Le discours d’une quarantaine de minutes du président de la République à Istres jeudi 15 janvier, dans le cadre des traditionnels voeux aux Armées, a été l’occasion d’entrer un peu dans le détail des dernières priorités du réarmement français. L’effort que souhaite poursuivre Emmannuel Macron s’effectue en anticipant de trois ans, à 2027 contre 2030, les objectifs fixés par la nouvelle loi de programmation militaire (LPM) : « Pour rester libre, il faut être craint. Pour être craint, il faut être puissant. Et pour être puissant dans ce monde si brutal, il faut faire plus vite et faire plus fort. Cela suppose que la nation consente à des efforts à la mesure de notre rude époque. Voilà pourquoi j’ai souhaité, le 13 juillet dernier, avancer à l’année 2027 l’objectif, initialement prévu pour 2030, d’atteindre un budget annuel de 64 milliards d’euros pour notre défense. »
Faire face « d’ici trois à quatre ans »
Emmanuel Macron fixe ensuite le cap, le rythme, puis l’art et la manière. « L’actualisation de la loi de programmation militaire, qui va porter ce changement d’échelle, prévoit pour la période 2026-2030 un effort supplémentaire de 36 milliards d’euros pour accélérer notre réarmement, dont 3,5 milliards d’euros dès 2026. » Ces efforts supplémentaires, dits dans le jargon « surmarche », de 36 milliards d’euros, doit soutenir trois grandes priorités, pour préserver la crédibilité opérationnelle des armées et faire face, « si nous devions y être confrontés, à un engagement majeur d’ici trois à quatre ans. »
Les trois priorités sont, pour très large partie, le fruit des expériences récentes issues des conflits en cours. Il s’agit d’abord d’augmenter les « stocks de munitions de tous types pour tenir compte du retour d’expérience des conflits en Ukraine et en mer Rouge, et nous allons renforcer en quantité et en qualité la préparation opérationnelle de nos armées. »
Deuxième axe, les moyens supplémentaires alloués pour garantir la souveraineté dans une logique de partenariat européenne. Ils se déclinent dans trois directions. D’abord, il s’agit de « se doter d’une alerte avancée qui combine système d’alerte spatiale, un système de radar de surveillance terrestre ainsi que des expérimentations. C’est la fameuse initiative franco-allemande dite Jewel, mais ce système d’alerte avancée, nous le bâtissons pour nous-mêmes », tient à préciser le chef de l’Etat. « Nous construisons un partenariat avec les Allemands pour aussi le proposer à l’ensemble des Européens. C’est ce qui va nous permettre, aussi, de consolider encore davantage la dimension spatiale de notre stratégie militaire. Dans l’espace, nous allons accélérer sur l’utilisation de constellations satellitaires en orbite basse pour améliorer la connectivité et l’acquisition de renseignements.»
La France prépare un sommet sur le spatial
À cet égard, le Président insiste sur l’ambition spatiale qui va, « elle aussi, se renforcer, qu’elle soit civile ou militaire. Avec l’objectif dans chaque composante d’associer nos partenaires allemands et italiens entre autres, de renforcer l’autonomie stratégique européenne, d’inciter les autres à suivre notre propre stratégie, qui est de réduire les dépendances à tout ce qui est non-européen. La France organisera dans quelques mois un sommet sur le spatial qui aura une composante militaire et permettra de consacrer ses efforts. Mais là-dessus, nous voulons aller vite. Nous nous doterons également prochainement de capacités d’action supplémentaires depuis le sol ou l’espace afin d’améliorer la résilience de notre segment spatial et sa protection. »
Deuxième direction dans le viseur d’Emmanuel Macron : développer les tirs dans la très grande profondeur. « Cette initiative que nous avons lancée, dite Elsa, prend tout son sens alors que nous venons d’observer pour la deuxième fois le tir d’un missile de très longue portée, dit Orechnik, par la Russie sur l’Ukraine.»
Autre direction pour renforcer le souveraineté, la défense sol-air. « Là aussi, nous avons vu avec l’Ukraine la nécessité d’aller plus vite, plus fort, les besoins. Et nous avons des capacités. En particulier, avec nos partenaires italiens et britanniques dans les missiles. Le SAMP/T Nouvelle Génération est une offre largement française et européenne qui est la meilleure au monde. Elle est plus efficace que le système Patriot. Nous devons donc accélérer la capacité à produire, accélérer la capacité à déployer, et renforcer là aussi notre autonomie stratégique et la capacité des Européens. »
Le troisième grand axe de la “surmarche” est l’amélioration de la capacité des armées à s’engager à court terme. « Ce troisième objectif se décline à travers plusieurs lignes d’action. Il s’agit d’améliorer la protection de nos forces : défense surface-air, lutte anti-drone, guerre dans le champ électromagnétique, où nous avons vu à chaque fois des nécessités d’aller plus vite parce que la compétition est plus forte. Il nous faut ensuite moderniser notre modèle d’armée avec, en particulier, des drones de tout type pour les trois armées. »

Drones : « Soyons clairs, nous sommes en retard »
Emmanuel Macron incite à aller plus vite. « Nous avons vu la capacité d’innovation et l’accélération sur le théâtre ukrainien. Et soyons clairs, nous sommes en retard. Nous sommes en retard parce que les Ukrainiens ont formidablement innové, parce que des partenaires et des industriels d’autres nations ont été plus rapides que nous et les ont peut-être moins pris de haut. Et aujourd’hui, il y a une production sur le sol européen qui est meilleure et plus en masse que celle que nous avons. Réagissons vite et fort. » Et d’inviter à « investir dans les innovations de rupture, le quantique, l’intelligence artificielle. »
Enfin, l’hôte de l’Elysée appelle à « durcir les capacités du combat terrestre, du combat naval, de l’aviation de combat et de transport. » Ces surmarches incluent en outre, pour la période 2026-2030, un effort de plus de deux milliards d’euros pour le service national.
Il assure dans la foulée son soutien aux militaires et leurs familles : « J’ai personnellement veillé à ce que les militaires du rang, les sous-officiers et enfin, en décembre 2025, les officiers, bénéficient d’un rattrapage de leurs grilles indiciaires en parallèle de la nouvelle politique de rémunération mise en place. Voilà pourquoi les Plans familles, les Plans blessés, le Plan Fidélisation 360 ont été mis en œuvre. Ils vont dans le bon sens. Et il convient, Madame la ministre (Catherine Vautrin, ndlr), de poursuivre dans cette voie. Je vous demande en particulier d’accélérer les mesures en faveur des blessés, tout spécialement les blessés psychologiques, et de me faire, avant le 13 juillet prochain, un bilan de ce plan. »
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