Lors de la présentation du bilan du plan « Guerre du feu » par Renaud Muselier, président de la Région Sud, le 1er octobre, François de Canson, vice-président de la Région en charge de la prévention des risques majeurs, a annoncé un financement de 90 000 euros pour soutenir les recherches sur l’intelligence artificielle menées par l’Entente Valabre, centre régional de référence en matière de prévention et de gestion des incendies.
Egalement prèsent ce jour-là, le colonel Ludovic Inès, directeur général adjoint de l’Entente Valabre, explique à Gomet’ les enjeux et les applications concrètes de ce projet qui ambitionne de transformer la lutte contre les feux de forêt.
François de Canson a annoncé qu’une aide de 90 000 € était sur le point d’être votée pour vos recherches sur l’intelligence artificielle. En quoi consistent-elles ?
Ludovic Inès : Aujourd’hui, on parle beaucoup d’intelligence artificielle dans de nombreux domaines, mais on s’aperçoit que dans l’approche du feu, au sens large, elle est peu ou pas utilisée. Or, l’intelligence artificielle pourrait nous aider car le nombre de données disponibles est suffisamment conséquent pour appréhender l’évolution d’un feu et l’orientation qu’il pourrait prendre. Elle peut aussi être utile pour la défense de la forêt contre l’incendie. Cette approche tend à se développer et la Région, à nos côtés, nous aide à avancer sur ce projet d’intégration de l’intelligence artificielle, notamment sur les volets prévention et anticipation.
Concrètement, sous quelle forme cette intelligence artificielle peut-elle être appliquée ?
Ludovic Inès : En premier lieu, il faut s’apercevoir que les données existent. Donc ne partons pas tout de suite sur une approche matérielle, mais restons d’abord sur ce que nous avons. Quelles sont les données disponibles et comment pouvons-nous les incrémenter dans quelque chose de plus puissant que le cerveau humain, pour nous aider dans la prévention et dans la lutte ? Si je caricature, nous avons des anciens qui ont des connaissances des « couloirs de feu ». Les feux partent quasiment toujours des mêmes endroits et prennent à peu près la même direction, guidés par le vent, le relief ou les deux. Le feu progresse toujours dans des conditions similaires : conditions météo, état de la végétation, relief identique.
Mais cette mémoire humaine a du mal à se transmettre puisqu’elle repose sur l’expérience. L’objectif, c’est donc d’intégrer toutes ces données dans une approche d’intelligence artificielle. Demain, les outils seront interconnectés : drones, moyens aériens, sapeurs-pompiers. Plutôt que de dire « je pense que le feu ira à tel endroit », l’intelligence artificielle nous guidera dans cette démarche. Elle nous permettra à la fois d’anticiper l’évolution du feu et de savoir où placer les moyens.
Lors des grands feux dans l’Aude, cet été, l’IA a déjà été utilisée, à travers des drones. Avons-nous ce type de dispositif en Région Sud et en quoi consiste-t-il ?
Ludovic Inès : L’intelligence artificielle à travers les drones, c’est par exemple la détection d’un point chaud grâce à une vision infrarouge, beaucoup plus puissante que l’œil humain. Mais une fois le point chaud détecté, il faut le localiser. Et pour cela, on a besoin d’une IA capable de géolocaliser le point de feu précisément, et non pas “peut-être” à tel endroit.
En Région Sud, ce type de dispositif existe. Dans le Var, le Sdis 83 a mené un projet expérimental utilisant des drones équipés de capteurs et de technologie Lidar pour cartographier la végétation en 3D et renforcer la prévention des feux de forêt. L’Entente Valabre, via son Pôle Nouvelles Technologies et Gestion des Risques, y joue un rôle clé en accompagnant le Sdis dans le développement et l’analyse de ces outils innovants. Un vol inaugurant s’est déroulé le 7 avril 2025.

Où en sont ces recherches aujourd’hui ?
Ludovic Inès : Nous avons déjà commencé à travailler sur ces sujets. Le financement va surtout nous permettre d’aller plus vite. Le problème aujourd’hui, c’est que la collecte de données se fait à de multiples endroits. L’ensemble des données existe, mais elles sont éparpillées. L’intelligence artificielle doit nous aider à les regrouper et à les restituer dans un but précis : la prévention, la lutte et donc l’anticipation.
Certaines données proviennent de Prométhée, qui centralise les départs de feu ; d’autres de l’université de Corte, qui développe un moteur de propagation du feu basé sur l’IA. Nous-mêmes, à l’Entente Valabre, nous disposons d’une expertise sur la propagation du feu en fonction du vent et du relief. Ces informations, associées à la connaissance du territoire – couloirs de feu, densité de végétation, habitat – constituent la base. Grâce à des outils comme le Lidar, on peut déterminer la densité de la végétation et donc la masse combustible. Si l’on ajoute les conditions météo et la topographie, l’IA peut en déduire la puissance du feu potentiel.
Ces données-là, elles existent un peu partout et l’intérêt de ce financement, c’est de déterminer comment les utiliser de façon beaucoup plus rapide que ce que sait faire l’intelligence humaine. Alors l’intelligence artificielle ne nous dira pas ce qu’on doit faire. Elle nous proposera des idées. Et là, l’intelligence humaine viendra pour dire quelles idées paraissent pertinentes, ou non. Si vous me dites aujourd’hui que pour combattre ce feu, il faut 20 Canadairs, alors que je n’en ai que 12, je sais que je vais devoir faire autre chose que ça…
Le but est donc de créer une plateforme régionale unifiée des données sur les incendies, capable d’aider les décideurs à agir plus vite et plus efficacement. Et surtout de disposer à portée de main des réflexes d’analyse qui parfois mettent des années à être acquis.
Au-delà de la Région qui s’est engagée à voter cette aide de 90 000 euros, avez-vous d’autres sources de financement ?
Ludovic Inès : Pas à ce stade. Les recherches se faisaient jusqu’ici de façon un peu éparse. L’université de Corte travaille sur des projets européens, nous-mêmes sur d’autres programmes portés avec les départements ou les Sdis. Chacun avance dans son domaine car on doit avoir aussi un certain nombre d’éléments.
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