Le projet français Carbon, qui vise à implanter à Fos-sur-Mer une gigafactory de production de panneaux photovoltaïques, change de braquet. Dans un entretien auprès du média spécialisé PV Magazine, qui révèle l’information, l’entreprise annonce s’associer au groupe chinois Longi Green Energy Technology, l’un des principaux fabricants mondiaux de technologies solaires, afin de sécuriser sa montée en puissance industrielle et technologique et assurer sa compétitivité.
Un projet d’intérêt national majeur
Lancé en 2022, le projet Carbon, qui dispose du statut de projet d’intérêt national majeur et s’est vu délivré son permis de construire en avril dernier, ambitionne de créer en France une chaîne de production photovoltaïque intégrée, couvrant à terme la fabrication de wafers, de cellules et de modules solaires. Implantée sur la zone industrialo-portuaire de Fos-sur-Mer, la future gigafactory, qui représente un investissement de l’ordre de 1,7 milliard d’euros, vise une capacité cible de 5 gigawatts (GW) par an, dans un contexte de forte dépendance européenne aux importations asiatiques de panneaux photovoltaïques.
Présenté comme un projet de souveraineté énergétique et industrielle, Carbon entend produire des modules à faible empreinte carbone, en s’appuyant sur une électricité largement décarbonée et sur des procédés industriels optimisés.

Un changement stratégique pour Carbon
Selon PV Magazine, Carbon a revu son approche initiale, qui reposait sur un développement plus autonome de ses outils industriels. L’entreprise a finalement opté pour un partenariat technologique et industriel avec Longi, acteur dominant du secteur photovoltaïque mondial. « Il est inconcevable de lancer une gigafactory en quelques années sans s’appuyer sur des acteurs qui ont déjà conçu et opéré ce type d’outil industriel. Aucun projet ne peut raisonnablement atteindre des coûts compétitifs et un niveau de qualité élevé en moins de quatre ans sans ce soutien », justifie auprès de nos confrères Nicolas Chandellier, directeur général de Carbon.
Pour Longi, il s’agit de poursuivre une stratégie d’implantation hors de Chine, notamment en Europe, via des co-entreprises, dans un contexte de discussions réglementaires sur la préférence industrielle locale qui viendraient à restreindre voire interdire l’importation de panneaux solaires venant de Chine.
Une première usine pilote à Miramas
Cette alliance stratégique se traduit concrètement par la création d’une unité pilote baptisée Carbon One, destinée à assembler des modules photovoltaïques. Après l’échec du rachat du site de Photowatt à Bourgoin-Jallieu, cette usine pilote sera finalement installée à Miramas, sur un site existant de 16 000 m². Elle sera dédiée à l’assemblage de modules photovoltaïques, avec une capacité annoncée de 700 MW par an, contre 500 MW initialement prévus.
Carbon One doit permettre de tester les chaînes de production, d’optimiser les procédés industriels et de préparer la montée en cadence avant la mise en service complète de la gigafactory de Fos-sur-Mer. L’entreprise indique que ce premier site pourrait générer plus de 300 emplois directs.
Une technologie dite “back-contact” fournie par Longi
Les modules produits dans cette unité pilote s’appuieront sur la technologie dite “back-contact” (BC), fournie par Longi. Cette architecture, qui place les contacts électriques à l’arrière des cellules, vise à améliorer les rendements et la performance globale des panneaux. Carbon considère cette technologie comme une étape industrielle clé pour rester compétitif sur le marché européen.
Premiers engagements commerciaux conditionnels
Preuve que ce virage stratégique est perçu favorablement par une partie du marché, neuf développeurs et producteurs indépendants d’électricité (IPP), dont Apex Energies, Arkolia, et Smart Energies, ont signé des accords commerciaux avec Carbon lors du salon Energaïa, représentant 180 MW de commandes en 2027 et 314 MW pour 2028.
Ces engagements restent toutefois conditionnés à l’évolution du cadre réglementaire, notamment à l’intégration de critères favorisant l’assemblage européen dans les appels d’offres publics.
L’impératif d’un « Made in Europe »
Carbon souligne ainsi que la viabilité économique de son projet repose en partie sur les choix des pouvoirs publics. L’entreprise plaide pour que le lieu d’assemblage des modules photovoltaïques soit pris en compte dans les dispositifs de soutien et les marchés publics : « Tant qu’une préférence “Made in Europe” ne sera pas clairement inscrite dans les règles d’accès aux marchés et aux financements publics, aucun projet industriel photovoltaïque ne pourra être pleinement viable en Europe », prévient Nicolas Chandellier.
À ce titre, le projet suit de près les discussions autour du futur Industrial Accelerator Act, un texte européen attendu fin janvier 2026, qui pourrait renforcer les exigences de production locale pour les technologies stratégiques, dont le solaire.
Liens utiles :
> L’actualité de Carbon dans Gomet’
> Notre dossier consacré aux projets industriels à Fos














