Sur les quais du port de Saumaty, au nord de Marseille, les filets de pêche côtoient désormais des équipements industriels d’un genre nouveau. C’est ici, au contact direct de la Méditerranée, que la start-up Seawards a décidé d’implanter son premier site opérationnel.
« Une étape majeure » qui marque le passage de l’entreprise de la phase de recherche et développement à une phase opérationnelle pour sa technologie de dessalement de l’eau de mer par cryo-séparation. Objectif : valider un procédé alternatif aux solutions existantes et préparer une montée en échelle industrielle.
Une technologie « sobre et durable » grâce à la cryo-séparation
Créée en 2021 par Hubert Montcoudiol et Hervé de Lanversin, deux anciens professionnels des marchés financiers, Seawards développe un procédé reposant sur la cristallisation de l’eau douce afin de la séparer naturellement du sel. Contrairement aux technologies les plus répandues, notamment l’osmose inverse, la solution proposée n’utilise ni membranes, ni produits chimiques, et ne génère pas de rejets polluants dans le milieu marin.
« La cryo-séparation permet de produire de l’eau douce tout en respectant intégralement l’écosystème marin, répondant à la demande croissante de solutions sobres et durables », souligne la start-up. Un argument de poids à l’heure où la pression sur la ressource en eau s’intensifie, y compris dans des régions jusqu’ici relativement épargnées, et alors que près de la moitié de la population mondiale, selon les Nations unies, pourrait vivre sous stress hydrique d’ici à 2030.
Saumaty, un « laboratoire » à ciel ouvert
L’installation sur le site de Saumaty doit ainsi permettre à l’entreprise de confronter son prototype à des conditions proches de l’exploitation industrielle. Le site offre un accès direct à la mer et expose la technologie aux contraintes opérationnelles réelles : variabilité de la qualité de l’eau, conditions météorologiques et exigences logistiques portuaires.
Pour Seawards, cette phase est déterminante. « L’installation à Saumaty offre un environnement idéal pour tester le prototype, valider ses performances et préparer le futur démonstrateur, expliquent les deux cofondateurs. C’est ici que notre technologie entre dans la vraie vie, incarnant cette industrie régénérative, où la technologie travaille en symbiose avec le milieu naturel. » Une étape « fondatrice », soulignent-ils, qui doit permettre de consolider la fiabilité du procédé avant d’envisager une montée en échelle et, à terme, une commercialisation.

Le projet bénéficie du soutien de la Région Sud et de la Métropole Aix-Marseille-Provence. Il s’inscrit dans un contexte plus large de transformation du port de pêche de Saumaty, engagé dans une reconversion progressive au sein du projet Grand Estaque, qui vise à faire émerger un pôle d’innovation dédié aux activités maritimes et industrielles.
Une équipe pluridisciplinaire
Le développement du procédé est assuré par une équipe de neuf personnes, placée sous la direction de Nicolas Zanese, directeur technique de l’entreprise. Les compétences mobilisées couvrent la thermique, l’énergie, la mécanique, l’électrotechnique, l’automatisation, ainsi que les sciences de l’environnement, la microbiologie et l’analyse physico-chimique.
L’objectif est d’optimiser le fonctionnement du système, d’en automatiser les opérations et de garantir la fiabilité des analyses de l’eau produite. Cette phase doit préparer la réalisation d’un démonstrateur industriel, préalable à toute diffusion à grande échelle.
Un développement soutenu par les pouvoirs publics et privés
Seawards a déjà sécurisé plusieurs leviers de financement et d’accompagnement. La start-up est lauréate du programme Innov’Eau, opéré par l’Ademe, et a levé 3 millions d’euros auprès d’investisseurs privés. Elle est également intégrée à des dispositifs d’accompagnement à l’international, notamment via Team France Export et Business France, et participe à des délégations dans le cadre de France 2030 et Vision 2030.
Ces soutiens institutionnels viennent confirmer, selon la start-up qui se positionne comme un acteur de l’économie bleue, la solidité scientifique de la technologie développée et son potentiel stratégique, alors que la sécurisation de l’accès à l’eau douce est appelée à devenir un facteur clé de stabilité économique et politique dans les décennies à venir. « Il s’agit aussi d’un enjeu de souveraineté hydrique », plaident Hubert Montcoudiol et Hervé de Lanversin.
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