Le marché de l’immobilier et du logement sont frappés par une grave crise aux multiples facteurs. Pour mieux comprendre la situation, analyser la conjoncture plus récente et connaître les mesures et la stratégie mises en place, nous avons interrogé en septembre (*) Christine Fabresse, la présidente de la Caisse d’épargne CEPAC et Jérémy Estrader, le directeur général adjoint de la banque coopérative, leader sur le territoire.
Malgré les incertitudes, il y a selon eux des raisons d’espérer. Premier volet de notre entretien aujourd’hui sur la conjoncture économique générale. Et retrouvez demain vendredi, lundi et mardi prochains la suite de cette grande interview et l’ensemble dans son intégralité à paraître dans notre nouvel Hors-série Logement 2025.
« Les grandes transformations de la société se font en période de crise » (1/4)
Pour commencer, un mot sur votre perception du contexte économique actuel ?
Christine Fabresse : L’économie a horreur de l’incertitude. La situation dans laquelle nous nous trouvons ne crée pas le cadre dont ont besoin les entrepreneurs, mais aussi les ménages. On va parler de logement. Or on sait que pour 90 % de la population française, le logement est l’une des charges les plus élevées. On a besoin de s’engager pour un logement sur du long terme. Et pour cela, il faut avoir confiance sur le fait que son emploi va être préservé, que l’on aura les mêmes revenus, que la famille ne sera pas mise à mal, que tout ne va pas augmenter…
Du côté des investisseurs, il y a un attentisme sur un certain nombre de projets, pas forcément que pour les très grands groupes. Il y a un attentisme généralisé parce que l’on se dit : « On va d’abord voir dans quel cadre on va pouvoir exercer nos activités, quels vont être nos marchés alors que la consommation est plutôt en berne ». Pour autant, dans ce monde « secoué » où l’on a vu un seul homme, Donald Trump, venir perturber intégralement la planète d’un point de vue des échanges mondiaux, j’essaie toujours de retenir les éléments qui sont sont plutôt positifs.
Quels sont-ils ?
Christine Fabresse : D’abord, sur cette première partie de l’année, nous constatons que l’inflation reste très basse, tout comme les coûts de l’énergie. La parité avec le dollar évolue en faveur de l’euro. Et même si la conjoncture est loin d’être dynamique, il n’y a pas de décroissance malgré tout ce que l’on peut entendre. L’autre point que je veux souligner, c’est la résilience des entrepreneurs. C’est très marquant. Depuis ces dernières années, et notamment depuis la période du Covid, nous avons des TPE-PME, des professionnels, des entreprises petites ou grandes dans tout le pays, qui ont une sacrée résilience. Cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de risques ni de défaillances, mais les entrepreneurs résistent dans ce monde où l’agilité doit être la première règle.
Cette résilience est-elle particulièrement marquée sur notre territoire ?
Christine Fabresse : Oui, on a beaucoup de chance. Notre territoire est d’une très grande richesse et d’une très grande résilience, parce qu’il est multi-activités et multi-tailles d’entreprises. Il y a des territoires français sur lesquels tout est très concentré, dans l’industrie, dans la cosmétique… avec des bassins d’emploi qui sont limités. Ici, nous avons de l’industrie, du service, de l’immobilier évidemment, du THR (transport – hôtellerie – restauration, ndlr). Toutes les catégories d’activité sont représentées avec toutes les tailles d’entreprises, avec un leader mondial dans les transports, des ETI très structurées à l’international et la petite entreprise qui a une capacité à être agile avec d’autres types de contraintes mais aussi d’autres avantages dans ce monde qui bouge.
Au-delà, nous avons cette situation géographique qui fait que l’on reçoit des flux migratoires plutôt positifs. Il ne faut pas l’oublier. Dans un pays qui est vieillissant, c’est une chance de voir des gens qui viennent pour investir, pour travailler ou pour leur retraite.
Ces moments d’incertitudes voire de crise créent aussi des opportunités. Les actifs sont plutôt à bon prix dans ce contexte…
Christine Fabresse : C’est là que les chefs d’entreprise sont résilients. Certains s’en sortent admirablement bien car dans un moment de crise, ils saisissent des opportunités. Je ne connais pas de très grande transformation en dehors des crises. C’est mon côté positif. Je ne veux pas voir le monde avec le verre à moitié vide sinon on devient tous dépressif ! Les grandes transformations de la société se font en période de crise. Les grandes transformations dans les entreprises se font aussi dans ces périodes, parce que ce sont des moments où l’on se remet en question, où l’on essaie de faire autrement, de faire mieux souvent avec moins dans un cadre plus contraint et cela donne beaucoup d’agilité. Evidemment, cela ne suffira pas, les entrepreneurs ont besoin d’être soutenus.
Demain vendredi 10 octobre, le second volet de notre entretien :
Immobilier, une vraie reprise en 2025 mais qui va prendre du temps pour se renforcer
(*) Lundi 8 septembre.












