Mercredi 14 octobre, le matin, la Chambre de Commerce Franco Arabe présentera ses analyses et perspectives pour les entreprises régionales dans le monde arabe, avec le soutien de la CCI Aix Marseille Provence. Pour les lecteurs de Gomet’ Dominique Brunin, directeur du développement et des relations extérieures à la Chambre de commerce franco arabe et Raoul Delamare, avocat, président de Chambre de commerce franco arabe explicitent dans cette tribune leur appréciation de la situation dans les pays arabes à portée de PME.
L’année 2026 restera celle d’un paradoxe. Les conséquences d’un choc pétrolier frappent d’abord les exportateurs du Golfe. Avec la guerre ouverte le 28 février et un détroit d’Ormuz toujours perturbé, la Banque mondiale prévoit désormais une contraction de 4,3 % du PIB des pays du CCG, le Conseil de coopération du Golfe, tandis que les importateurs de pétrole de la région accélèrent à 4,3 %. Le Qatar, le Koweït et Bahreïn, qui exportent presque tout via le détroit, sont les plus touchés. Et d’autres pays arabes, comme le Maroc, touchés eux aussi par les répercussions inflationnistes, continuent néanmoins à accélérer !
L’heure de se positionner dans le monde arabe
Mais ce choc ne remet fondamentalement pas en cause l’attractivité de la région. Les fonds souverains du Golfe n’ont ainsi pas ralenti leurs investissements : selon la Direction générale du Trésor, ils ont engagé près de 26 milliards de dollars entre mars et mai. Et si le conflit s’apaise d’ici la fin de l’année, la Banque mondiale anticipe un rebond de 10,3 % dans le Golfe en 2027. Les Émirats, Oman et l’Arabie saoudite – portée par la Vision 2030, l’Expo 2030 et la Coupe du monde 2034 – y demeurent des marchés prioritaires.
La crise y crée même des besoins nouveaux : défense et cybersécurité, sécurité alimentaire, routes logistiques alternatives, production locale.


Plus près de la France, le Maghreb et l’Égypte offrent volume et proximité. Le Maroc, attendu à + 4,4 % en 2026, s’affirme en hub industriel, tourné vers l’Afrique, avec en plus les divers chantiers de la Coupe du monde 2030 et les énergies renouvelables. L’Algérie, de son côté, mise sur la production locale. L’Égypte, premier marché arabe avec 107 millions d’habitants, reste prometteuse, même si une inflation à 13 % et la pression sur la livre imposent de sécuriser ses paiements.
Les risques demeurent bien sûr : un accord Iran – États-Unis qui tarde, une mer Rouge sous menace houthie, des budgets dépendants du prix des hydrocarbures.
Ceux qui se positionnent aujourd’hui seront en première ligne lorsque la reprise s’amorcera.
Pour les entreprises, la clé reste une approche « pays par pays et secteur par secteur », avec un partenaire local, une assurance-crédit et du conseil et de l’accompagnement.
Monde arabe : des risques, toujours possibles, mais qui se gèrent
La question de risques plus importants que des bénéfices escomptés, mérite d’être posée. Dans le Golfe, la Banque mondiale rappelle que la reprise « n’est pas garantie » : infrastructures endommagées, investissements reportés et marges budgétaires entamées pourraient peser sur la croissance après la fin du choc. Le scénario d’un accord préliminaire entre l’Iran et les États-Unis reste le plus probable, mais une reprise des combats n’est pas exclue (30 % selon BMI-Fitch). Ormuz et la mer Rouge restent incertains, le fret et l’assurance sont plus chers, et l’Égypte ou la Tunisie peuvent présenter un risque de paiement. Mais le bilan reste pourtant largement favorable, pour trois raisons au moins.
- D’abord, le risque n’est pas uniforme. Il se concentre sur quelques pays, en première ligne, Qatar, Koweït, Bahreïn, Irak et le Levant, alors que l’Arabie saoudite et Oman exportent hors du détroit, que les Émirats disposent de réserves considérables et que les importateurs de pétrole, Maroc en tête, accélèrent. Reste dans ce cadre, la question de l’Arabie saoudite et de l’évolution du conflit avec les houthis.
- Mais, seconde raison, la solvabilité des grands clients du Golfe n’est pas remise en cause : les fonds souverains continuent d’investir et le rebond attendu en 2027 sera fort, si le conflit s’apaise. Le tout appuyé par des stratégies très claires de diversification économique.
- Enfin, la crise ouvre des marchés : défense, cybersécurité, sécurité alimentaire, routes logistiques alternatives, production locale.
Sécuriser chaque contrat par l’assurance-crédit de Bpifrance ou le crédit documentaire
Mais le vrai risque serait d’attendre.
Les concurrents asiatiques et turcs ne se retirent pas, et les contrats de la reprise et de demain se négocient dès maintenant. Dans le monde arabe, la relation se construit dans la durée : qui part au plus fort de la tempête aura du mal à revenir au moment du rebond.
La réponse tient donc dans la méthode. Il faut cibler les pays les moins exposés, les pays les plus prioritaires pour les produits et les savoir-faire des entreprises, sécuriser chaque contrat par l’assurance-crédit de Bpifrance ou le crédit documentaire, prévoir des voies de repli et s’appuyer sur un partenaire local. Les bailleurs (AFD, Proparco, Banque mondiale) permettent de se positionner sur les marchés plus difficiles, en réduisant le risque. Bien maîtrisés, les risques ne l’emportent pas sur les gains : ils en déterminent éventuellement le prix d’entrée.
La CCFA, un relais de confiance dans le monde arabe
Dans un environnement aussi mouvant, l’entreprise a besoin de trois choses : une information fiable, des interlocuteurs sûrs et des contrats protégés. C’est précisément le rôle de la Chambre de Commerce Franco Arabe. Créée en 1970, elle est la seule institution strictement paritaire couvrant les 22 pays de la Ligue des États arabes. Son conseil d’administration réunit, à parts égales, entreprises françaises et Chambres de commerce nationales ou patronats du Maghreb, du Machrek et du Golfe.

Informer d’abord. En 2025, la CCFA a publié 43 lettres de veille, 28 revues de presse et lancé L’Observatoire, consacré aux évolutions géostratégiques de la région. Un outil précieux quand le détroit d’Ormuz dicte la conjoncture.- Ouvrir les portes ensuite. Grâce à ses liens avec les Ambassades arabes à Paris et les Chambres partenaires, de Riyad à Bagdad en passant par Beyrouth, la CCFA organise séminaires pays, rencontres et accueil de délégations. Elle met en relation les entreprises avec des partenaires locaux, condition souvent indispensable.
- Sécuriser enfin. Depuis l’abandon de la légalisation par le Quai d’Orsay au 1er janvier 2025, la CCFA est le guichet de référence pour les documents d’export vers les pays arabes : près de 13 000 légalisés en 2025, avec un service en présentiel, immédiat, et personnalisé.
Et, au pire, lorsqu’une crise survient, son Centre de médiation et d’arbitrage peut proposer une solution alternative de résolution.
Elle agit aussi en complément des autres acteurs de l’export : acteurs privés, avec des conseils en France et dans les pays arabes, et acteurs publics, partenaires de Business France. LA CCFA a ainsi signé en 2025 un partenariat avec les Conseillers du commerce extérieur, élargissant encore son réseau, en 2026 c’est un accord avec la Chambre de commerce franco libanaise qui a été officialisé.
Prochain rendez-vous ? Le 7e Sommet économique France Pays arabes, les 9 et 10 décembre 2026 à Paris, consacré à la redynamisation des partenariats franco-arabes, à l’aune des crises multiples de cette année. Un événement pour rencontrer décideurs, donneurs d’ordre, experts français et arabes, au moment même où se préparent les contrats de la reprise.
Dominique Brunin et Raoul Delamare.
Le programme prévisionnel des Rencontres économiques « Monde Arabe » mercredi 14 octobre au Palais de la Bourse
Cette manifestation réunira des dirigeants d’entreprises, des représentants institutionnels et des acteurs économiques autour des perspectives de coopération avec le Maghreb, le Machrek et les pays du Golfe.
- 9 heures : Ouverture par Jean-Luc Chauvin, Président CCIAMP et Raoul Delamare, Président de la CCFA.
- 9 h 15 : Présentation de la CCFA : son organisation, ses missions, ses actions.
- 10 h 00 : Le monde arabe en 2026, Maghreb, Machrek, Pays du Golfe : Quelles situations ? Quels marchés ? Quelles dynamiques ?
- 10 h 45 : Travailler avec le monde Arabe, par Nicolas Faure et Toufik Beany
- 11 h 30 : Témoignage d’entreprises, d’Ambassadeurs et de Consuls présents à Marseille.
- 12 h 30 – Cocktail déjeunatoire
Une occasion de rencontrer des dirigeants d’entreprises, ambassadeurs, consuls et acteurs économiques pour mieux comprendre les marchés du Maghreb, du Machrek et du Golfe.
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