Le Musée du Niel, le lieu culturel qui monte. Lové dans la crique et petit-port éponymes, le « Niel » offre encore cet été un très bel accrochage issus de la collection du fondateur du site, le collectionneur d’art Jean-Noël Drouin, féru de la peinture abstraite du 20e siècle. Nous avions apprécié l’année dernière l’hommage à Dubuffet et son influence, la presqu’île de Giens célèbre cette fois la couleur dans l’abstraction. Et la démonstration vaut bien un nouveau détour au bord de l’eau avec vue imprenable sur le bleu Méditerranée.

Après avoir exploré les origines de sa collection à travers Entretiens avec 17 peintres non figuratifs de Jean Grenier en 2023, puis la confrontation entre la Nouvelle École de Paris et Supports/Surfaces en 2024, avant de consacrer une exposition à Dubuffet et les magiciens en 2025, le Musée du Niel propose donc en 2026un nouveau regard sur ses collections avec « L’Abstraction est une couleur ».
Quand la couleur peine à s’imposer
L’exposition s’attache à mettre en lumière les relations complexes qu’entretiennent couleur et abstraction dans la seconde moitié du XXe siècle. Un dialogue marqué, selon le commissaire Antoine Villeneuve, par une forme de combat esthétique.
Dans l’après-guerre, l’abstraction dominante privilégie souvent des palettes sobres où prédominent le noir, le blanc et le gris. Dans ce contexte, la couleur apparaît comme un élément difficile à imposer dans le langage abstrait. L’exposition montre comment plusieurs artistes ont néanmoins contribué à lui redonner toute sa place. Certains, comme Jean Dewasne, y parviennent par la rigueur géométrique. D’autres, tels que Georges Mathieu, Gérard Schneider, Serge Poliakoff, Hans Hartung ou encore Fabienne Verdier (venue au musée présentée son travail), s’appuient sur la puissance du geste et de l’abstraction lyrique. Chez Simon Hantaï, la couleur devient même le sujet central de l’œuvre.
Une histoire transatlantique
Le parcours met également en perspective les échanges artistiques entre l’Europe et les États-Unis. Plusieurs artistes américains revendiquent l’héritage de Henri Matisse et placent la couleur au cœur de leur démarche abstraite. C’est notamment le cas de Shirley Jaffe, Sam Francis, Kimber Smith et James Bishop, dont les œuvres témoignent d’une réinvention de la peinture par la couleur.















Une « couleur abstraction »
À travers ces trajectoires, le Musée du Niel propose de retracer une histoire faite de résistances, de renouvellements et de circulations artistiques. Une histoire dont émerge ce qu’Antoine Villeneuve qualifie de « couleur abstraction », un langage pictural où la couleur n’accompagne plus l’abstraction mais en devient l’une des expressions fondamentales. « De ces combats, de cette résistance, de cette renaissance, de ces interconnexions, émergent une sensation, un sentiment, voire un langage, éclatants ou sombres, que l’on peut qualifier de « couleur abstraction » », souligne Antoine Villeneuve, commissaire de l’exposition.
Cette nouvelle présentation confirme la volonté du Musée du Niel de valoriser sa collection à travers des lectures thématiques renouvelées, en mettant en perspective les grands mouvements de l’art abstrait du XXe siècle. « L’Abstraction est une couleur » se visite jusqu’au 1er novembre 2026.
Musée du Niel, la magie du lieu
Malgré l’afflux touristique estival, la presqu’île de Giens à Hyères dans le Var conserve, même en pleine saison, sa beauté solaire, entre salins, plages, corniches et belles villas. A la fois sauvage et raffinée, il faut se laisser guider par les routes, chemins et sentiers pour aimer cette péninsule qui nous emmène tout droit vers les magnifiques îles du Parc National de Port Cros. On les aperçoit depuis les superbes maisons perchées en surplomb de la mer comme autour du noyau villageois de Giens.
Certaines bâtisses connaissent des destins nouveaux où s’invite l’art, comme ce fut le cas dans la fameuse Villa Noailles sur les hauteurs de Hyères, résidence des mécènes de Noailles, ou juste en face sur l’île de Porquerolles avec la Villa Carmignac. Sur la presqu’île de Giens, dans l’anse du port du Niel, un autre collectionneur inspiré, Jean-Noël Drouin a ouvert en 2023 un bijou, le Musée du Niel. La restauration de la villa qui accueille des expositions issues des collections d’art de l’après-guerre de l’hôte des lieux, est très réussie.
Le musée a pris place dans une villa construite en 1962 au Port du Niel. Sa réhabilitation a été confiée à l’Agence Vialla Pouliquen Architectes, (Toulon) qui a préservé l’esprit moderniste du bâtiment. Reconnaissable à ses volumes géométriques sur trois niveaux et à ses balcons ouverts sur l’horizon marin, l’édifice offre près de 300 m² d’espaces d’exposition organisés en demi-niveaux baignés de lumière naturelle.
Les aménagements paysagers ont été réalisés par ALEP – Ateliers Lieux et Paysages (Cadenet, 84). Terrasses et jardins accompagnent la visite et offrent des vues exceptionnelles sur la rade d’Hyères et l’archipel des îles d’Or.














Liens utiles :
Le lien vers le site du Musée Niel avec les informations pratiques.
Dans nos archives : Balade à Hyères : merveilles de la presqu’île de Giens
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