Samy Slim, le directeur général de Telehouse en France, filiale basée à Paris (150 personnes) du groupe japonais de télécoms KDDI, était invité jeudi 2 octobre à intervenir lors du Forum d’Aix-Marseille organisé par Provence Promotion et le cabinet DZA. Il a répondu aux questions de Gomet’ au lendemain de la première réunion publique relative au projet de data center « Cezanne » aux Pennes-Mirabeau programmé sur une surface de près de 18 000 m2. Environ 200 millions d’investissements et 200 emplois, dont 40 directs, sont en jeu. Explications.
Où en êtes-vous du projet de data center aux Pennes-Mirabeau ? Quelles sont les étapes franchies et à venir ?
Sami Slim : Le projet vient de commencer parce que l’enquête publique a démarré tout début septembre avec une première réunion publique qui a eu lieu mercredi 1er octobre au soir à la mairie des Pennes-Mirabeau. C’est une concertation avec les habitants et le public de manière à enrichir le projet et faire en sorte qu’il se fasse dans les meilleures conditions d’acceptabilité. Et donc ce processus va durer plusieurs mois et il arrivera à son terme à la fin de l’année calendaire avec une décision des autorités qui devrait intervenir dans le courant du 1er trimestre 2026.

Concernant cette première réunion, comment s’est-elle passée ? Est-ce que vous êtes satisfait ? Est-ce qu’il y a des inquiétudes qui remontent ?
Sami Slim : Oui, il y a des inquiétudes. La réunion, me semble-t-il, s’est bien déroulée parce que c’est un moment démocratique de partage et d’écoute. Je pense que il y a eu une bonne écoute entre les deux parties. Les revendications et les inquiétudes sont extrêmement légitimes de la part de la population. Nous allons les intégrer dans le projet. C’est le but de cette consultation afin qu’elle puisse permettre à chacun de s’approprier nos projets.
Quels sont les types de préoccupations qui vont être intégrées au projet ?
Sami Slim : La gestion de l’eau et des inondations, la gestion urbanistique et d’arrivée électrique sont des sujets de préoccupation légitime de la population et ils seront bien entendu réétudiés, traités pour prendre compte ce que on a entendu hier, et que l’on estime parfaitement légitime pour que ce projet puisse se dérouler avec une harmonie satisfaisante et une acceptabilité de la population locale.

Pouvez-vous rappeler quel est le type de data center que vous projetez et l’investissement mobilisé ?
Sami Slim : Il s’agit d’un centre de données orienté connectivité, branché aux câbles maritimes et terrestres. L’investissement est d’environ 200 millions d’euros avec la création de 200 emplois directs et indirects sur place, ainsi qu’un réseau de chaleur récupérable qui permettra, avec le concours des autorités locales, de réchauffer jusqu’à 4 000 foyers via un investissement public.

Le site est situé sur la zone d’activités des Sibylles, où se trouvent des plateformes logistiques actuellement, en bordure d’autoroute, sur un foncier qui n’est pas occupé actuellement.
Telehouse est-il déjà présent sur le territoire d’Aix-Marseille ?
Sami Slim : C’est notre première implantation à Marseille. Nous avions une antenne, à l’époque, chez Jaguar Network devenu Free Pro. C’était une phase de test de la région. Elle a été un succès et nous a incité à venir avec nos propres centres sur le territoire. Notre équipement local est toujours existant mais sur une petite surface. Le projet aux Pennes est de donner une autre envergure à notre présence.
Pourquoi venir sur cette zone ?
Sami Slim : C’est d’abord l’intérêt géographique de la région. Il est évident avec la proximité des câbles sous-marins et des câbles terrestres, et la capacité d’être une plateforme qui relie le monde numérique aussi bien en France qu’en Europe, que vers l’Afrique et le Moyen-Orient.
Globalement, sur la France, quels sont les investissements de Telehouse ?
Sami Slim : C’est un milliard d’euros d’investissements en France sur cinq ans entre 2024 et 2029, dont la moitié en Ile-de-France et l’autre moitié en région Sud. Après Les Pennes-Mirabeau, il restera donc une enveloppe de 300 millions à investir sur la métropole d’Aix-Marseille à condition bien sûr que le projet soit un succès.
Quels sont vos partenaires ? Comment travaillez-vous avec le tissu local, les énergéticiens notamment ?
Sami Slim : Oui, il y a un tissu industriel local qui est extrêmement riche et qui permet d’être très confiant dans la capacité à livrer le data center en temps et en heure, avec une approche très qualitative. Il y a tout ce qu’il faut en terme d’électriciens, d’énergéticiens, de plomberie, de chauffage, de fibre optique. Toutes les compétences existent dans la région et donc nous n’avons aucune inquiétude.

Vous ne dépendez pas de la ligne haute tension de 400 000 volts projetée par RTE ? Vous êtes déjà sécurisés en termes de contrat de fourniture ?
Sami Slim : Oui, tout à fait.
Qu’est-ce qui différencie Telehouse d’autres opérateurs de data centers ?
Sami Slim : Nos centres servent, comme je le dis souvent, à être des « Rungis du numérique », des centres de distribution du contenu et pas de production. Donc nous réalisons des plus petits data centers dont la fonction est d’interconnecter les fibres optiques entre le maritime et le terrestre pour que le contenu se rapproche des utilisateurs. Nous ne nous adressons par aux Gafam, qui veulent des gros centres. Nous proposons donc d’autres types d’objets, différents de ceux que vous pouvez voir sur le marché actuellement. Ce sont plutôt les entreprises locales, les opérateurs locaux, bref tout le tissu télécom et de distribution de contenus numériques qui constituent notre clientèle.

Le marché est-il là ?
Sami Slim : Oui, le marché est là parce que la région bénéficie, comme je l’ai souligné, d’un atout géographique majeur. Maintenant, il faut que ce soit accepté par les parties prenantes locales. Et c’est le processus actuel qui va le déterminer.
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