Les voeux aux Armées que va formuler aujourd’hui à la mi-journée Emmanuel Macron depuis Istres interviennent dans contexte international particulièrement agité, à l’heure notamment où le bras de fer entre l’Europe et les Etats-Unis sur le Groenland a franchi une nouvelle étape avec l’envoi de militaires de plusieurs pays, dont la France, sur le territoire d’Arctique, dans le cadre de « l’Opération Endurance Arctique » annoncée hier.
Un conseil de défense doit se réunir ce matin à l’Elysée avant que le Président prenne la direction d’Istres et sa base aérienne du Tubé dite « Sous-lieutenant-Monnier ». L’actualité immédiate sera, à n’en pas douter, évoquée lors du discours présidentiel. L’hôte de l’Elysée n’a pas choisi par hasard Istres. Lors d’un brief avec la presse en amont du déplacement, le palais présidentiel a expliqué les raisons de ce choix.
D’abord, sur un plan militaire, la base militaire 125 fait partie des trois bases aériennes stratégiques de l’armée de l’Air et de l’Espace. On la qualifie souvent de base aérienne XXL, « le Roissy militaire » parce qu’elle a des proportions hors normes avec 5 000 personnes qui y travaillent, parmi lesquelles 2 500 civils et militaires du ministère des Armées. Le personnel des industriels de l’aéronautique, à commencer par Dassault Aviation, représentant l’autre partie des effectifs.
Une piste de 5 km, la plus longue d’Europe
Le caractère hors-normes du site réside aussi dans ses dimensions : c’est une très grande enceinte avec 40 km de clôture, 2 500 hectares de surface. La piste de la base aérienne d’Istres fait olus de 5 km de long. C’est la plus longue d’Europe. Elle permet de réaliser différentes expérimentations et différents essais civils et militaires comme pour l’Airbus A380. C’est aussi une piste pour la déviation d’une navette spatiale s’il y avait besoin.

Les missions de la base 125 sont variées. « Outil de combat, qui vit en permanence, elle assure des missions de dissuasion nucléaire », rappelle l’Elysée. « Elle reçoit notamment, de temps en temps, des rafales chargés de délivrer le cas échéant l’arme nucléaire qu’elle abrite. Elle est chargée, via ses avions MRTT, de faire du ravitaillement en vol des forces armées stratégiques, ce qui permet de projeter au loin de la puissance. Ces avions permettent aussi des évacuations sanitaires. C’est ici qu’on y pratique aussi les essais en vol avec la délégation générale pour l’armement, pour les mises au point des aéronefs du futur. »
La création d’un hub des armées en 2024
En 2024 a été créé un terminal aéroportuaire, imaginé come un véritable hub des armées. Avec la livraison, via les deux lois de programmation militaire, de 15 Airbus MRTT, les départs et les retours de l’étranger ou vers l’outre-mer des militaires, et parfois de leur famille, se font désormais essentiellement depuis la base aérienne d’Istres et non plus depuis Roissy-Charles-le-Gaulle.
C’est vraiment un hub stratégique en termes de projection de puissance, avec des missions de dissuasion, de projection, d’essais et avec une base qui est tournée aussi vers le monde civil, souligne l’Elysée.
Outre les caractéristiques du site, la base d’Istres a été également choisie « parce qu’elle est assez symbolique de l’investissement des deux lois de programmation militaire depuis que le Président est en exercice », observe l’Elysée, qui met en avant les changements sur place : « Sur cette base, on peut constater les différentes livraisons, les différentes modernisations qui ont été opérées depuis 2017. Il y a des hangars-avions tout neufs, un terminal aéroportuaire, un centre de simulation au pilotage de MRTT. »
Ce hub des armées comprend des hébergements, de la restauration pour les passagers qui transitent ou qui résident sur place. Un nouveau mess a été également ouvert et permet de restaurer plusieurs milliers de personnes. Différents investissements ont été aussi réalisés au profit de la condition militaire avec la rénovation de foyers, d’infrastructures sportives. Tout cela participe « au bien-être, à l’attractivité et à la fidélisation » des armées, souligne-t-on.
Emmanuel Macron sur la base 125 d’Istres en juillet 2017
C’est un lieu dans lequel les fruits de la Loi de programmation militaire (LPM) sont donc « visibles », insiste l’Elysée, qui rappelle que le Président de la République s’était déplacé à Istres le 20 juillet 2017, dans un cadre particulier, avec son nouveau chef d’état-major, le général Lecointre, à l’époque. Le Président venait de prendre ses fonctions, le général Lecointre venait d’être nommé, et le Président annonçait à Istres qu’il avait pour ambition qu’une trajectoire budgétaire rejoigne un effort de défense à hauteur de 2 % du PIB en 2025.

Et de se féliciter que ce niveau soit désormais atteint. « Ce retour à Istres en 2026 permet, si besoin, d’illustrer auprès des armées que l’engagement a été tenu et que la modernisation du site, des équipements est visible. La base aérienne est complètement transformée. »
« Les Vœux aux Armées constituent un rendez-vous annuel majeur, rendant hommage à l’engagement des militaires et rappelant les priorités nationales en matière de défense. Le choix de la Région Sud pour accueillir cet événement souligne le rôle central du territoire dans la défense nationale », souligne de son côté le Conseil régional Provence-Alpes-Côtes d’Azur.
« Le rôle central du territoire dans la défense nationale » (Renaud Muselier)
Son président, Renaud Muselier, sera présent sur place, une occasion de rappeler l’engagement de la collectivité. « Afin d’accélérer l’effort national de défense, la Région Sud a engagé une stratégie de structuration et d’investissement, avec deux leviers complémentaires : le Plan Sud Défense, avec trois priorités, protéger, investir, former, et l’Opération d’intérêt régional (OIR) « Défense & Sécurité », lancée en décembre 2025 avec l’État, structurée autour de sept priorités et plus de 50 actions, avec un objectif de 500 millions d’euros mobilisés », souligne la Région Sud dans un communiqué.
La Région rappelle au passage toute l’importance du poids de la défense en Provence Alpes Côte d’Azur : 47 800 militaires (17 % des effectifs nationaux), 8 180 réservistes et 224 000 anciens combattants, 26 000 emplois dans l’industrie de défense, six milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel pour la filière défense. Les entreprises leaders sont nombreuses : Airbus, Naval Group, Thales, STMicroelectronics, Exail, Bertin Technologies, Safran, Dassault, KNDS, CNIM… Et les sites stratégiques ne manquent pas. Outre Istres, base aérienne stratégique de l’armée de l’Air et de l’Espace, Toulon constitue la première base navale d’Europe et abrite le porte-avions Charles-de-Gaulle et les sous-marins nucléaires d’attaque. Canjuers représente le plus grand camp d’entraînement d’Europe occidentale.
Et dans de nombreux territoires de la Métropole Aix-Marseille Provence des projets majeurs, comme Kairos à l’Aéroport Marseille Provence avec Airbus, le Pôle aéronautique Jean-Sarrail à Istres ou encore la plateforme d’innovation NX à l’Ecole de l’Air et de l’Espace à Salon sont en cours de développement, à la croisée des mondes militaires et économiques.
Liens utiles :
> Emmanuel Macron à la base aérienne 125 d’Istres pour monter à bord du MRTT
> Nouveau porte-avions français : comment la base navale de Toulon se prépare
> Région Sud : comment la Défense ouvre la porte à de nouveaux acteurs économiques
> Défense : l’industrie régionale en première ligne face au retour des menaces
> Notre dossier d’actualités consacré à la défense et l’aéronautique










