudin, suivant ainsi l’un des préceptes du cardinal de Richelieu: « Savoir dissimuler est le savoir des rois. »

Muselier aura ainsi approché ce qui représentait le Graal pour lui : le fauteuil de premier magistrat de la ville de Marseille. Sa carrière politique témoigne cependant d’un impressionnant parcours à l’exception notable des élections municipales où il n’arrive ni à s’imposer ni à booster suffisamment ses candidats. Amer, il y verra la conséquence de la réforme de la loi PLM (Paris-Lyon-Marseille) et de la « nationalisation » du scrutin. Alors que la déliquescence de sa famille politique et son ralliement tardif et à contretemps à Emmanuel Macron auraient dû l’interroger.
Il aura somme toute frôlé les sommets ( premier adjoint au maire, député de 1993 à 2012, président d’Euroméditerranée de 1995 à 2008, secrétaire d’Etat aux Affaires Étrangères de 2002 à 2005, président de l’Institut du Monde Arabe de 2011 à 2013, député européen de 2014 à 2019 et enfin président du Conseil Régional à partir de 2017) sans jamais franchir la marche qui comptait tant pour lui et qui menait au bureau d’où on peut voir les rotations du Ferry Boat. Il avait pourtant ferraillé dur contre ses principaux adversaires dont le socialiste Jean-Noël Guérini auquel il a consacré un livre dénonçant un système qu’il qualifie de « mafieux » (Le système Guérini chez Jean-Claude Lattès).
Mais c’est un autre clan, en partie sa famille politique, qui aura eu raison de son ambition marseillaise. On le dit aujourd’hui usé et désabusé, même s’il jure qu’au Sénat il usera encore de sa faconde musclée pour continuer à se faire les poings. Mais reste l’échec : Marseille ne l’a pas vu grandir, à moins que ce soit lui qui n’a pas pu ou su être de taille.



![[Agenda] Aix-Marseille Provence : que faire ce week-end du 17 au 19 avril 2026 ?](https://gomet.net/wp-content/uploads/2026/04/agenda-we-4-120x86.png)









