De mémoire, aucun Premier ministre de la Ve République n’avait osé présenter des mesures aussi impopulaires depuis que Raymond Barre lançait son « plan Barre » le 22 septembre 1976, avec un gel des prix et salaires pendant trois mois, un relèvement des cotisations sociales pour tout le monde et une hausse de la vignette et des carburants.
Un demi-siècle plus tard, son successeur palois a déroulé avec une certaine délectation des mesures qui vont impacter pratiquement tous les secteurs de l’économie et de la société française.
Le premier effet, bien peu commenté, est évidemment un risque de stagflation, car on ne retire pas impunément 45 milliards sur les dépenses sans que la consommation ne s’en ressente.
Mettons de côté une première catégorie de promesses qui n’engagent que ceux qui les écoutent, celles qui concernent les futures années, parler de 2030 est aujourd’hui un horizon inconnu et nos gouvernants se sont affranchis depuis longtemps de la continuité des promesses de l’État.
Bayrou : la suppression des deux jours fériés enflamme le débat…
Les deux jours fériés qu’il faudrait travailler ont enflammé le débat public avec tout ce qu’il faut d’outrance, alors que personne ne sait comment appliquer ces journées travaillées à une population salariée, majoritairement mensualisée. Qu’il faille revoir le calendrier du mois de mai est une évidence. Il est devenu en France à peu près aussi atone en activité (sauf pour le tourisme) que l’est un mois de ramadan dans les pays musulmans. On aurait pu aussi supprimer le jeudi de l’Ascension. Ou le 15 août avec l’Assomption de Marie ou sa Dormition (combien de Français peuvent en donner le sens ?) ou la date de naissance de Napoléon ! Et l’expérience montre que l’on peut très bien avoir de grandes fêtes nationales sans avoir de congé : le 8 mars n’est pas férié, pas plus que la fête de la musique. Mais c’est un débat qui fait du buzz et subrepticement fait oublier le reste.
43,8 milliards d’euros
L’objectif affiché est un effort total 43,8 milliards d’euros en intégrant l’objectif de la loi de programmation militaire actualisée la veille par le Président. Et le Premier ministre étale sur une année la discussion sur son plan avec force graphiques (voir ci-dessous le document source).
Premier objectif : la maîtrise des dépenses. L’État doit se serrer la ceinture de 10 milliards d’euros, les collectivités locales (déjà ponctionnées de multiples fois) de 5,3 milliards d’euros et les dépenses sociales de 5,5 milliards d’euros.
L’intervention de François Bayrou le 15 juillet 2025 en vidéo
L’année blanche décrétée pour 2026 est une « astuce » qui permet de rendre « indolore » une restriction du budget égale à l’inflation. Visuellement personne ne perd, en réalité tout le monde passe à la caisse.
La chasse aux niches et toujours à l’ordre du jour, mais on oublie que chaque niche a été instituée par le législateur. La seule qui est citée est celle qui permet de raboter un abattement de 10 % pour le calcul de l’impôt sur le revenu des retraités qui représenterait des frais professionnels pour ceux qui n’ont plus d’activité professionnelle. Comme pour d’autres niches (celle des journalistes en fut l’exemple) l’idée est de passer d’un pourcentage forcément inflationniste à une somme fixe (de 2000€) qui va peu à peu perdre de sa valeur avec l’inflation. Un coup de maître !
Booster le capital-risque
Le plan se double d’une 2e partie sur la production avec des intentions 1 000 fois répétées « de faciliter les recrutements et d’augmenter la quantité de travail » Sans que l’on sache comment tout cela se mettra en œuvre. Ajoutons la séculaire promesse de simplification des procédures bureaucratiques.
Enfin le projet prévoit de développer les contrats de fourniture d’énergie de long terme avec EDF, ce qui était en cours, mais surtout il ajoute 900 millions d’euros de financement en fonds propres pour les investissements des entreprises qui passeront par du capital-risque avec un fléchage particulier sur l’intelligence artificielle et le cyber. Une mesure salutaire au moment où les VC ont du mal à collecter des fonds.
Document source : le plan Bayrou, constat et perspectives
Lien utile :
La CPME Sud se félicite des « mesures courageuses » de François Bayrou











