Spin-off du CNRS et d’Aix-Marseille Université, créée en 2020 par Éric Schettini (ancien PDG de Viveris Management) et basée à Luminy, à Marseille, Tafalgie Therapeutics a annoncé le 15 septembre 2025 le bouclage d’une Série A d’un montant de 12 millions d’euros réalisé auprès de nouveaux business angels, notamment de type Family Office, ainsi que d’investisseurs historiques. La biotech, qui emploie aujourd’hui 26 salariés, veut mettre sur le marché un ou des antalgiques de rupture face aux traitements risqués des opioïdes [1].
Les travaux du biologiste Aziz Moqrich ont permis d’identifier des potentiels thérapeutiques nouveaux dans la lutte contre la douleur. Venu d’Agadir, ce dernier a poursuivi ses études universitaires en France et soutenu, en 2000, un doctorat de neurobiologie à l’Université d’Aix-Marseille. Il a ensuite rejoint le laboratoire d’Ardem Patapoutian à l’Institut de recherche Scripps (TSRI) à San Diego, où il a contribué au « décodage des mécanismes moléculaires responsables de la diversité des neurones sensoriels somatiques ».
Le pouvoir modulateur de la douleur de la protéine endogène TAFA4
En 2005, il est recruté au CNRS comme chargé de recherche à l’IBDLM, l’Institut de biologie du développement Marseille-Luminy (CNRS – Aix-Marseille Université) et crée une équipe dont le projet est de mieux comprendre la signification fonctionnelle de la diversité du système nerveux sensoriel somatique. « Alors que la crise des opioïdes commençait à émerger, explique Aziz Moqriche, j’ai découvert le pouvoir modulateur de la douleur de la protéine endogène TAFA4 et très vite compris que je pouvais disposer d’une solution à un enjeu sanitaire mondial, permettant de soulager la douleur des patients sans les exposer aux effets secondaires dévastateurs des traitements existants. »

Sa recherche est fondée sur les données scientifiques de TAFA4, une protéine endogène secrétée qui ouvrirait la voie à une nouvelle classe de candidats-médicaments destinés à prévenir et soulager les douleurs aiguës ou chroniques, qu’elles soient postopératoires, neuropathiques ou inflammatoires, sans les effets indésirables des antalgiques actuels : sédation, troubles respiratoires et digestifs, tolérance, ou dépendance.
En octobre 2020, Aziz Moqrich fonde avec Éric Schettini ,spécialiste du financement de la tech (il fut le boss de Viveris Management), Stéphane Gaillard et Laurent Labatut, Tafalgie Therapeutics.
Renforcer les équipes de Tafalgie Therapeutics et financer le développement clinique
Les ressources financières apportées par cette série A vont permettre à Tafalgie de financer le développement clinique de son candidat-médicament le plus avancé dans le traitement de la douleur, jusqu’à la finalisation de sa phase 2A avec une étude en Australie de première administration à l’homme dudit candidat-médicament.
Les fonds levés serviront aussi à « consolider les équipes de recherche et de renforcer les équipes cliniques de Tafalgie Therapeutics pour constituer une « Discovery Platform » de référence spécialisée dans le domaine de la douleur ». Depuis sa création, la biotech marseillaise a levé 30 millions d’euros et bénéficié de 6,5 millions de financements non-dilutifs notamment de la part de Bpifrance et de l’Union européenne à travers le programme EIC Accelerator.
Une étude en double aveugle sur 94 patients
Décisive pour les étapes suivantes, l’étude en double aveugle contre placebo doit déterminer la sécurité de ce premier lead administrée par voie intraveineuse chez 94 volontaires sains et patients. Conduite en Australie par le centre CMAX et le Royal Adélaïde Hospital, elle comporte une partie d’escalade de dose unique chez le volontaire sain (SAD), une partie d’escalade de doses répétées chez le volontaire sain, et également une partie réalisée chez des patients bénéficiant d’une intervention chirurgicale.
Cette étude stratégique vise à obtenir les éléments de sécurité, de pharmacocinétique mais aussi les premiers signaux de pharmacodynamie qui vont permettre d’optimiser la suite du développement clinique. Les premiers résultats sont attendus d’ici à fin 2025-début 2026.
[1] Marqué par la crise des opioïdes aux Etats-Unis, ce secteur thérapeutique a causé plus de 727 000 décès entre 1999 et 2022, provoquant une réduction de l’espérance de vie de 0,67 an en 2022. Cette crise a été caractérisée par trois phases : une hausse des décès liés aux opioïdes prescrits, dont l’oxycontin à la fin des années 90, puis un relais par l’héroïne dès 2010 et enfin, à partir de 2013, une explosion des décès dûs au fentanyl de synthèse, notamment d’origine illicite.
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