Ce 13 juin, Marseille accueillait le plus grand voilier au monde, au MPCT (Marseille Provence Cruise Terminal) : le Club Med 2. Piscine extérieure, spa, sauna, conciergerie, restaurants, salle de sport, bar : le bateau de 184 cabines peut accueillir jusqu’à 350 passagers. Avec ses 187 mètres de long et 20 mètres de large, ses 7 voiles représentant 2700 mètres carrés de surface totale, et ses 5 mâts, le Club Med 2 a fait escale à la cité phocéenne, avant de repartir pour Cagliari (Sardaigne). Jean-Baptiste Coquinot, Commandant du Club Med 2, a bien voulu répondre à nos questions entre parcours professionnel, caractéristiques du navire, engagements durables de la croisière, controverses du tourisme de masse, et bien d’autres sujets encore…

Depuis quand êtes-vous commandant du Club Med 2, et que faisiez-vous auparavant ?
Jean-Baptiste Coquinot : Cela fait 20 ans que je travaille sur ce bateau, je suis arrivé officier mécanicien, puis j’ai été second mécanicien, second capitaine et commandant depuis maintenant 8 ans.

Quel a été votre parcours pour devenir commandant ?
J-B. C : J’ai fait l’école de la Marine marchande à Marseille à la Pointe Rouge, la seule école au monde formant à la fois à être mécanicien et/ou commandant (machine et pont). Dans les autres pays, on rentre pour être commandant ou pour être mécanicien. Sur ce bateau on travaille beaucoup en promotion interne, ce qui m’a permis de gravir les échelons.

Qu’est-ce qui vous passionne le plus dans ce métier ?
J-B. C : Au-delà du bateau que j’affectionne (notamment avec ses voiles), c’est surtout l’aventure humaine : c’est l’équipe avec laquelle je travaille qui fait la richesse de ce bateau. On a la chance d’avoir tous les officiers français et l’équipage est multinational (…) Et travailler avec des collègues avec qui on a fait la même école et avec qui on s’entend bien, pour des marins qui restent à bord plusieurs mois d’affilée ensemble, c’est très important d’avoir une équipe soudée et qu’on apprécie.

Avez-vous une anecdote marquante vécue à bord ?
J-B. C : Récemment, le Covid a été assez compliqué à gérer parce qu’on était aux Antilles avec beaucoup de personnes âgées. Tous les pays étaient fermés, donc pour faire débarquer les populations chez eux, ça a été très compliqué. On a réussi à les faire débarquer en République dominicaine, mais il a fallu l’aide du consulat, de l’ambassadeur, du ministre dominicain… C’est la seule fois où j’ai dû faire évacuer le bateau et quasiment tous les passagers (et 80 % de l’équipage), c’était spécial.

Quel est l’itinéraire du Club Med 2 ?
J-B. C : On navigue essentiellement en Méditerranée l’été, et dans les Caraïbes l’hiver. Il est arrivé qu’on sorte un petit peu de ce schéma-là, on a fait des étés dans le Nord (Norvège, mer du Nord, Saint-Pétersbourg, Danemark, Suède). En hiver on est aussi allé en Amérique du Sud, au Brésil, en Argentine…

Que faudrait-il améliorer ici en termes d’infrastructures portuaires ?
J-B. C : À Marseille, ici on est sur le quai de la Joliette, grosse partie commerciale du port. Un autre quai en face du Mucem, celui-là correspond plus au bateau et à la croisière. C’est sûr que le terminal là-bas est vieillissant, le port de Marseille avec un quai merveilleux comme ça (je pense que c’est prévu) devrait investir dans le terminal.
Qu’est-ce qui rend le Club Med 2 unique dans le monde de la croisière ?
J-B. C : Il y a plusieurs choses qui font que ce bateau est unique : les voiles déjà, les ponts extérieurs qui donnent de l’espace et permettent de faire le tour du bateau : c’est un vrai voilier. On a la chance d’avoir deux navettes ‘’beachers’’ qui emmènent les passagers à terre lorsque l’on est au mouillage. C’est complètement unique, il n’y a que nous qui avons ça. Et aussi notre marina à l’arrière, une grande porte qui s’ouvre et un grand pont pour sports nautiques au mouillage. C’est vraiment le gros atout de ce bateau. Et le bateau est assez grand, mais on a un faible tirant d’eau (la partie immergée du bateau), avec seulement cinq mètres de profondeur, donc on peut s’approcher d’endroits où d’autres ne vont pas.

Quelles sont les principales différences entre commander un voilier et un paquebot classique ?
J-B. C : Nous sommes beaucoup plus dépendants de la météo qu’un bateau sans voiles. Nous, on cherche le vent pour faire marcher les voiles. Mais le vent peut être fort et changeant, c’est le paramètre qu’on garde toujours en tête. Cela nécessite aussi de construire l’itinéraire selon le vent, bien que initialement donné par le Club Med, il faut souvent l’ajuster.

Comment est structurée l’équipe à bord ? Combien de personnes travaillent avec vous ?
J-B. C : On a un équipage de 211 personnes qui peut aller jusqu’à 220. Il y a toute la partie marine avec 35 marins philippins qui sont les matelots au pont et les ouvriers à la machine, et ensuite il y a 15 officiers français, et 170 en partie hôtelière multinationale (philippins, indonésiens, tunisiens, libanais…).

Le choix du pavillon français est inhabituel pour un navire de ce format : est-ce pour l’image française du Club ? une volonté de l’actionnaire ?
J-B. C : Ce bateau a été construit en France, à l’atelier chantier du Havre en 1992, et il a été sous pavillon français dès le départ. Et l’armateur qui est le Club Med (le bateau appartient à 100 % au Club Med), a gardé ce pavillon.

Que représente Marseille dans l’itinéraire du Club Med 2 ?
J-B. C : Pour nous c’est le jour d’arrivée et départ des passagers. C’est le jour où l’on ravitaille en gasoil, en nourriture, en pièces détachées… C’est là qu’on débarque nos poubelles qu’on a triées à bord : carton, verre, métal, poubelles générales… C’est donc une escale assez technique. Cette place n’est pas la plus ‘’sexy’’ mais au départ on va passer par le château d’If, les îles du Frioul, le port de Marseille toujours apprécié…. Le choix de ce port est donc surtout pour des questions de logistique et aussi les infrastructures du quai là-bas ne permettent pas de scanner les bagages des arrivants.

Comment se passe la logistique portuaire pour un voilier de cette taille ?
J-B. C : On a un agent maritime qui fait le relais entre nous et le port. Toutes nos demandes passent par cet agent qui les redirige aux services concernés, que ce soit pour nos livraisons ou pour des déchargements.

Quel est l’engagement du Club Med 2 dans le développement durable des croisières ?
J-B. C : Comme beaucoup de compagnies maritimes, c’est un engagement total puisque l’on est extrêmement contrôlé et réglementé. Nous, on a la particularité d’avoir des voiles dont on se sert pour réduire notre consommation de 20 %. On les sort dès qu’on peut, dès qu’il y a un petit peu de vent. Et ensuite on travaille sur les itinéraires pour ne pas faire de trop gros trajets et à grande vitesse. On essaie de rester sur des vitesses faibles autour de 10 nœuds, puisque la consommation augmente avec la vitesse.

Et nos moteurs tournent exclusivement au diesel marin. Les moteurs de propulsion sont électriques avec une électricité générée par des générateurs diesel. Donc on n’est pas au fuel lourd comme d’autres bateaux beaucoup plus polluants. (…) On n’a aucune émission en soufre.

Quelle est votre position sur les critiques autour de la croisière et du tourisme de masse ?
J-B. C : Je peux comprendre les riverains quand ils voient arriver ces bateaux qui sont gigantesques maintenant. Je peux comprendre leur gêne. Si on se met de l’autre côté je peux comprendre aussi les croisiéristes quand ils font une croisière, qui prennent du plaisir. C’est sûr que c’est un peu compliqué. Moi je ne serais pas prêt à travailler sur un gros bateau, ça ne me correspond pas. Je trouve que ce bateau-là, avec ses voiles, à taille plus humaine, correspond plus à mes valeurs et à ce que j’aime dans la navigation. Maintenant il y a de gros bateaux qui deviennent des attractions, des centres commerciaux… Ici, avec un bateau plus lent, ça invite plus à la contemplation de la mer.


Quel type de clientèle monte à bord du Club Med 2 ?
J-B. C : On a une clientèle qui est à 80 % francophone. Beaucoup de Français, Belges et 20 % d’Européens, quelques Canadiens, pas mal de Québécois. Et en fait on a beaucoup de passagers réguliers qui sont amoureux du bateau, ainsi que beaucoup de clients réguliers du Club Med qui vont au Club Med à terre puis qui viennent sur le bateau. Puis on a des croisiéristes qui adorent ça et qui passent par chez nous.

Qu’est-ce qui différencie cette expérience d’une croisière traditionnelle ?
J-B. C : Le bateau déjà, qui ressemble vraiment à un bateau, et qui n’est pas un immeuble flottant. Il y a aussi l’expérience du Club Med qui crée cette ambiance vraiment conviviale, avec un très bon contact dans le travail et avec les passagers. Cette ambiance chaleureuse se retrouve rarement dans les autres bateaux selon les témoignages de nos clients.











