Un drame épouvantable vient de se produire en plein cœur de Paris. La rédactrice en chef adjointe du service Art de Vivre du Figaro, Madame Alyette Debray-Mauduy âgée de 57 ans, a été tuée à vélo par un camionneur sur le pont de la Concorde le 21 septembre dernier. Le ministre des Transports M. Philippe Tabarot parle honteusement d’un « accident », alors que sa mort est une conséquence directe et évitable de la politique de sécurité routière du gouvernement.
Non Monsieur le ministre, ce drame n’est pas un accident, et vous le savez très bien. C’est un piège assumé qui a tué aussi les autres 27 femmes à vélo à Paris ces vingt dernières années. Le scénario est généralement le même : la femme (qui respecte mieux les feux que les hommes) part en même temps que les camions, disparaît dans leur angle mort et se fait écraser mortellement. Non pas par inadvertance, mais par manque de pistes cyclables adaptées.

Dans votre message publié sur Linkedin vous allez même jusqu’à accuser la victime en évoquant d’abord « les comportements à risque ». Alyette n’aurait pas assez fait attention, êtes-vous sérieux ? C’est comme la femme qui se fait violer et à laquelle on reproche ensuite son « attitude aguicheuse ». Sa jupe était trop courte.
C’est votre attitude politique qui tue les cyclistes
Non Monsieur le ministre, c’est votre attitude politique qui tue les cyclistes. Vous avez abandonné sèchement le Plan Vélo qui aurait dû impulser l’aménagement des pistes protectrices, au grand dam des collectivités qui s’étaient engagées pour réaliser ce plan. C’est vous qui montrez ouvertement que vous n’en avez rien à faire des cyclistes ; le rapport Barbe déclenché par la mort du cycliste Paul Varry, qui contenait des mesures pour éviter ces drames, est resté lettre morte.
Pour pousser la provocation à l’extrême, vous allez même jusqu’à lancer un débat sur le casque en mettant la sécurité du cycliste sur le dos du cycliste. Vous faites tout pour éviter de parler du vrai sujet : votre responsabilité d’aménager les routes pour protéger les usagers vulnérables. Si les cyclistes en France ont autant besoin d’un casque, c’est parce que vous êtes trop dangereux car vous leur refusez des pistes cyclables adaptées.
Monsieur le ministre, votre choix de considérer la mort de citoyens à vélo comme une fatalité est une insulte à l’égard de leurs proches. A cause de votre politique, c’est la mort partout pour les cyclistes en France : la mort du rapport Barbe, la mort du plan vélo et maintenant la mort d’Alyette.
Combien de cyclistes doivent mourir encore pour que vous les protégiez enfin ?
Je présente mes condoléances à sa famille et à ses proches, à qui vous allez devoir vous expliquer. J’étais déjà infiniment triste pour la famille de Paul Varry, aujourd’hui je le suis pour la famille de Madame Alyette Debray-Mauduy et pour la rédaction du Figaro.
Combien de cyclistes doivent mourir encore pour que vous les protégiez enfin au lieu de leur reprocher de ne pas avoir mis un casque ?
Stein Van-Oosteren
Elu aux mobilités à Fontenay-aux-Roses (92), auteur et chroniqueur sur l’écologie.
Auteur des livres : Désir d’agir : Comment déclencher la transition écologique et Pourquoi pas le vélo ? Pourquoi pas le vélo ?
Stein Van-Oosteren, grand défenseur de la cause du vélo en France,
était l’invité des Rencontres du vélo et des mobilités douces 2025 organisées par Gomet’














