A l’occasion de la visite organisée mardi 19 mai par Provence Unie, le groupe majoritaire au Département des Bouches-du-Rhône, au Domaine du Bagnol à Cassis au pied de la falaise du Cap Canaille, Hervé Granier, conseiller départemental LR délégué à la viticulture (par ailleurs maire de Gardanne et conseiller métropolitain), a répondu à nos questions.
Quelle est aujourd’hui la place de la viticulture dans les Bouches-du-Rhône ?
Hervé Granier : Le département compte environ 13 000 hectares de vignes plantées. Cela représente, selon les années et les conditions climatiques, autour de 600 000 hectolitres produits. La filière regroupe près de 700 exploitations, environ 1 000 exploitants, 150 vignerons indépendants et sept caves coopératives.
Au total, cela représente un chiffre d’affaires d’environ 220 millions d’euros. Le territoire compte six AOP et trois IGP. Il y a donc un véritable potentiel viticole dans les Bouches-du-Rhône, porté à la fois par les vignerons eux-mêmes, par des domaines emblématiques comme ceux de Cassis, mais aussi par le Département et la Métropole.
Le Département a justement renforcé son implication sur ce sujet ces dernières années.
Hervé Granier : Oui. Il faut rappeler qu’en 2015, Martine Vassal a décidé de détacher la viticulture de la délégation à l’agriculture pour créer une délégation entièrement dédiée à la filière viticole. Cela montre l’importance accordée à ce secteur.
Mais il faut aussi comprendre que la viticulture traverse aujourd’hui une période compliquée. L’an dernier, la consommation nationale a encore baissé de près de 3 %. Plusieurs facteurs se cumulent : la baisse de la consommation, les stocks importants, les conséquences des taxes américaines, les problématiques climatiques… Aujourd’hui, la filière viticole est en grande difficulté.
Le département a notamment subi deux importants épisodes de gel en 2022 et 2024, même si Cassis a été relativement épargné. Nous faisons également face à la flavescence dorée, une maladie de la vigne qui a un impact très important sur les productions. À cela s’ajoute évidemment la question du pouvoir d’achat. Malgré ce contexte, le Département continue d’investir fortement dans la filière.

Quels sont précisément les dispositifs mis en place ?
Hervé Granier : En 2025, le Département consacre environ 350 000 euros à la viticulture. Une grande partie de cette enveloppe — 136 000 euros — est dédiée à la lutte contre la flavescence dorée. C’est essentiel : sans vigne saine, il n’y a pas de vin.
Nous avons également consacré 90 000 euros à l’installation de nouveaux outils liés aux démarches HVE (haute valeur environnementale) et bio, 60 000 euros aux associations et événements viticoles, 28 000 euros aux Grappes d’Or et 25 000 euros à la cuvée départementale. Cette cuvée départementale regroupe six rosés, six rouges et six blancs servis tout au long de l’année au Département, notamment lors des réceptions officielles.
Enfin, 18 000 euros sont consacrés à l’œnotourisme d’une part, notamment à travers les sentiers vignerons et les actions permettant de faire découvrir les domaines et les paysages viticoles et 18 000 euros à la reconquête des friches.
Les Grappes d’Or sont devenues un rendez-vous important de la filière.
Hervé Granier : Oui, cet événement a été relancé il y a quatre ans. Nous avons commencé au château de la Buzine, puis au stade Vélodrome, au Fort Ganteaume et cette année à Pont de Vivaux à Cassis. L’idée est de mettre en valeur les jeunes cavistes, les jeunes vignerons, les initiatives innovantes et les restaurateurs qui jouent le jeu en proposant des vins du département sur leur carte. C’est une façon de promouvoir tout un écosystème local autour du vin.
Malgré les difficultés, avez-vous le sentiment que les vins du territoire bénéficient aujourd’hui d’une image plus forte ?
Hervé Granier : Oui, clairement. On voit une montée en puissance de l’image des vins de Provence et des vins du département. Le Festival de Cannes, par exemple, a récemment décidé de ne proposer que des vins régionaux lors de certains repas officiels.
Il y a une vraie identité. À Cassis, par exemple, les gens viennent chercher les blancs. Pour les rosés, on pense naturellement aux Côtes-de-Provence. Chaque territoire a sa spécificité. Et honnêtement, nous n’avons rien à envier à des régions comme Bordeaux ou la Bourgogne. Il faut arrêter de penser automatiquement à ces régions quand on veut ouvrir une bonne bouteille. Nous avons ici des vins remarquables.
Il y a cinq ans encore, tout le monde voulait devenir viticulteur
La filière semble néanmoins moins touchée que d’autres régions par les arrachages massifs.
Hervé Granier : Quelques domaines ont déjà procédé à des arrachages, notamment dans le cadre des aides nationales. Et c’est toujours vécu comme un échec.
Il y a cinq ans encore, tout le monde voulait devenir viticulteur. Aujourd’hui, le contexte est beaucoup plus compliqué. Ceux qui s’installent désormais le font souvent dans le cadre d’exploitations familiales déjà structurées et pérennes. La baisse de consommation est un vrai sujet : moins 3 % au niveau national, c’est énorme. Les caves coopératives jouent d’ailleurs un rôle essentiel de solidarité entre producteurs.
Justement, quel rôle jouent les caves coopératives dans cette période difficile ?
Hervé Granier : Elles sont fondamentales. Aujourd’hui, il reste 17 caves coopératives sur le territoire, bientôt 16 avec la fusion prévue entre Rognes et Pélissanne.
La coopération porte bien son nom. Quand une exploitation est en difficulté, la cave coopérative permet de maintenir un équilibre collectif. Cette solidarité est très forte dans le monde viticole. Je l’ai constaté encore récemment lors des opérations de prospection contre la flavescence dorée : tous les vignerons se mobilisent ensemble, parce qu’ils savent qu’une contamination importante peut mettre en danger l’ensemble de la production.
Comment lutte-t-on concrètement contre cette maladie ?
Hervé Granier : Principalement par la prospection. C’est un travail très minutieux réalisé avec la Chambre d’agriculture. Des équipes inspectent les rangs de vigne un par un pour détecter les symptômes. Car à partir d’un certain seuil de contamination – autour de 10 % des pieds touchés – il faut arracher l’ensemble de la parcelle. Les conséquences peuvent être dramatiques pour une exploitation.
Le Département finance donc largement cette prospection, qui représente le plus gros poste d’investissement de notre budget viticole.
Les producteurs dénoncent aussi une concurrence internationale de plus en plus forte.
Hervé Granier : Oui, parce que nous ne jouons pas toujours avec les mêmes règles. Les contraintes environnementales et phytosanitaires imposées aux producteurs français sont très importantes, alors que certains pays étrangers produisent avec des normes différentes. Les vins espagnols, australiens ou d’autres pays sont aujourd’hui très présents sur les marchés. Tant mieux pour eux, mais cela crée parfois une concurrence difficile pour nos producteurs.
Le Département réfléchit-il à de nouveaux outils pour promouvoir les vins locaux auprès du grand public ?
Hervé Granier : Il y a eu des réflexions autour d’une Maison des vins à Marseille, afin de permettre aux touristes et au grand public de découvrir l’ensemble des vins du département dans un même lieu. Mais cela représente un investissement important. Aujourd’hui, dans un contexte budgétaire contraint, la priorité reste selon moi d’aider directement les vignerons dans leur activité quotidienne. Après, si demain le Département est capable de faire les deux — soutenir les exploitations et construire un équipement structurant — ce sera évidemment positif.
Vous sentez malgré tout une reconnaissance du travail du Département par la profession ?
Hervé Granier : Oui, très clairement. Les viticulteurs savent reconnaître l’engagement du Département et de sa présidente. En 2024, entre le Département et la Métropole, ce sont près de 16 millions d’euros qui ont été investis dans l’agriculture. Quand on compare avec d’autres territoires, c’est considérable. Je rencontre régulièrement les vignerons et les caves coopératives : je n’ai jamais entendu quelqu’un remettre en cause l’engagement du Département envers la filière.

A noter : Le Salon des Agricultures de Provence revient du 5 au 7 juin
Le Salon des Agricultures de Provence revient du 5 au 7 juin au Domaine et Centre de formation du Merle à Salon-de-Provence. Au programme, les rendez-vous traditionnels incontournables – le marché des producteurs, la ferme aux animaux, les animations ludiques, les parcours pédagogiques, les dégustations gourmandes, la nocturne festive, etc. – et des nouveautés : le pavillon des régions, la visite de la nouvelle bergerie multimodale du domaine du Merle, un concours Modèle et Allure de chevaux Camargue, un concours de Chiens de Troupeau et les animations du Bus du BioTour. Avec 160 producteurs et éleveurs des Bouches-du-Rhône, le salon reste fidèle à sa vocation initiale : promouvoir l’agriculture d’aujourd’hui auprès du grand public et des consommateurs, au travers de différents pôles d’exposition et d’animation, et favoriser les échanges en circuit court. Maraîchers, arboriculteurs, éleveurs, apiculteurs, conchyliculteurs, artisans, brasseurs et viticulteurs… Les exploitants agricoles des Bouches-du-Rhône proposent leurs productions directement aux consommateurs.
L’organisation de la 9e édition du Salon des Agricultures de Provence est portée par la Chambre d’agriculture des Bouches-du-Rhône et l’Institut Agro, soutenue par le Département des Bouches-du-Rhône, la Métropole Aix-Marseille-Provence, le Pôle d’Équilibre Territorial et Rural du Pays d’Arles, en collaboration avec leurs partenaires.














