La Ville de Marseille a présenté, vendredi 10 juillet, le dispositif Safer Plages sur la plage des Catalans. Déployé sur huit plages surveillées, il permet aux victimes ou témoins de violences sexistes et sexuelles de donner l’alerte, via une application ou directement auprès des équipes de médiation présentes sur le littoral.
Un dispositif né en 2022
Expérimenté pour la première fois en août 2022 sur la plage Prado Sud, le dispositif Safer Plages est désormais reconduit pour la saison balnéaire 2026. Après une extension en 2023, il couvre désormais huit plages de Marseille : Pointe-Rouge, Bonneveine, Borély, Prado Nord-Sud, Catalans, Corbières, Vieille Chapelle et Frioul.
Le principe est simple : toute personne victime ou témoin de harcèlement, d’agression sexiste ou sexuelle peut déclencher une alerte sur l’application Safer Plage. Celle-ci est directement reliée aux équipes de médiation présentes sur place, chargées d’intervenir rapidement, de protéger les victimes et, si nécessaire, de prévenir les forces de l’ordre ou les secours.
Pour Marie Batoux, adjointe au maire de Marseille déléguée à la lutte contre les discriminations, à l’égalité femmes-hommes et à la lutte contre les violences faites aux femmes, ce dispositif répond à un enjeu de sécurité publique. « Le travail de prévention, de médiation et d’intervention des agents de la Ville a fait, année après année, ses preuves. La sécurité des femmes et des enfants dans notre ville est une priorité », affirme l’élue. Avant d’ajouter : « Les violences sexistes et sexuelles ne prennent pas de vacances. Il est intolérable que des femmes ne fréquentent pas les plages parce qu’elles ne s’y sentent pas en sécurité en pleine canicule. »

Safer Plages : sensibiliser avant d’intervenir
Sur la plage des Catalans, les équipes de médiation assurent une présence quotidienne. Leur mission ne se limite pas aux interventions d’urgence. Elles vont aussi au contact des plagistes pour présenter le dispositif, expliquer les situations dans lesquelles elles peuvent agir, et rappeler que certains comportements ne doivent pas être banalisés.
« Toute la journée, on tourne, on fait de la sensibilisation, on vient présenter le dispositif aux gens », explique Victoire Mandement, responsable de l’équipe de médiation aux Catalans. L’objectif est aussi de permettre aux victimes de ne pas repartir seules avec ce qu’elles ont subi. « Les personnes qui se font harceler, qui se prennent des petits commentaires et qui d’habitude repartent avec ça, peuvent prendre conscience qu’elles peuvent nous déléguer, et que nous, on peut faire quelque chose derrière », poursuit-elle.

Cette action peut aller d’un rappel au cadre de la loi à une intervention plus ferme. « On peut aller parler aux relous, aux agresseurs, aux harceleurs, et leur expliquer pourquoi leur comportement n’est pas OK », précise la médiatrice. En cas de faits plus graves, les équipes peuvent également faire le lien avec les CRS présents à proximité, notamment pour faire valoir l’outrage sexiste.
Pour les médiateurs, l’augmentation des signalements ne traduit pas forcément une hausse des violences, mais plutôt une meilleure identification du dispositif. « L’année dernière, on a fait 187 interventions sur la plage des Catalans, qui vont du petit comportement oppressant ou discriminatoire à des violences, du harcèlement, voire de la pédocriminalité », détaille Chloche Rommens, responsable médiatrice sur la plage. Depuis le début de la saison 2026, l’équipe observe une moyenne d’environ « deux interventions et demie par jour ». Certains jours restent calmes, d’autres nécessitent cinq ou six interventions. « Tout le mois de juin, on intervenait au moins une fois tous les jours », précise Chloche Rommens.

Selon elle, la progression des signalements est aussi le signe d’une confiance qui s’installe. « Plus on est identifiable, plus les gens nous font confiance. C’est un peu comme quand on commence à s’intéresser à un problème : on se rend compte qu’il n’y a pas juste la partie émergée de l’iceberg », analyse-t-elle. L’algéco installé sur la plage, les annonces micro et les maraudes régulières renforcent cette visibilité.
Protéger la victime et donner des repères
Le dispositif Safer, né à l’origine avec le festival musical Marsatac, repose aussi sur une ligne claire : ne jamais imposer une démarche à la victime. Les médiateurs peuvent intervenir, écouter, mettre à l’abri ou orienter vers des associations, mais toujours en respectant la volonté de la personne concernée.
« Notre priorité, c’est de protéger la victime », insiste Victoire Mandement. « On ne va certainement pas créer une confrontation, c’est même dangereux à faire. » Chloche Rommens abonde : « Si la victime ne souhaite pas qu’on intervienne, on ne va pas faire les justiciers improvisés à tout prix. On est là vraiment pour le soutien aux victimes. » Pour les équipes, cette approche permet aussi de remettre le consentement au cœur du dispositif. « Si la victime a juste besoin de parler de ce qu’elle vient de subir, on sera là pour l’écouter », poursuit Cloche Rommens.

Safer Plages : du violentomètre au respectomètre
La Ville s’appuie également sur des outils de sensibilisation. Le violentomètre, déjà connu dans la prévention des violences faites aux femmes, a été adapté aux usages des plages. Il est complété cette saison par un respectomètre, créé pour 2026, afin d’aider les usagers à identifier les comportements problématiques. « Ça permet d’avoir des points de repère pour les femmes, les enfants, et toutes les personnes vulnérables sur les plages, pour savoir à quel moment elles sont légitimes à demander de l’aide », explique Chloche Rommens.
Pour Marie Batoux, l’enjeu est ainsi de faire des plages marseillaises des espaces accessibles à toutes et tous. « Avec ce dispositif, nous nous engageons pour que nos plages et notre littoral soient des lieux sûrs pendant toute la saison balnéaire », résume l’élue.

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