Le Salon Euromaritime 2026 ouvre ses portes ce mardi 3 février au parc Chanot et le choix de Marseille pour accueillir, depuis 2020, ce rendez-vous incontournable de l’économie maritime, porté par le Gican (le Groupement des industries de construction et activités navales), à la fois vitrine technologique, plateforme d’affaires et forum de réflexion sur l’avenir du secteur, ne doit certainement rien au hasard.
2,88 milliards d’euros de chiffre d’affaires
Avec 2,88 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 8 595 emplois directs, la région Provence-Alpes-Côte d’Azur s’impose en effet comme l’un des poids lourds de l’industrie navale française. Elle concentre à elle seule 18,1 % du chiffre d’affaires national de la filière et 15 % de ses effectifs, se classant derrière les Pays de la Loire mais devant la Bretagne et l’Île-de-France en valeur produite. Au total, 149 établissements y sont recensés, soit 16,1 % des sites français.

À l’échelle nationale, la filière navale représente 15,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires répartis dans plus de 770 entreprises, majoritairement des PME et TPE. Cinq régions – Pays de la Loire, Bretagne, Provence-Alpes-Côte d’Azur, Île-de-France et Normandie – concentrent 84 % de cette activité.
Dans cet ensemble, PACA occupe une place stratégique, à la fois par la diversité de ses activités et par son exposition aux enjeux de défense, de transition énergétique et d’innovation technologique.
Un modèle centré sur la réparation, le MCO et le yachting
Contrairement à d’autres régions davantage tournées vers la construction neuve, l’activité navale en Paca est majoritairement consacrée à la réparation, à la transformation et au maintien en condition opérationnelle (MCO), tant pour les navires civils que militaires. Les grands sites de réparation navale se concentrent à Marseille, Toulon et La Ciotat, cette dernière étant devenue le premier pôle mondial dédié au refit de yachts d’exception.
La grande réparation marseillaise s’organise autour du Chantier Naval de Marseille (CNdM) et de sa forme 10, son bassin de réparation navale aux dimensions hors normes, tandis qu’une trentaine de chantiers et de donneurs d’ordre intermédiaires structurent le segment de la grande plaisance. En 2025, le CNdM a franchi le seuil des 100 millions d’euros de chiffre d’affaires, porté par la dynamique des marchés de la croisière et de l’offshore. Le site renforce parallèlement son positionnement sur les nouveaux carburants, avec une première intervention de mise en froid des cuves GNL sur des paquebots propulsés au gaz naturel liquéfié.

À La Ciotat, le marché du refit de superyachts attire également des investisseurs internationaux : Monaco Marine a ainsi été racheté à l’été 2025 par l’américain Safe Harbor Marinas, marquant l’entrée du groupe texan sur le marché méditerranéen du refit de grande plaisance. Le site a par ailleurs renforcé ses dispositifs environnementaux, notamment par l’installation d’un système de traitement et de recyclage des eaux de carénage et de ruissellement, supprimant les rejets en mer.
Un ancrage militaire déterminant
La dimension défense constitue l’autre pilier du modèle régional. Au premier rang, Naval Group qui emploie 4 247 salariés à Toulon, Ollioules et Saint-Tropez. Le groupe y conduit des activités d’études, de conception de systèmes de combat, de cybersécurité et de MCO des navires militaires. À Toulon, outre le lancement officiel de la construction du porte-avions nouvelle génération (PA-NG), le maintien en condition opérationnelle de la flotte s’appuie sur la modernisation de la darse Missiessy, engagée depuis 2019 dans le cadre du programme Barracuda. Deux bassins sur trois ont été rénovés, avec la mise en service du bassin Missiessy n°2 en 2025, l’adaptation aux normes antisismiques et l’installation de dispositifs de couverture afin d’accueillir les nouveaux sous-marins nucléaires d’attaque de classe Suffren.
Une spécialisation qui contribue fortement au poids économique du Var, qui concentre à lui seul 1,418 milliard d’euros de chiffre d’affaires et 5 944 emplois directs dans la filière. Les Bouches-du-Rhône représentent pour leur part 1,007 milliard d’euros et 2 267 emplois directs. Ensemble, ces deux départements structurent l’essentiel de l’empreinte navale régionale.

Drones, robotique et systèmes autonomes : un écosystème d’excellence
La région Sud se distingue également par la concentration de ses activités liées aux drones et aux systèmes automatisés. Exail (ex iXblue, La Ciotat), leader des drones sous-marins, y réalise 320 millions d’euros de chiffre d’affaires. L’entreprise a annoncé en 2025 la première vente de son drone transocéanique DriX O 16 Océan à un client civil asiatique – un navire autonome de 16 m qui a parcouru près de 2 000 km en autonomie complète entre La Ciotat et le Portugal pour participer à des exercices de l’Otan en septembre dernier.
Plusieurs ministres annoncés
Dans le cadre du Salon Euromaritime qui réunit à Marseille les principaux acteurs des industries de la mer et du transport maritime, Philippe Tabarot, ministre des Transports, Catherine Chabaud, ministre déléguée chargée de la Mer et de la Pêche et Sébastien Martin, ministre délégué chargé de l’Industrie, profiteront de l’événement pour réunir le comité stratégique de filière (CSF) des industriels de la mer, le jeudi 5 février en fin de matinée.
Ce comité permettra de « passer en revue les avancées sur les quatre axes de la feuille de route du CSF : la souveraineté industrielle, la transition écologique, le soutien à l’innovation et à la R&D, et l’attractivité des métiers et des compétences », explique-t-on dans l’entourage des ministres.
Alseamar (Rousset), spécialiste de la mousse syntactique, a triplé de son côté son chiffre d’affaires en dix ans pour atteindre 51 millions d’euros grâce à la diversification de ses activités dans les drones et munitions sous-marins. La société a signé son plus important contrat avec la Direction générale de l’armement pour la livraison, avant octobre, de cinq planeurs SeaExplorer, des drones acoustiques longue portée destinés à renforcer les capacités de détection sous-marine.
Tout un écosystème (Delair, Sirehna, Arkeocean,Comex, Marine Tech, SeaOwl…) qui sera bientôt renforcé par le futur centre d’excellence de Naval Group à La Londe-les-Maures, dédié aux drones et systèmes autonomes, d’ici 2027.
Transition énergétique et énergies marines renouvelables
La région est également engagée dans les énergies marines renouvelables. En 2025, la ferme pilote Provence Grand Large, composée de trois éoliennes flottantes au large de Port-Saint-Louis-du-Rhône, est entrée en service, une première en France. Les flotteurs ont été fabriqués ou assemblés par Eiffage Métal à Fos-sur-Mer, confirmant l’ancrage industriel régional sur l’éolien flottant.
Cette diversification s’inscrit dans un contexte national où l’industrie navale contribue fortement à la balance commerciale, avec 56 % de son chiffre d’affaires réalisé à l’export, proportion qui atteint près de 83 % pour le maritime civil.
Une empreinte socio-économique élargie
Au-delà des 8 595 emplois directs, la filière génère 5 725 emplois indirects et 4 813 emplois induits en Paca, témoignant d’un effet d’entraînement significatif sur l’économie régionale. L’écosystème repose sur environ 150 TPE et PME, complétant l’action des grands systémiers et équipementiers, dont Thales (sonars), Airbus Helicopters (marinisation), Moteurs Baudouin, CMR Group, FCE, Sonovision, Themys et France Hélices, ainsi que TechnicAtome à Aix-en-Provence pour les chaufferies nucléaires. Sans compter un volet formation et R&D reconnu, assuré par de nombreux acteurs (UIMM, ENSM, École Centrale de Marseille, SeaTech), et par des sites d’excellence comme le Technopôle de la Mer à La Seyne-sur-Mer, l’Ifremer et le Pôle Mer Méditerranée.
« Avec plus de 58 200 emplois directs au niveau national, un chiffre d’affaires en croissance qui atteint aujourd’hui 16 milliards d’euros, et un ancrage territorial qui irrigue l’ensemble des régions maritimes et ultramarines, notre filière demeure un vecteur essentiel de création de valeur, de technologies avancées et d’emplois qualifiés », souligne Pierre Eric Pommellet, le président du Gican, et PDG de Naval Group, qui appelle à faire de la réindustrialisation maritime le « fil conducteur » de l’action collective, en misant sur l’investissement, l’innovation, la décarbonation et la montée en compétence. Des propos qu’il ne devrait pas manquer de répéter lors du Salon Euromaritime qui s’ouvre aujourd’hui.
Document source : le Cahier du Maritime dans les Territoires
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