Selon un récent sondage paru dans la Tribune (19 avril) les cinq premières préoccupations des Français sont le pouvoir d’achat (44%) la sécurité (31%) la santé (30%) la dette publique (28%) et l’immigration (28%). L’emploi, l’environnement, la fiscalité viennent plus loin. La consultation fixe de fait les priorités que devront prendre en compte les candidats à la présidence dans le grand débat de 2027. Rapportés au local, ces chiffres ne sont pas très éloignés des attentes des Marseillais après l’élection de Benoît Payan au fauteuil de maire et de Nicolas Isnard à la présidence de la Métropole Aix-Marseille-Provence.
On a cru comprendre qu’un certain consensus était établi entre eux, même si, comme on le dit à la Commanderie la veille des matches de l’OM, beaucoup de choses vont se jouer dans les détails.
Quoiqu’il en soit, hormis “le pouvoir d’achat” sur lequel l’édile marseillais et son voisin salonais ont peu de prise, la plupart des thèmes cités précédemment s’inscrivent dans leur calendrier.
Benoît Payan a désormais en mains les leviers que ses promesses réclamaient, mais s’il a quelques atouts, il doit franchir autant de handicaps. On le dit habile et en cas de réussite il imposera la marque des grands. Mais la force du réel est immense et en cas d’échec, on jugera que le costume était trop large pour lui.
Le maire a d’abord un principe : s’il sait se charger de ses ennemis, il se tourne volontiers vers la Bonne Mère pour le garder de ses amis. Un réflexe voltairien qui lui a permis de résister au feu nourri qui l’a visé sur les réseaux sociaux ou dans les outrances de la campagne.
Il a donc pris son temps pour calibrer son équipe et lancer ce qu’il souhaite imposer comme sa marque : “un maire et une seule ambition sa ville”.
A regarder de près sa garde rapprochée, on découvre qu’il a renforcé le poids de ses intimes
A regarder de près sa garde rapprochée, on découvre qu’il a renforcé le poids de ses intimes, confirmé ceux dont l’ambition était maîtrisable, neutralisé les militants trop impliqués dans leurs appareils (PC et PS). Il suit ainsi une tradition qui a fait ses preuves dans les grandes villes comme à Lille avec Martine Aubry, Bordeaux avec Alain Juppé ou encore Toulouse avec Jean-Luc Moudenc. Avec une constante, le maire n’y revendique qu’une étiquette d’élu local.

Payan souhaite donc incarner Marseille en dehors des choix partisans pour ne pas être entravé lorsqu’il devra en appeler à l’Europe, l’Etat, la Région ou la Métropole. Il est de gauche avec discrétion, « vous connaissez mes idées », sans parti mais avec un parti-pris, Marseille. Une sorte de “en même temps” qu’il n’affiche pas, mais qu’il pratique pour faire face aux défis qu’il doit relever, tous frappés au sceau de l’urgence.
On le voit donc aux côtés de Sophie Joissains, maire d’Aix (UDI), et Nicolas Isnard (LR), maire de Salon et président de la Métropole, interpeller le pouvoir central pour contester un déficit de 123 millions d’euros, héritage de la précédente gouvernance de Martine Vassal qu’ils corrèlent à la baisse de dotations aux collectivités. Sébastien Lecornu, en visite sur le Vieux-Port ce jeudi, prend acte de la fronde mais si le Premier ministre assure qu’il ne « faut pas empêcher le début de mandat de la Métropole » il rappelle une antienne : « comme partout il faut faire des économies ».
Payan laisse du coup à Nicolas Isnard le soin de jouer les francs tireurs avec pour cible Martine Vassal. Le maire de Salon visait « une métropole en grand » et il constate que son alliée politique lui a laissé « une métropole en plan ». Payan se réjouit aussi de l’hypothèse de la remise à plat du dossier métropolitain par la Chambre régionale des comptes. Aux juges de pointer les dérives ou les manquements de celle qui s’est opposée à lui avec férocité lors de l’élection municipale et aux magistrats de dire tout haut ce que lui n’a dit que tout bas lorsqu’il a succédé à Jean-Claude Gaudin.
Avec 89 maires, les trois leaders locaux menacent donc de ne pas voter de budget métropolitain le 28 avril. Il y va au final de cinq milliards d’euros mais en grande partie de perspectives affichées par la seule ville de Marseille.
Cette étape franchie, Payan devra se frotter au “pays réel” et, dans la cité portuaire qu’il va diriger sept ans durant, la tâche ne sera pas aidée car les problématiques y sont comme les entrées maritimes, souvent imprévisibles.
Pour reprendre une métaphore dont il a usé d’abondance avant sa réélection, il a d’abord le devoir impérieux de « recoudre la ville ». Cela commence par tenter de combler la césure qui perdure depuis plusieurs décennies entre une ville opulente et des quartiers exsangues. Il s’appuie sur Samia Ghali, qui revendique d’être issue de ces arrondissements à l’abandon, pour dire la situation et trouver des solutions économiquement viables.
Un chantier colossal puisqu’il s’agit d’aider une population de plusieurs dizaines de milliers d’âmes à échapper à l’assignation sociale pour laquelle on l’a durablement condamnée. Un observateur avisé, Amine Kessaci, a dit en partie, pour avoir voulu être un témoin actif de l’innommable, pourquoi ces Marseillais « ne s’en sortent pas.» Il y va de l’école en danger, des transports insuffisants, des entreprises peu volontaires pour en appeler à ces Marseillais, du logement indigne. Les mains qui accompagnent souvent le langage ne suffiront pas. Il faut mobiliser les bras pour réparer dans un premier temps ce qui peut l’être et permettre dans un second temps à ces quartiers d’accéder à tout ce qui est possible aux autres: études, emplois, culture…, la liste est aussi longue que le vide à combler est grand.

Il devra avec son équipe faire aussi des choix retentissants. Réexaminer et sans doute mettre fin au projet coûteux (100 millions d’euros) et discutable porté par Mme Vassal pour relier par tram la rue de Rome aux Catalans. Et puisque la gestion des transports (RTM) revient logiquement aux Marseillais, il devra convaincre le nouveau président de la Métropole et de nombreux maires de l’opportunité de la gratuité. Il aura au passage à subir les critiques de l’extrême droite qui vient, derrière son nouveau prince Jordan Bardella, d’opérer un virage libéral et qui estime que le « système Muselier-Vassal-Payan est en phase terminale.»
Avec Michèle Rubirola, qui a déjà fait le diagnostic, il devra s’attaquer prestement à l’aspect sanitaire et sécuritaire que représente la consommation exponentielle de drogue dans la cité phocéenne qui amène chaque jour dans les hôpitaux de la ville des destins fracassés.
Il faudra en finir aussi avec le jeu de ping-pong absurde qui plongeait l’opinion publique dans la plus grande perplexité, lorsqu’était évoquée la question de la propreté. On le sait désormais : il y faut des équipes efficientes à la présence avérée sur les espaces au public dense, des citoyens disciplinés, avertis puis sanctionnés, des commerçants responsables et attachés à l’image qu’ils donnent de leur pas de porte comme de leur rue.
On attend que Marseille se mette enfin en marche, au propre comme au figuré
Le maire doit encore s’attaquer aux nuisances qui inscrivent Marseille au rang des villes les plus polluées d’Europe, les plus indisciplinées, les moins adaptées aux enjeux de la piétonisation ou à l’émergence de mobilités douces. A l’heure où, démagogie oblige certaines forces politiques tentent d’enterrer définitivement les zones à faible émission, et alors qu’un nombre significatif de villes ont réussi à pacifier leurs rues et avenues, au moment où les allergologues alertent sur des taux de pollution aux hydrocarbures insupportables, on attend que Marseille se mette enfin en marche, au propre comme au figuré.
Parce que prioritaires, ces questions obligent les élus marseillais de la majorité, d’autant que d’autres réalités se bousculent dans la file d’attente. L’insécurité bien sûr même si c’est d’abord à l’Etat de manifester sa solidarité et surtout de répondre puissamment à ce qui ressort du régalien. Le dynamisme économique pour endiguer entre autre le déclin des zones marchandes à forte confluence et incité la revitalisation du commerce de proximité. Le développement des activités tournées vers l’avenir comme les data-centers qui interpellent autant qu’ils interrogent ou de domaines en pleine expansion comme la restauration et l’hôtellerie qui ont des marges de progression importantes et ouvrent des perspectives d’emplois.
L’enrichissement de l’offre universitaire en réactivant en particulier l’ascenseur social, dans les faits plus théorisé qu’efficace, et en inventant des espaces pour favoriser l’émergence d’une agora estudiantine qui manque à ces 40 000 étudiants.
La lisibilité de l’offre culturelle peut aussi s’imposer dans une ville ou le savoir-faire – cinéma, musique urbaine, théâtre – n’est plus à démontrer, mais où le faire savoir reste déficient. La réactivation du dialogue inter-religieux et inter-communautaire est encore un chapitre à rouvrir ou à réinventer à quelques mois d’un débat national où une majorité des prétendants s’apprête à décliner sans complexe les thèmes les plus clivants, toxiques et périlleux pour le vivre ensemble.
Benoît Payan sait tout cela bien sûr. Il a su relever par le verbe qu’il maîtrise et les valeurs qu’il revendique, le défi d’une bataille. Mais la guerre qui l’attend est à l’échelle de la situation de la ville aussi vaste qu’une morne plaine.



![[Agenda] Aix-Marseille Provence : que faire ce week-end du 24 au 26 avril 2026 ?](https://gomet.net/wp-content/uploads/2026/04/agenda-we-6-120x86.png)








