L’escalade militaire au Moyen-Orient, déclenchée par l’offensive américano-israélienne contre l’Iran le 28 février, provoque un choc rapide sur les chaînes logistiques internationales. Dans un point de situation publié le 10 mars, l’Union TLF (entreprises de Transport et de Logistique de France) et sa branche internationale, TLF Overseas, alertent mardi 10 mars sur les perturbations déjà visibles dans le transport aérien, maritime et routier, avec des conséquences directes pour les opérateurs français.
Trafic aérien : la capacité de fret chute de 30 % entre l’Europe et l’Asie
Dans l’aérien, l’impact est immédiat. Plus de 30 000 vols ont été annulés depuis le début du conflit, soit près de 20 % du trafic mondial. Les espaces aériens de plusieurs pays de la région restent fermés et les grands hubs du Golfe, comme Dubaï, Abu Dhabi ou Doha, fonctionnent en mode fortement dégradé.
La capacité de fret sur l’axe Asie – Moyen-Orient – Europe a ainsi chuté d’environ 30 %. « L’arrêt brutal de ces hubs a créé une discontinuité majeure dans les échanges entre l’Union européenne et l’Asie du Sud-Est », observe Philippe de Crécy, président de TLF Overseas. Selon lui, la crise entraîne déjà « une recomposition en urgence des flux », avec une hausse des taux de fret de 5 à 15 %, des surcharges carburant et des délais d’acheminement plus longs.

La désorganisation du transport maritime
Le transport maritime est également très concerné. Bien que le détroit d’Ormuz ne soit pas officiellement fermé, il est de facto paralysé : les principales compagnies ont ordonné à leurs navires de se mettre à l’abri et les réservations vers le Golfe persique sont suspendues. Début mars, 138 porte-conteneurs étaient immobilisés dans la zone, dont des unités de CMA CGM.
La situation intervient alors que la route du canal de Suez est déjà largement contournée depuis fin 2023 en raison de l’insécurité en mer Rouge. « La crise du Golfe produit l’effet redouté : une désorganisation qui se propage en cercles concentriques jusqu’aux hubs asiatiques et aux grandes routes commerciales mondiales », souligne Anne-Sophie Fribourg, vice-présidente de TLF Overseas. Les armateurs ont d’ores et déjà annoncé des surcharges pouvant atteindre 4 000 dollars par conteneur vers le Golfe.
Prix du gazole : menace sur le transport routier
Enfin, la crise pèse aussi sur le transport routier de marchandises en Europe. En France, le prix du gazole a bondi de plus de 16 % en moins de deux semaines, portant la hausse à près de 22 % depuis le début de l’année. Pour un secteur où le carburant représente environ 25 % des coûts d’exploitation, la pression financière est immédiate. « Une hausse aussi soudaine peut rapidement mettre en péril des entreprises qui n’ont pas les reins suffisamment solides pour l’absorber », alerte Jean-Thomas Schmitt, président de l’Union TLF.
Face à cette situation, l’organisation professionnelle indique renforcer son suivi de la crise avec les pouvoirs publics et travailler sur des mesures susceptibles de soulager la trésorerie des entreprises du secteur, dans un contexte déjà marqué par une conjoncture fragile et une hausse des défaillances.
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